lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2001363 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AROSIO |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire, enregistrés les 8 septembre 2020 et 5 novembre 2021, Mme B D, représentée A Me Arosio, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Louis Jaillon de Saint Claude à lui verser la somme de 122 465,70 euros, outre les chefs de préjudice dont l'évaluation est à parfaire, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir, en réparation des préjudices résultant des fautes commises A cet établissement lors de sa prise en charge au mois d'avril 2018 ;
2°) de condamner cet établissement hospitalier aux dépens ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Jaillon de Saint Claude la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier Louis Jaillon de Saint Claude a commis des manquements dans l'organisation du service des urgences et des manquements diagnostique et thérapeutique de nature à engager sa responsabilité sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, dès lors que les manifestations douloureuses présentées auraient dû alerter sur une possible évolution vers un infarctus du myocarde et justifier une hospitalisation en cardiologie et la mise en œuvre d'une thérapie et d'une coronographie ;
- le 15 avril 2018, elle n'a pas bénéficié d'une information adéquate sur les soins et la prise en charge ;
- ces manquements sont à l'origine d'une perte de chance des deux tiers d'éviter un infarctus ou la plupart des séquelles myocardiques subies ;
- il n'y a pas lieu d'ordonner une contre-expertise ;
- les frais d'assistance A une tierce personne avant consolidation de son état de santé devront être indemnisés à hauteur 3 822,28 euros ;
- les frais de déplacement engagés pour se rendre à l'expertise médicale à Lyon devront être remboursés à hauteur de 200 euros ;
- sa perte de gains professionnels actuels devra être indemnisée pour un montant 8 848,59 euros ;
- les frais d'assistance A une tierce personne après la consolidation de son état de santé devront être indemnisés pour un montant de 47 051,51 euros ;
- elle devra être indemnisée pour sa perte de gains professionnels futurs du fait de son placement en congé de longue maladie à demi-traitement ;
- son déficit fonctionnel temporaire devra être indemnisé à hauteur 2 876,66 euros ;
- ses souffrances temporaires endurées devront être indemnisées à hauteur de 5 000 euros ;
- son préjudice esthétique temporaire devra être indemnisé pour un montant de 8 000 euros ;
- son déficit fonctionnel permanent devra être indemnisé à hauteur de 40 000 euros ;
- son préjudice permanent d'agrément devra être indemnisé pour un montant de 3 333,33 euros ;
- son préjudice sexuel permanent devra être indemnisé à hauteur de 3 333,33 euros ;
- elle se réserve la possibilité de solliciter ultérieurement l'indemnisation des frais médicaux futurs.
A deux mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2021 et 25 mai 2022, le centre hospitalier Louis Jaillon de Saint Claude, représenté A Me Mayer-Blondeau, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête ;
2°) à titre subsidiaire, de diligenter une contre-expertise avant dire-droit auprès d'un cardiologue ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de réduire les prétentions de la requérante à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- à titre subsidiaire, une expertise avant dire-droit devra être diligentée en application de l'article R. 621-1 du code de justice administrative dès lors que le rapport d'expertise n'évoque pas, pour l'évaluation des préjudices, l'état antérieur de la requérante qui aurait en tout état de cause nécessité une coronographie et un pontage coronarien ;
- il s'en remet à la sagesse du tribunal quant à la reconnaissance de sa responsabilité et admet un retard de diagnostic ;
- à titre infiniment subsidiaire, les frais d'assistance A une tierce personne avant consolidation de l'état de santé de la requérante ne sont pas liés aux manquements reprochés mais aux interventions que sont la coronographie et le pontage, qui étaient en tout état de cause inévitables, ne sauraient être retenus durant les périodes d'hospitalisation et ont pu faire l'objet de prestations dont il n'est pas justifié l'absence de versement ;
- la requérante ne justifie pas d'un lien de causalité entre les frais d'assistance A une tierce personne après consolidation et les manquements reprochés ni même de la nécessité d'une telle assistance et de l'absence de perception de prestations compensatoires et le barème utilisé est inapproprié ;
- les frais de déplacement allégués ne pourront pas être remboursés en l'absence de justificatif ;
- à titre principal, la perte de gains professionnels actuels, dont le calcul est erroné et l'absence de compensation non justifiée, ne présente pas de lien de causalité avec les manquements reprochés ; à titre subsidiaire, ce chef de préjudice devra être indemnisé à hauteur de 2 548,18 euros ;
- la perte de gains professionnels futurs n'est pas justifiée dès lors que l'expert conclut à la compatibilité de l'état de santé de la requérante avec l'exercice de sa profession ;
- il n'existe pas de frais de santé futurs imputables aux manquements reprochés ;
- le déficit fonctionnel temporaire est lié aux interventions pratiquées, qui auraient en tout état de cause été nécessaires ;
- un montant de 400 euros pourra être accordé pour les souffrances endurées ;
- il n'existe pas de préjudice esthétique temporaire en lien avec les manquements reprochés ;
- le déficit fonctionnel permanent imputable aux manquements reprochés, qui est de 20 %, pourra être indemnisé à hauteur de 30 000 euros ;
- le préjudice d'agrément pourra être indemnisé à hauteur de 1 200 euros ;
- le préjudice sexuel pourra être indemnisé à hauteur de 1 400 euros ;
- les conclusions de la requérante relatives aux frais non compris dans les dépens devront être accueillies dans de justes proportions.
La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône a informé le tribunal, le 9 novembre 2020, qu'elle ne souhaitait pas intervenir en l'absence de créance à faire valoir.
Le département du Jura, employeur de la requérante, a informé le tribunal, le 10 février 2022, qu'il n'avait pas d'élément à faire valoir.
La caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a informé le tribunal, le 31 mai 2022, qu'elle n'avait pas de créance à faire valoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,
- et les observations de Me Grosbois, pour le centre hospitalier Louis Jaillon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, née le 4 octobre 1959, fonctionnaire territoriale, s'est rendue au service des urgences du centre hospitalier Louis Jaillon de Saint-Claude, le 6 avril 2018, en raison notamment d'une douleur au bras gauche de type fourmillements. Après des examens concluant à une raideur musculaire de la nuque et à un état arthrosique, elle est retournée à son domicile. Le 15 avril 2018, Mme D est retournée au service des urgences pour ces mêmes douleurs. Il a été préconisé la réalisation d'une électromyographie (EMG) en raison d'un syndrome du canal carpien gauche et l'intéressée est retournée à son domicile. Le 17 avril 2018, Mme D est revenue dans ce même service pour un syndrome douloureux thoracique avec irradiation bi-brachiale. Il lui a été diagnostiqué un infarctus du myocarde et elle a été transportée en ambulance vers le service de cardiologie interventionnelle de la clinique Convert de Bourg-en-Bresse pour une coronographie. Au vu des résultats de l'électrocardiogramme et de la coronographie diagnostique réalisés, Mme D a été transportée en hélicoptère à la clinique de la Sauvegarde à Lyon pour une chirurgie coronaire. Le 19 avril 2018, elle a subi dans cet établissement un triple pontage coronarien pour une cardiopathie ischémique tritonculaire. Après sa sortie d'hospitalisation, le 2 mai 2018, elle a séjourné au centre de rééducation cardiologique de Franche-Comté jusqu'au 30 mai 2018. Mme D a repris son travail à mi-temps thérapeutique du 3 janvier au 14 mai 2019. A un arrêté du 25 septembre 2019, le président du conseil départemental du Jura l'a placée en congé de longue maladie à compter du 24 mai 2019. Le 13 février 2019, Mme D a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Besançon d'une demande d'expertise médicale, laquelle a été ordonnée le 9 avril 2019. L'expert en cardiologie, a rendu son rapport le 25 février 2020. Mme D demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Louis Jaillon à l'indemniser des préjudices subis du fait des manquements commis lors de sa prise en charge A le service des urgences de cet établissement. La caisse primaire d'assurance maladie et l'employeur public de Mme D n'entendent pas faire valoir de créance.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R . 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que A voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise A l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle A le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées.
4. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. A suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
5. A un courrier de son conseil du 21 septembre 2021, réceptionné A le centre hospitalier Louis Jaillon de Saint Claude le 1er octobre 2021, Mme D a présenté une demande indemnitaire préalable. Le silence conservé A l'établissement hospitalier sur cette demande a fait naître une décision implicite de refus. A suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence d'une telle demande, doit être écartée.
Sur la demande d'expertise avant dire-droit :
6. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés A sa décision. () ".
7. Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile. L'utilité d'une mesure d'expertise doit ainsi être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer A d'autres moyens et, d'autre part, au regard de l'intérêt que la mesure présente pour la solution du litige. A suite, il ne peut être fait droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de cette personne.
8. A une ordonnance du 9 avril 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Besançon a fait droit à la demande d'expertise médicale présentée A Mme D. L'expert cardiologue a rendu son rapport le 25 février 2020. Contrairement à ce qui est allégué A le centre hospitalier Louis Jaillon, dans ce rapport, l'expert indique expressément que Mme D ne présentait aucun état antérieur, en l'absence de pathologie coronarienne. Il précise qu'une prise en charge normale aurait conduit à l'hospitalisation de Mme D en service de cardiologie pour la mise en place d'une thérapie afin de tenter d'empêcher la progression vers un infarctus constitué et pour la rapide réalisation d'une coronographie. Il souligne que " l'évolution naturelle aurait amené à la nécessité d'un pontage coronarien " et qu'il en a tenu compte pour le chiffrage des souffrances endurées et des préjudices esthétiques. Dans ces conditions, la prescription d'une nouvelle expertise médicale ne présenterait aucune utilité à l'égard de la solution du litige et serait frustratoire.
Sur la responsabilité du centre hospitalier Louis Jaillon :
9. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
10. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise médicale que, si la prise en charge de Mme D A le service des urgences du centre hospitalier Louis Jaillon de Saint-Claude les 6 et 17 avril 2018 a été attentive, diligente et conforme aux données acquises de la science, il n'en a pas été de même le 15 avril 2018, compte tenu du retard de plus de trois heures dans la prise en charge de Mme D A l'infirmière d'organisation de l'accueil, en l'absence d'un examen clinique avéré de la requérante A le médecin des urgences et d'une interprétation A ce dernier de l'électrocardiogramme effectué et faute de dosage de troponine. La répétition des douleurs et l'apparition d'une modification de l'électrocardiogramme auraient dû faire suspecter, soit un angor aggravé, soit un infarctus en cours de constitution, et Mme D aurait dû, dans tous les cas, être hospitalisée en service de cardiologie pour qu'un traitement lui soit administré afin d'empêcher la progression vers un infarctus constitué et pour qu'une coronographie soit rapidement effectuée. Ces manquements dans l'organisation du service des urgences de l'établissement hospitalier ont induit un manquement diagnostique et un manquement thérapeutique qui constituent une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier Louis Jaillon de Saint-Claude sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur la perte de chance :
11. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise A l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
12. Il résulte de l'instruction et en particulier de l'expertise du Dr C, que des mesures diagnostiques et thérapeutiques appropriées effectuées le 15 avril 2018 n'auraient pas forcément empêché tout risque de constitution d'un infarctus avant que Mme D ne bénéficie de la chirurgie de revascularisation coronarienne qui était en toute hypothèse requise. Toutefois, les manquements diagnostique et thérapeutique ont induit pour Mme D une perte de chance des deux tiers d'éviter la constitution d'un infarctus et la plus grande partie des séquelles myocardiques qu'il a entrainées.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
13. Mme D fait valoir la nécessité d'une assistance A tierce personne à raison de quatre heures hebdomadaires durant sa période d'hospitalisation et son séjour au centre de rééducation cardiologique, soit du 17 avril au 30 mai 2018, la nécessité d'une assistance A tierce personne à raison de trois heures quotidiennes durant ses périodes de déficit fonctionnel partiel de 50 %, soit du 31 mai au 31 juillet 2018 et du 24 mai au 19 juin 2019, après la constatation d'une insuffisance cardiaque décompensée, et la nécessité d'une assistance A tierce personne à raison d'une heure A jour durant ses périodes de déficit fonctionnel temporaire de 30 %, soit du 1er août 2018 au 23 mai 2019 et du 20 juin au 13 novembre 2019. Toutefois, dès lors que son état de santé nécessitait un pontage coronarien, il ne résulte pas de l'instruction l'existence d'un lien de causalité entre, d'une part, le retard de diagnostic et le manquement thérapeutique et, d'autre part, ces besoins d'assistance dans les actes de la vie courante. A suite, Mme D n'est pas fondée à prétendre à une indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
14. Il résulte de l'instruction que Mme D, qui est domiciliée à Saint-Claude, s'est rendue à Lyon, le 14 novembre 2019, pour participer à la réunion organisée pour l'expertise diligentée A le juge des référés. Au vu du barème kilométrique minimal applicable en 2018, il sera fait une juste appréciation des frais engagés pour ce déplacement de 256 km aller-retour en accordant à Mme D la somme de 115 euros. Ces frais résultant entièrement du dommage subi, il n'y a pas lieu d'appliquer le taux de perte de chance.
15. Mme D a demandé à être indemnisée de sa perte de gains professionnels actuels en produisant deux attestations du président du conseil départemental du Jura qui certifie qu'elle a subi une perte de rémunération de 2 796,91 euros en 2018 en matière d'indemnité d'administration et de technicité, de prime de fin d'année et de clause de sauvegarde, ainsi qu'une perte de rémunération de 6 051,68 euros en 2019 en matière d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, de traitement de base et d'indemnité compensatrice de hausse de CSG. Mme D a justifié ne pas avoir perçu de compensation de la part de sa mutuelle. A suite, elle est fondée à prétendre obtenir une indemnisation au titre de ce chef de préjudice à hauteur de 5 840 euros après application du taux de perte de chance des deux tiers.
S'agissant des préjudices permanents :
16. Mme D soutient que son état de santé, après sa consolidation au 14 novembre 2019, nécessite l'assistance A une tierce personne non spécialisée à raison d'une heure A jour. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme D, dont le déficit fonctionnel permanent imputable aux manquements diagnostique et thérapeutique commis A le centre hospitalier Louis Jaillon peut être évalué à 20 %, a été reconnue apte à reprendre son activité professionnelle A l'expert, pratique la danse douce et la gymnastique et ne précise pas les actes de la vie courante pour lesquels cette assistance est requise. A suite, il ne résulte pas de l'instruction que les séquelles conservées A Mme D du retard de diagnostic et des manquements thérapeutiques commis A le centre hospitalier Louis Jaillon nécessitent qu'elle bénéficie d'une assistance A tierce personne. En conséquence, il n'y a pas lieu de retenir ce chef de préjudice.
17. Si Mme D soutient pouvoir prétendre à une indemnisation au titre d'une perte de gains professionnels futurs, il résulte de l'instruction et en particulier de l'expertise que l'état de santé de la requérante était compatible avec l'exercice de son activité professionnelle d'agent territorial à la date de consolidation de son état de santé. A suite, la requérante ne saurait se voir allouer quelque somme que ce soit au titre de ce chef de préjudice, au demeurant non chiffré malgré la demande adressée à cet effet le 16 mars 2022.
18. La requérante ne justifie pas de frais médicaux futurs indemnisables.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
19. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant sa période d'hospitalisation et son séjour au centre de rééducation cardiologique, soit du 17 avril au 30 mai 2018. Elle a également subi un déficit fonctionnel partiel de 50 % du 31 mai au 31 juillet 2018 et du 24 mai au 19 juin 2019, après la constatation d'une insuffisance cardiaque décompensée. Enfin, elle a subi un déficit fonctionnel temporaire de 30 % du 1er août 2018 au 23 mai 2019 et du 20 juin au 13 novembre 2019. Toutefois, dès lors que son état de santé nécessitait un pontage coronarien, il ne résulte pas de l'instruction l'existence d'un lien de causalité entre, d'une part, le retard de diagnostic et le manquement thérapeutique et, d'autre part, ces périodes de déficit fonctionnel temporaire. A suite, Mme D n'est pas fondée à prétendre à une indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
20. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, qu'un pontage coronarien aurait été nécessaire en cas d'évolution naturelle de la pathologie. Ainsi, la part des souffrances endurées A Mme D en raison de son hospitalisation de six semaines, de la chirurgie cardiaque subie et du passage en soins intensifs et en service de réanimation qui est directement imputable aux manquements commis A le centre hospitalier Louis Jaillon fera l'objet d'une juste appréciation en allouant à ce titre à Mme D la somme de 500 euros.
21. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, que Mme D a subi un préjudice esthétique du fait de la chirurgie de revascularisation coronarienne pratiquée. Dès lors que même en l'absence de faute commise A le centre hospitalier Louis Jaillon un pontage coronarien était requis, il ne résulte pas de l'instruction l'existence d'un préjudice esthétique temporaire indemnisable.
S'agissant des préjudices permanents :
22. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme D subit un déficit fonctionnel permanent de 30 %, lié aux signes de dysfonction myocardique qui limitent ses efforts ordinaires et lui imposent une importante contrainte thérapeutique, dont 20 % sont liés aux manquements commis A le centre hospitalier Louis Jaillon. A la date de consolidation de son état de santé, le 14 novembre 2019, Mme D était âgée de soixante ans. Ce chef de préjudice fera l'objet d'une juste appréciation en allouant à Mme D la somme de 30 000 euros.
23. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, qu'au moment des faits, Mme D pratiquait la danse latine, le rock, la danse en ligne, la marche avec des amis et la gymnastique. Après son infarctus, elle a uniquement pu reprendre la danse douce et la gymnastique. En outre, la limitation aux efforts est à l'origine d'un préjudice sexuel permanent. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices d'agrément et sexuel en allouant à Mme D la somme de 2 000 euros après application du taux de perte de chance des deux tiers.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
24. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".
25. A une ordonnance du 10 mars 2020, le président du tribunal administratif de Besançon a mis provisoirement à la charge de Mme D les frais de l'expertise ordonnée A le juge des référés du tribunal le 9 avril 2019.
26. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre ces frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros à la charge définitive du centre hospitalier Louis Jaillon de Saint-Claude, partie perdante à l'instance.
En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :
27. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Jaillon la somme de 1 500 euros au profit de Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les intérêts :
29. Mme D demande que la somme globale allouée en réparation de ses préjudices soit assortie des intérêts au taux légal à compter du jour du jugement. Les intérêts étant de droit à cette date, de telles conclusions sont sans objet et donc irrecevables.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier Louis Jaillon est condamné à verser à Mme D une indemnité d'un montant de 38 455 (trente-huit mille quatre cent cinquante-cinq) euros.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 800 (mille huit cents) euros A une ordonnance du 10 mars 2020 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier Louis Jaillon.
Article 3 : Le centre hospitalier Louis Jaillon versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au centre hospitalier Louis Jaillon, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône, au conseil départemental du Jura, à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, à la caisse des dépôts et consignations, et à la mutuelle générale de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée, pour information au Dr C, expert.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- M. Charret, premier conseiller,
- Mme Guitard, première conseillère.
Rendu public A mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.
La rapporteure,
F. GuitardLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026