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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2001086

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2001086

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2001086
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSIRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2020, M. C et Mme A B, représentés par Me Schaufelberger, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en consentant des avances à la SCI JCAL pour couvrir un manque de rendement locatif, la société civile JCJ a agi conformément à son rôle d'usufruitière des parts de la société civile immobilière, en sa qualité de bénéficiaire des excédents d'exploitation et de redevable des charges et des pertes dès lors que ce n'est que dans l'hypothèse où l'usufruitière n'est pas en mesure d'assumer cette prise en charge qu'il appartient aux nus-propriétaires, responsables des dettes de la SCI, d'assumer les charges non payées ;

- il n'y a pas lieu de comparer le montant des avances consenties à la valeur d'acquisition des parts de la SCI JCAL en usufruit ;

- ils n'ont pas appréhendé les avances consenties à la SCI JCAL par la SC JCJ, dont ils n'ont pas été bénéficiaires et qui n'ont pas servi à régler leurs dettes personnelles ;

- la SC JCJ s'est bornée à avancer de la trésorerie à la SCI JCAL en subordonnant son intervention à la stipulation d'intérêts qui ont été enregistrés en comptabilité et elle ne supportera pas définitivement les pertes dès lors, qu'en tant que nus-propriétaires, ils assumeront la situation financière de la SCI JCAL à l'extinction de l'usufruit temporaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les virements effectués par la SC JCJ au profit de la SCI JCAL ne constituent pas des avances ni des prêts en l'absence de convention ou de contrat de prêt et alors qu'aucune rémunération n'est prévue et qu'aucun intérêt n'a été comptabilisé en 2015 et 2016 ;

- les sommes en cause sont disproportionnées par rapport à la valeur d'acquisition des parts de la SCI JCAL en usufruit ;

- les requérants, nus-propriétaires de la SCI JCAL, étaient responsables des dettes de cette société sur leur patrimoine propre et il leur appartenait de consentir à cette société des avances sur leurs fonds personnels ;

- la SC JCJ s'est interposée entre la SCI JCAL, avec laquelle elle n'entretient aucun lien commercial, et les requérants, lesquels ont bénéficié des sommes avancées par la SC JCAL pour le remboursement du prêt lié à l'acquisition en 2011 d'un bien immobilier, et a ainsi consenti, en tant que société interposée, un avantage aux époux B qui constitue un revenu distribué au sens du a de l'article 111 du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- et les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme A B ont créé, le 21 mai 2011, la société civile immobilière JCAL, pour la location de biens immobiliers. Cette société, dont ils possédaient chacun 50 % du capital, relève fiscalement de l'article 8 du code général des impôts en l'absence d'option à l'impôt sur les sociétés et M. B en est le gérant. La SCI JCAL a acquis, le 4 août 2011, un bien immobilier situé à Besançon destiné à la location pour un montant de 517 750 euros et a souscrit pour cette acquisition un emprunt bancaire d'un montant de 554 450 euros remboursable sur 180 mois, garanti par un privilège de prêteur de deniers et par une hypothèque conventionnelle. Les échéances du prêt devaient être payées grâce aux loyers perçus par la mise en location du bien immobilier acquis mais ceux-ci se sont avérés insuffisants. Le 24 novembre 2012, M. B et sa mère ont créé la société civile JCJ ayant pour activité la gestion de participations. M. B détient 99,99 % du capital de cette société dont il est le gérant et qui est soumise à l'impôt sur les sociétés. Par un acte notarié du 28 novembre 2012, l'usufruit temporaire des parts de la SCI JCAL a été cédé par M. et Mme B à la SC JCJ pour une durée de dix-sept ans au prix de 2 760 euros. Depuis cette date, M. et Mme B sont nus-propriétaires des parts de la SCI JCAL, dont la SC JCJ est usufruitière. En 2018, la SC JCJ a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A cette occasion, l'administration fiscale a constaté l'existence de virements bancaires à destination de la SCI JCAL enregistrés au débit du compte courant ouvert au nom de cette société. L'administration fiscale a adressé à M. et Mme B une proposition de rectification datée du 19 septembre 2018, selon la procédure de rectification contradictoire de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Elle les a informés qu'elle envisageait de les regarder comme ayant bénéficié, en tant qu'associés de la SCI JCAL, d'avantages financiers de la part de la SC JCJ ayant agi en qualité de société interposée et que ces avantages financiers seraient imposés en tant que revenus distribués au sens du a de l'article 111 du code général des impôts. En réponse aux observations des contribuables formulées le 29 octobre 2018, l'administration fiscale a maintenu, le 20 décembre 2018, les redressements envisagés. Enfin, la réclamation des époux B, présentée par un courrier du 6 janvier 2019, a été rejetée par l'administration fiscale le 26 mai 2020. Les redressements dont les requérants demandent la décharge procèdent de la réintégration dans le revenu imposable de M. et Mme B, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, de sommes que l'administration a, sur le fondement du a de l'article 111 du code général des impôts, regardées comme leur ayant été distribuées par la SC JCJ.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. () ". En application de l'article 578 du code civil : " l'usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance ".

3. Il résulte de l'instruction que le représentant de la SC JCJ, lors de la procédure de vérification de comptabilité, a affirmé que des virements bancaires à destination de la SCI JCAL, enregistrés au débit du compte courant ouvert au nom de cette société dans la comptabilité de la SC JCJ, correspondaient à des avances de trésorerie consenties par la SC JCJ à la SCI JCAL pour lui permettre de rembourser les échéances du prêt souscrit lors de l'acquisition d'un bien immobilier le 4 août 2011 et que le remboursement de ces avances interviendrait avant l'extinction de l'usufruit temporaire, en 2029 ou lors de la cession de l'immeuble acquis en 2011. Le représentant de la société contrôlée a toutefois précisé qu'il n'avait pas été conclu de contrat de prêt entre les deux sociétés ni de convention de répartition des résultats de la société JCAL entre la société usufruitière et les associés nus-propriétaires et le vérificateur a constaté que les statuts de la SCI JCAL ne comportaient aucune stipulation à cet effet et qu'aucune rémunération n'avait été prévue et aucun intérêt comptabilisé. Dès lors que les époux B, nus-propriétaires des parts sociales de la SCI JCAL, sont associés de cette société, qualité que ne possède pas la SC JCJ, simple usufruitière de la SCI JCAL, il appartenait aux seuls époux B d'avancer à la SCI JCAL les fonds nécessaires au règlement des échéances de l'emprunt immobilier souscrit par elle pour l'acquisition d'un bien immobilier qu'elle n'était pas en mesure d'assumer. La SC JCJ n'a donc fait que s'interposer entre la SCI JCAL et les requérants, bénéficiaires réels des virements bancaires effectués en vue de permettre le règlement des échéances de l'emprunt immobilier. Les sommes correspondant auxdits virements, dont il n'est pas allégué qu'elles aient été mises en réserve ou incorporées au capital de la SCI JCAL et dont le montant n'est pas contesté, constituent dès lors pour les époux B un revenu distribué au sens du a de l'article 111 du code général des impôts.

4. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions contestées. Leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Doubs.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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