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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2001446

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2001446

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2001446
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTEIXEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2020, M. A B, représenté par Me Teixeira, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Besançon à lui verser la somme de 106 392,77 euros, en réparation des préjudices résultant des fautes commises lors de sa prise en charge ;

2°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Besançon ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Besançon la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Besançon a été établie par l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) de Franche-Comté, qui a conclu à un taux de perte de chance de 70 % ;

- les frais hospitaliers, médicaux, paramédicaux et pharmaceutiques restés à sa charge durant la phase temporaire précédant sa consolidation sont indemnisés au titre des dépenses de santé actuelles ;

- son préjudice professionnel temporaire doit être indemnisé à hauteur de 29 706 euros, soit 20 794,20 euros après application du taux de perte de chance de 70 % ;

- ses frais divers, et notamment de déplacements, doivent être indemnisés à hauteur de 14 046,35 euros, soit 9 832,45 euros après application du taux de perte de chance ;

- ses dépenses de santé futures doivent être indemnisées à hauteur de 4 900 euros après application du taux de perte de chance ;

- ses préjudices professionnels définitifs doivent être indemnisés à hauteur de 37 672,82 euros après application du taux de perte de chance ;

- son préjudice d'incidence professionnelle doit être indemnisé à hauteur de 7 000 euros après application du taux de perte de chance ;

- son déficit fonctionnel temporaire doit être indemnisé à hauteur de 6 243,30 euros après application du taux de perte de chance ;

- ses souffrances endurées doivent être indemnisées à hauteur de 4 200 euros après application du taux de perte de chance ;

- son préjudice esthétique temporaire doit être indemnisé à hauteur de 350 euros après application du taux de perte de chance ;

- son déficit fonctionnel permanent doit être indemnisé à hauteur de 13 300 euros après application du taux de perte de chance ;

- son préjudice d'agrément doit être indemnisé à hauteur de 2 100 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le centre hospitalier régional universitaire de Besançon, représenté par Me Cariou, demande au tribunal de :

1°) rejeter ou limiter les demandes indemnitaires formulées par M. B ;

2°) ramener le montant de la somme sollicitée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions ;

3°) réserver les dépens.

Il soutient que :

- il ne conteste pas les termes du rapport d'expertise homologué par la CCI mais demande que les montants accordés à titre indemnitaire au requérant soient revus ;

- les frais divers ne peuvent être indemnisés en l'absence de production de justificatifs ;

- la perte de gains professionnels actuels doit être indemnisée à hauteur de 5 899,25 euros après application du taux de perte de chance ;

- la perte de gains professionnels futurs doit être indemnisée à hauteur de 2 875,52 euros après application du taux de perte de chance ;

- la demande relative à l'incidence professionnelle doit être rejetée faute d'être justifiée ;

- le déficit fonctionnel temporaire doit être indemnisé à hauteur de 5 205,75 euros après application du taux de perte de chance ;

- les souffrances endurées doivent être indemnisées à un montant ne pouvant excéder 3 500 euros après application du taux de perte de chance ;

- le préjudice esthétique temporaire peut être indemnisé à hauteur de 350 euros après application du taux de perte de chance, tel que sollicité par le requérant ;

- le déficit fonctionnel permanent peut être indemnisé à hauteur de 13 300 euros après application du taux de perte de chance, tel que sollicité par le requérant ;

- la demande relative au préjudice d'agrément doit être rejetée ou indemnisée à hauteur de 125 euros après application du taux de perte de chance.

Par un mémoire en observations, enregistré le 3 mai 2023, la caisse primaire d'assurance-maladie de la Haute-Saône fait part au tribunal de son absence d'intention d'intervenir dans l'instance.

Elle précise que sa créance a d'ores et déjà été prise en charge à hauteur de 70 %, correspondant au taux de perte de chance, par l'assurance du centre hospitalier régional universitaire de Besançon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Me Fontanini, pour le centre hospitalier régional universitaire de Besançon.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 23 novembre 1961, a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Gray le 5 juin 2012 en raison d'un état fiévreux, de myalgies et d'arthralgies. Il a été transféré au service des maladies infectieuses du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Besançon le 7 juin 2012 en raison de la persistance de ces symptômes. Le 22 juin 2012, M. B chute alors qu'il faisait sa toilette assis sur une chaise. Une échographie est effectuée le jour même sans révéler d'anomalie au niveau du psoas. La réalisation d'un scanner le 28 juin 2012 met au jour la présence d'un hématome du psoas droit de 17 centimètres de hauteur sur 3 avec une extension au carré des lombes. Un électromyogramme pratiqué le lendemain montre une paralysie partielle du nerf fémoral droit. Le requérant a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) de Franche-Comté le 27 octobre 2016, qui a ordonné une expertise et désigné deux experts. Ces derniers ont déposé leur rapport le 29 mai 2017. Après avoir constaté que les soins, investigations et actes annexes n'ont pas été conduits dans les règles de l'art et selon les données acquises de la science médicale à l'époque où ils ont été réalisés, que ce soient les moyens diagnostiques mis en œuvre après la chute comme la prise en charge de l'hématome, les experts concluent que ces deux manquements ont abouti à une perte de chance de 70 %. Par un avis du 27 juin 2017, la CCI de Franche-Comté a conclu à la responsabilité du CHRU de Besançon pour les manquements dont a été victime M. B à hauteur de 70 % des préjudices qu'il a subis. Ce dernier a adressé une demande indemnitaire préalable au CHRU de Besançon le 27 mai 2020 qui a fait l'objet d'un rejet implicite. M. B demande au tribunal de condamner le CHRU de Besançon à lui verser la somme de 106 392,77 euros, en réparation des préjudices résultant des fautes commises dans sa prise en charge.

Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Besançon :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 27 mai 2017, que M. B a souffert d'un hématome du psoas avec compression du nerf fémoral droit entraînant un déficit moteur du quadriceps à la suite d'une chute alors qu'il était hospitalisé dans cet établissement. Les experts ont estimé que les moyens diagnostiqués alors mis en œuvre, échographie ne révélant pas d'anomalie alors que le scanner pratiqué six jours plus tard mettra au jour l'existence de l'hématome, n'étaient pas normaux en présence d'un syndrome neurologique déficitaire au niveau du membre inférieur droit. Ils ont également considéré que la prise en charge de cet hématome était critiquable car une évacuation chirurgicale aurait levé la compression du nerf fémoral sous-jacente. Il résulte de ce qui précède, et alors que le CHRU de Besançon ne le conteste pas, que la prise en charge médicale de M. B par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon n'a pas été adaptée et que les manquements commis par cet établissement constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement hospitalier.

Sur la perte de chance :

4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports des experts désignés par la CCI, que le retard de diagnostic et l'absence d'évacuation chirurgicale ont fait perdre à M. B une chance de guérison du fait d'une absence de prise en charge initiale adaptée et que ce défaut de prise en charge initiale adaptée a fait perdre à l'intéressé une chance à hauteur de 70 %.

Sur les préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. B peut être regardé comme consolidé au 16 mars 2017.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires

Quant aux préjudices professionnels temporaires :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B a été en arrêt de travail imputable à la paralysie du nerf fémoral droit par hématome compressif du psoas entre le 22 juin 2012 et le 11 septembre 2014, puis à mi-temps dans le cadre d'une invalidité de type I avant d'être regardé comme consolidé par la sécurité sociale le 31 août 2014. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, au regard des pièces produites, en lui accordant à une somme de 5 899,25 euros après application du taux de perte de chance de 70 %.

Quant aux frais divers :

8. Il résulte de l'instruction que le requérant a justifié du détail et du coût des trajets effectués à l'occasion de la réalisation de l'expertise, pour son suivi au centre hospitalier et ses soins de kinésithérapie. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant à une somme de 6 512,08 euros après application du taux de perte de chance de 70 %.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents

Quant aux dépenses de santé futures :

9. Il résulte de l'instruction que M. B ne justifie pas de dépenses de santé futures. Ses prétentions au titre de ce chef de préjudice doivent donc être écartées.

Quant aux préjudices professionnels définitifs :

10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B exerce son activité professionnelle à mi-temps et fait l'objet d'une invalidité de type I. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, au regard des pièces produites, en lui accordant une indemnité de 2 875,52 euros après application du taux de perte de chance.

Quant à l'incidence professionnelle :

11. Il résulte de l'instruction que M. B ne justifie pas d'une incidence professionnelle indemnisable. Ses prétentions au titre de ce chef de préjudice doivent donc être écartées.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 22 juin 2012 au 3 juillet 2012, puis du 12 au 13 juillet 2012 et du 18 juillet 2012 au 20 juillet 2012, un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe III du 4 juillet 2012 au 17 janvier 2013, enfin un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II du 18 janvier 2013 au 16 mars 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une somme de 5 209,05 euros après application du taux de perte de chance.

Quant aux souffrances endurées :

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B a subi des souffrances évaluées par les experts à 3,5 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une somme de 3 500 euros après application du taux de perte de chance.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

14. Le requérant ne justifie pas d'un tel préjudice. Ses prétentions doivent donc être rejetées.

S'agissant des préjudices permanents

Quant au déficit fonctionnel permanent :

15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B a subi un déficit fonctionnel permanent évalué par les experts à 15 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à M. B une somme de 13 300 euros après application du taux de perte de chance.

Quant au préjudice d'agrément :

16. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B pratiquait la marche, la cueillette de champignons et constituait lui-même ses réserves de bois de chauffage, et que ces activités d'agrément étaient impactées par son état physique. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une somme de 500 euros.

17. Il résulte des points 7 à 16 que les droits de M. B doivent être fixés à la somme de 37 795,90 euros.

Sur les frais liés au litige :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Besançon la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Besançon est condamné à verser à M. B la somme de 37 795,90 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Besançon versera à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier régional universitaire de Besançon et à la caisse primaire d'assurance-maladie de la Haute-Saône.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Thierry Trottier, président,

- Fabienne Guitard, première conseillère

- Natacha Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juin 2023.

La rapporteure,

N.DieboldLe président,

T.Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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