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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2001449

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2001449

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2001449
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantATHOS AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 25 septembre 2020 et 15 janvier 2021 sous le n° 2001449, M. B A, représenté par Me Colomb, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département du Territoire de Belfort à lui verser une indemnité de 56 525 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de désignation en tant qu'administrateur provisoire de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées " La Rosemontoise " situé à Valdoie ;

2°) de mettre à la charge du département du Territoire de Belfort la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- après que l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté l'a contacté pour assurer une mission d'administrateur provisoire de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées " La Rosemontoise " du 7 juin au 7 août 2020, il a appris, le 4 juin 2020, soit seulement soixante-douze heures avant sa prise de fonctions, qu'il ne serait finalement pas retenu pour assurer cette mission ;

- à cette date, il avait loué un gîte pour 1 625 euros pour se rapprocher du lieu d'exercice de cette mission ;

- s'il avait été désigné comme administrateur provisoire il aurait pu prétendre à une rémunération à hauteur de 54 900 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de reconnaître la seule responsabilité du département du Territoire de Belfort ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de réduire les prétentions du requérant.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions dirigées contre l'agence régionale de santé sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;

- à titre subsidiaire, c'est le département du Territoire de Belfort, co-décisionnaire, qui a refusé, le 2 juin 2020, la candidature de M. A au poste d'administrateur provisoire qu'il avait proposée ;

- à titre infiniment subsidiaire, M. A, haut fonctionnaire territorial, a fait preuve d'imprudence en réservant un logement alors qu'aucune décision de désignation n'avait encore été prise et qu'il avait encore le temps de le faire, et sa faute exonère totalement l'administration de sa responsabilité ;

- sa rémunération en tant qu'administrateur provisoire de l'établissement aurait été de 21 000 euros pour soixante et un jours et non de 54 900 euros, ce préjudice ne présente pas de caractère certain et une éventuelle perte de chance de gains futurs justifierait en tout état de cause une indemnisation d'un montant inférieur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2022, le département du Territoire de Belfort, représenté par Me Didon, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de reconnaître la seule responsabilité de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté ;

3°) de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, il n'a jamais pris d'engagement envers M. A concernant une éventuelle désignation comme administrateur provisoire de l'établissement " La Rosemontoise " ni donné son accord à cette désignation ;

- à titre subsidiaire, M. A ne justifie pas de l'existence d'un préjudice tenant à la réservation d'un gîte et a commis une faute en réservant un hébergement sans attendre la confirmation de sa désignation comme administrateur provisoire ;

- en l'absence de confirmation ni même de promesse de sa part, M. A ne peut pas prétendre à une perte de chance en matière de rémunération ;

- à titre infiniment subsidiaire, l'agence régionale de santé a manqué de prudence en s'engageant envers M. A alors qu'il n'avait pas donné son accord à sa désignation.

II./ Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2021 sous le n° 2100050, M. B A, représenté par Me Colomb, demande au tribunal :

1°) de condamner l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté à lui verser une indemnité de 56 525 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de désignation en tant qu'administrateur provisoire de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées " La Rosemontoise " situé à Valdoie ;

2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il reprend, les mêmes moyens que ceux, visés ci-avant, soulevés à l'appui de sa requête enregistrée sous le n° 2001449.

Par un mémoire, enregistré le 23 février 2021, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de reconnaître la seule responsabilité du département du Territoire de Belfort ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de réduire les prétentions du requérant.

Il soutient que :

- à titre principal, il n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité ;

- à titre subsidiaire, c'est le département du Territoire de Belfort, co-décisionnaire, qui a refusé, le 2 juin 2020, la candidature de M. A au poste d'administrateur provisoire qu'il avait proposée ;

- à titre infiniment subsidiaire, M. A, haut fonctionnaire territorial, a fait preuve d'imprudence en réservant un logement alors qu'aucune décision de désignation n'avait encore été prise et qu'il avait encore le temps de le faire, et sa faute exonère totalement l'administration de sa responsabilité ;

- sa rémunération en tant qu'administrateur provisoire de l'établissement aurait été de 21 000 euros pour soixante et un jours et non de 54 900 euros, ce préjudice ne présente pas de caractère certain et une éventuelle perte de chance de gains futurs justifierait en tout état de cause une indemnisation d'un montant inférieur.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Mme C, pour l'agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté.

Considérant ce qui suit :

1. L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " La Rosemontoise " situé à Valdoie a été placé sous administration provisoire par une décision conjointe du directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et du président du conseil départemental du Territoire de Belfort en date du 6 avril 2020. M. A, ancien directeur de structures sociales et médico-sociales, s'étant inscrit sur la liste des réserves sanitaires pendant la période de crise sanitaire liée à la Covid 19, a été contacté par l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté pour une éventuelle mission d'administrateur provisoire auprès de cet établissement à compter du 7 juin 2020. L'agence régionale de santé a proposé sa désignation au département du Territoire de Belfort, co-décisionnaire, qui a refusé cette candidature. Le 4 juin 2020, M. A a été informé qu'il ne serait pas désigné comme administrateur provisoire de l'EHPAD " La Rosemontoise ". Par un courrier du 5 juin 2020, il a présenté une demande indemnitaire préalable au département du Territoire de Belfort, qui l'a rejetée par une décision du 27 juillet 2020. Par un courrier du 15 septembre 2020, M. A a adressé une demande indemnitaire préalable à l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté. Le silence conservé par le directeur général de cette agence sur cette demande a fait naître une décision implicite de refus. Par deux requêtes enregistrées sous les nos 2001449 et 2100050, qu'il y a lieu de joindre, M. A demande au tribunal de condamner respectivement le département du Territoire de Belfort et l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de nomination en tant qu'administrateur provisoire de l'établissement " La Rosemontoise ".

2. En application des dispositions de l'article L. 313-3 du code de l'action sociale et des familles, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " La Rosemontoise ", situé à Valdoie, dont les prestations dispensées sont susceptibles d'être prises en charge à la fois par l'aide sociale départementale et par les organismes d'assurance maladie, est soumis à autorisation conjointe du directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et du président du conseil départemental du Territoire de Belfort. En application du VI de l'article L. 313-14 du même code, la procédure de placement sous administration provisoire de cet établissement et de désignation de l'administrateur provisoire pouvait être engagée et mise en œuvre à l'initiative du directeur de l'agence régionale de santé ou du président du conseil départemental, à charge pour cette autorité d'en informer l'autre sans délai. En l'espèce, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont décidé de prendre une décision conjointe.

Sur la responsabilité du département du Territoire de Belfort :

3. Il ne résulte pas de l'instruction que le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ou quelque autre autorité de cette collectivité ait promis à M. A D le désigner en tant qu'administrateur provisoire de l'EHPAD " La Rosemontoise ". Par suite, en l'absence d'assurances données de sa part au requérant, la responsabilité du département du Territoire de Belfort ne saurait être engagée au titre d'une promesse non tenue.

Sur la responsabilité de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté :

4. Si les agences régionales de santé sont, aux termes de l'article L. 1432-1 du code de la santé publique, des établissements publics distincts de l'Etat, les compétences qui leur sont confiées par l'article L. 1431-2 de ce code, parmi lesquelles le contrôle du fonctionnement des établissements et services médico-sociaux au b de l'article L. 313-3 du code de l'action sociale et des familles, sont, en vertu de l'article L. 1432-2 du code de la santé publique, exercées par leur directeur général au nom de l'Etat, sauf lorsqu'elles ont été attribuées à une autre autorité au sein de ces agences.

5. Il résulte de l'instruction et notamment des échanges de courriels produits par le requérant, intervenus entre lui et la déléguée territoriale Nord Franche-Comté de l'agence régionale de santé, en particulier d'un courriel du 25 mai 2020, par lequel cette dernière a informé M. A qu'il commencerait le 7 juin 2020, que l'agence régionale de santé doit être regardée comme ayant pris un engagement ferme et précis envers le requérant quant à sa désignation en tant qu'administrateur provisoire de l'EHPAD " La Rosemontoise " pour une durée de deux mois à compter du 7 juin 2020. Si les assurances ainsi données par la déléguée territoriale Nord Franche-Comté de l'agence régionale de santé ne pouvaient engager le département du Territoire de Belfort, co-décisionnaire de la décision du 7 juin 2020, il ressort des dispositions du VI de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles que la procédure de placement sous administration provisoire de l'EHPAD et de désignation de l'administrateur provisoire pouvait être engagée et mise en œuvre à l'initiative du seul directeur de l'agence régionale de santé, à charge pour cette autorité d'en informer le président du conseil départemental du Territoire de Belfort sans délai. Par suite, et alors même que M. A ne puisse se prévaloir d'aucun droit à être désigné en tant qu'administrateur provisoire, la promesse faite en ce sens par un courriel de la déléguée territoriale Nord Franche-Comté de l'agence régionale de santé, qui n'a pas été tenue par l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

Sur les préjudices :

5. S'agissant du premier chef de préjudice, tenant aux frais de réservation d'un gîte engagés par M. A à hauteur de 1 625 euros pour se rapprocher du lieu de sa mission, le requérant n'a produit aucun justificatif de la réalité et du montant des frais ainsi exposés, malgré la demande adressée par le greffe du tribunal administratif de Besançon à cet effet à l'intéressé. Il ne peut donc prétendre à une indemnisation à ce titre.

6. S'agissant du second chef de préjudice tenant à une perte de rémunération à hauteur de 54 900 euros du fait de l'absence de désignation comme administrateur provisoire, M. A ne justifie pas du montant réclamé. L'agence régionale de santé affirme néanmoins qu'il aurait pu prétendre à un montant de rémunération de 21 000 euros pour les deux mois de mission d'administrateur provisoire envisagés. Ce préjudice présente un caractère direct et certain et est en lien direct avec la promesse non tenue de l'agence régionale de santé. En l'absence de toute faute ou imprudence de la part de M. A, l'Etat est entièrement responsable du préjudice tiré de la perte de rémunération subie par l'intéressé.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a uniquement lieu de condamner l'Etat à verser la somme de 21 000 euros à M. A.

Sur les frais liés au litige :

8. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Territoire de Belfort, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2001449, quelque somme que ce soit au profit de M. A, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

9. En deuxième lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de l'instance n° 2100050, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. En troisième lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de l'instance n° 2001449, de mettre à la charge de M. A au profit du département du Territoire de Belfort quelque somme que ce soit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A enregistrée sous le n° 2001449 est rejetée.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme 21 000 (vingt et un mille) euros.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département du Territoire de Belfort au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la santé et de la prévention et au département du Territoire de Belfort.

Copie en sera adressée, pour information, à l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au préfet du Territoire de Belfort, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

1

N°s 2001449-2100050

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