mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2001479 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DRAVIGNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 septembre 2020 et 18 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Dole à lui verser la somme de 100 168,89 euros, somme assortie d'un intérêt légal courant à compter de la liaison du contentieux et qui sera capitalisée à l'issue d'une première année ;
2°) de condamner la commune de Dole à lui verser chaque année, à compter du 17 février 2019, la somme de 1 352 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Dole la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre la somme de 1 000 euros au titre des frais d'expertise.
Il soutient que :
- un fonctionnaire victime d'un accident de service peut solliciter de la collectivité qui l'emploie une indemnité complémentaire réparant des préjudices distincts de ceux indemnisés au titre de l'imputabilité au service ;
- il a été victime d'un accident de trajet reconnu comme tel par la commune de Dole ;
- il n'y a pas lieu à faire application de la prescription quadriennale s'agissant de l'indemnisation des préjudices directement liés à son accident du 5 mai 1993 ;
- il doit être indemnisé de son déficit fonctionnel temporaire total à hauteur de 1 066,66 euros, de son déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 5 124,66 euros ;
- il doit être indemnisé de son déficit fonctionnel permanent à hauteur de 56 000 euros sans qu'il n'y ait lieu de distinguer celui correspondant à son accident initial de celui consécutif à ses rechutes ;
- les souffrances endurées ont été évaluées par l'expert à 5/7 ; il sollicite une indemnité de 10 000 euros à ce titre ;
- le préjudice esthétique temporaire a été évalué à 1/7 par l'expert et le préjudice esthétique permanent à 3,5/7 ; il sollicite une indemnité d'un montant total de 5 800 euros ;
- un préjudice d'agrément a été retenu par l'expert, au titre duquel il sollicite une indemnité à hauteur de 5 600 euros ;
- un préjudice sexuel a été retenu par l'expert, qui sera indemnisé à hauteur de 3 000 euros ;
- il doit être indemnisé de l'aide humaine qui lui a été apportée à hauteur de 3 874 euros à la suite de son accident de service survenu en 1993, de 4 763,57 euros à la suite de son arthroplastie de l'épaule gauche le 17 février 2017, et par une rente mensuelle de 1 352 euros à compter du 17 février 2019 jusqu'à son décès ;
- il doit être indemnisé de son préjudice moral et du trouble de ses conditions de l'existence à hauteur de 5 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 février et 1er décembre 2021, la commune de Dole, représentée par Me Tronche, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- il convient de faire application de la prescription quadriennale aux créances relatives à son accident de trajet du 5 mai 1993, la date de consolidation ayant été fixée au 5 avril 1994, le requérant ne pouvait solliciter l'indemnisation des préjudices liés à cet accident que jusqu'au 31 décembre 1998 ;
- le déficit fonctionnel temporaire total ne pourra être indemnisé que pour la seconde période courant en 2017 et seulement à hauteur de 540 euros en l'absence de circonstance particulière ;
- le déficit fonctionnel temporaire partiel ne pourra être indemnisé que pour les périodes courant de 2014 à 2017 et pour un montant total de 2 499 euros ;
- la demande d'indemnisation au titre du déficit fonctionnel permanent doit être rejetée et, subsidiairement, il conviendra de distinguer celui concernant l'accident initial de celui résultant des rechutes en raison de la prescription quadriennale et de l'indemniser à hauteur de 10 000 euros ;
- les souffrances endurées étant pour partie imputables à l'accident initial, elles doivent être indemnisées à hauteur de 2 500 euros .
- en l'absence de lien direct entre les rechutes de 2013 et 2016, et compte-tenu de son caractère très limité, le préjudice esthétique retenu par l'expert ne saurait faire l'objet d'une indemnisation ;
- il n'y a pas lieu d'indemniser le préjudice d'agrément en raison de la prescription quadriennale, du caractère insuffisant des précisions apportées par le requérant et du fait que les gênes évoquées se rapportent aux souffrances endurées ou au déficit fonctionnel ;
- il n'y a pas lieu d'indemniser le préjudice sexuel en raison de la prescription quadriennale, du fait que l'expertise repose sur ses seuls dires et que les gênes évoquées se rapportent aux souffrances endurées ou au déficit fonctionnel ;
- il n'y a pas lieu d'indemniser l'aide humaine du fait de la prescription quadriennale, en l'absence de demande d'assistance à domicile d'une tierce personne effectuée par le requérant et en l'absence de démonstration du bénéfice d'une telle aide ;
- il n'y a pas lieu à indemnisation du préjudice moral, déjà pris en compte par l'expert dans son évaluation des souffrances endurées.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Saône qui a transmis un mémoire le 26 mars 2024 dans lequel elle fait état de son absence d'intervention à l'instance.
Vu :
- l'ordonnance rendue du 29 mars 2019 sous le n° 1802178 par laquelle le juge de référés du Tribunal a ordonné une expertise ;
- le rapport déposé le 7 novembre 2019 par le docteur C, expert ;
- l'ordonnance rendue le 19 novembre 2019 sous le n°1802178 du président du Tribunal portant taxation des frais et honoraires de l'expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code du travail ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;
- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- les observations de Me Dravigny, pour M. A, et de Me Woldanski, substituant Me Tronche, pour la commune de Dole.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, adjoint technique principal de 2ème classe a exercé à compter de 1981 les fonctions de ripeur au sein de la commune de Dole puis, à compter du 1er janvier 2010, du syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères (SICTOM) de la zone de Dole. Il a été victime d'un accident de trajet le 5 mai 1993, lui occasionnant des blessures à l'épaule gauche. Selon le certificat final descriptif établi le 6 décembre 1993, M. A a pu reprendre le travail le 7 décembre 1993, avec des soins jusqu'au 20 janvier 1994. Le certificat final descriptif établi le 10 mars 1994 a fixé une date de consolidation au 5 avril 1994. Une déclaration de rechute en soins a été émise le 5 mars 2013 et la commune de Dole a informé le requérant le 10 février 2014 du fait qu'elle avait décidé de suivre l'avis favorable de la commission de réforme et de reconnaître ainsi la rechute de l'accident de trajet du 5 mai 1993. La commission de réforme a rendu un avis favorable le 23 mai 2014 à un taux d'IPP de 20 % pour l'épaule gauche et a fixé la date de consolidation au 1er avril 2014. Un certificat médical de rechute en soins pour la pathologie à l'épaule gauche du requérant a ensuite été établi le 20 mai 2016. M. A a subi le 17 février 2017 une intervention chirurgicale tendant à la pose d'une prothèse à l'épaule gauche. Il a été admis à la retraite pour invalidité le 11 janvier 2019. La date de consolidation de la dernière rechute a été fixée au 17 février 2019. Par ordonnance du juge des référés du 29 mars 2019, un expert a été désigné pour déterminer et évaluer les préjudices du requérant en lien avec son accident de trajet du 5 mai 1993 alors qu'il était agent de la commune de Dole, et sa maladie d'origine professionnelle du 25 juillet 2011 contractée au SICTOM de la zone de Dole. Le rapport d'expertise a été déposé le 7 novembre 2019. Par un courrier du 25 mai 2020, M. A a demandé à la commune de Dole de lui verser la somme de 100 168,89 euros ainsi que le versement d'une somme de 1 352 euros annuellement à compter du 17 février 2019. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.
Sur la responsabilité sans faute :
2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
3. Il est constant que l'accident dont M. A a été victime a eu lieu dans le temps et sur le lieu du service et à l'occasion de l'exercice des fonctions et que la fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus de l'épaule gauche et la tendinopathie de la coiffe en présence d'omarthrose post-traumatique dont a souffert l'intéressé sont en relation directe et certaine avec cet accident de service. Il ne résulte pas de l'instruction que ces pathologies sont imputables, même partiellement, à une faute de la victime. Par suite, M. A est fondé à demander à son employeur la réparation des préjudices patrimoniaux et personnels résultant des conséquences sur son état de santé de l'accident de service survenu le 5 mai 1993 et des rechutes survenues par la suite.
Sur la prescription quadriennale :
4. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ".
5. L'article 2 de la même loi dispose que : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. (). ".
6. En l'espèce, s'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents, qu'ils soient demeurés à la charge de la victime ou aient été réparés par un tiers, tel qu'un organisme de sécurité sociale, qui se trouve subrogé dans les droits de la victime.
7. La consolidation de l'état de santé de la victime d'un dommage corporel fait courir le délai de prescription pour l'ensemble des préjudices directement liés au fait générateur qui, à la date à laquelle la consolidation s'est trouvée acquise, présentaient un caractère certain permettant de les évaluer et de les réparer, y compris pour l'avenir. Si l'expiration du délai de prescription fait obstacle à l'indemnisation de ces préjudices, elle est sans incidence sur la possibilité d'obtenir réparation de préjudices nouveaux résultant d'une aggravation directement liée au fait générateur du dommage et postérieure à la date de consolidation. Le délai de prescription de l'action tendant à la réparation d'une telle aggravation court à compter de la date à laquelle elle s'est elle-même trouvée consolidée.
8. Il résulte de l'instruction que les séquelles de l'accident dont M. A a été victime le 5 mai 1993 ont été consolidées au 5 avril 1994, date mentionnée par le certificat final descriptif daté du 10 mars 1994 mais aussi par l'avis de la commission de réforme du département du Jura du 6 octobre 1994 portant sur l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité en faveur du requérant. Afin de s'opposer à l'application de cette prescription, ce dernier se borne à soutenir qu'il n'en a pas été justifié au cours de l'expertise et que la commune n'aurait pas retenu cette date dans l'un de ses arrêtés. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968, la prescription quadriennale, qui a commencé à courir à compter du 1er janvier 1995 était acquise au 1er janvier 1999. La demande préalable datée du 25 mai 2020 formée par M. A n'a pu interrompre le délai de prescription de ses créances sur la commune relatives aux préjudices directement liés à l'accident initial du 5 mai 1993.
9. Il résulte de ce qui précède que la commune de Dole est fondée à opposer l'exception de prescription quadriennale à l'égard de ces créances et les conclusions indemnitaires présentées par le requérant à leur sujet ne peuvent par suite qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires relatives aux créances non-prescrites :
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
10. La commission départementale de réforme qui s'est réunie le 23 mai 2014 afin de réviser le montant de l'allocation temporaire d'invalidité de M. A, versée depuis la survenance de l'événement initial que constitue l'accident du 5 mai 1993, a estimé que l'état de santé de M. A était consolidé pour son épaule gauche à la date du 1er avril 2014 à la suite de sa rechute pour soins déclarée le 5 mars 2013, et que son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) devait évoluer de 15 % à 20 %. Lors d'une expertise qui s'est déroulée le 22 octobre 2019, un nouvel expert a porté ce taux d'IPP à 30 % et a fixé au 17 février 2019 la date de consolidation de l'état de santé du requérant à la suite de la nouvelle rechute déclarée le 10 février 2016.
S'agissant du déficit temporaire partiel
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise déposé le 7 novembre 2019 par le Dr C, que le requérant a connu une période de déficit fonctionnel temporaire total pour la période courant du 16 février au 11 avril 2017, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 10 février au 1er avril 2014, puis de 40 % du 12 avril au 12 mai 2017, puis de 35 % du 13 mai 2017 au 16 février 2019. Si le requérant demande l'application d'un taux journalier de 16 euros, il sera fait usage du taux de 13,33 euros. Il sera, compte tenu de ces éléments, fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant au montant de 4 081 euros.
S'agissant des souffrances endurées
12. Il résulte de l'instruction que l'expert les a estimées à 5/7 en se référant à la fracture initialement subie par le requérant en 1993, l'enraidissement douloureux qui s'est ensuite progressivement aggravé, la pose d'une prothèse totale d'épaule en 2017, la rééducation qui s'en est suivie en centre spécialisé et au retentissement psychologique. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte-tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 9 en le fixant à la somme de 8 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire
13. Il résulte de l'instruction que l'expert évalue le préjudice esthétique temporaire à 1/7 pour le port d'une attelle ou d'une écharpe. Pour autant, le requérant n'apporte aucun élément sur ce chef de préjudice alors qu'il ne peut être exclu qu'il soit intervenu en 1993. Il n'y a pas lieu d'allouer une somme au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant des frais d'assistance temporaire par tierce personne
14. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne.
15. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que, en raison de son état de santé résultant de la rechute de soins survenue le 10 février 2016, M. A a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à la suite de l'arthroplastie totale de son épaule gauche le 17 février 2017, l'expert fixant cette aide à trois heures par jour du 12 avril au 12 mai 2017, soit une période de 31 jours, puis de trois heures par semaine du 13 mai 2017 au 17 février 2019, soit 646 jours Il sera, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, retenu pour l'indemnisation de ce chef de préjudice la base d'une année de 412 jours et un taux horaire moyen de salaire augmenté des charges sociales de 14 euros, le requérant ne justifiant pas de ce que sa situation particulière aurait nécessité une assistance à un coût supérieur. Par ailleurs, il ne résulte de l'instruction que le requérant ait perçu, au cours de la période, la prestation de compensation du handicap. Compte-tenu de tout ce qui vient d'être dit, ce poste de préjudice doit être évalué à la somme de 5 844 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux définitifs :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent
16. Il résulte de l'instruction que M. A souffre d'un déficit fonctionnel permanent partiel dont le taux a été fixé à 30 % à la dernière date de consolidation du 17 février 2019. Compte-tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 9, et alors que M. A était âgé de 57 ans à cette date de consolidation, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 19 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent
17. Il résulte de l'instruction que, s'agissant du préjudice esthétique permanent de l'intéressé, l'altération permanente de son apparence physique a été évaluée à 3,5 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert en raison de l'amyotrophie visible du galbe de l'épaule gauche et de la cicatrice antéro-interne. Compte-tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 9, il doit être tenu compte, dans l'appréciation de l'indemnisation de ce chef de préjudice, de son état antérieur résultant de l'accident de trajet dont il a été victime. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros.
S'agissant du préjudice sexuel
18. Aux termes des conclusions du rapport d'expertise, il est évoqué un retentissement déclaré sur la libido, sans conséquence sur la puissance virile ni sur la perte de fertilité, et l'existence d'un gêne positionnelle liée aux douleurs de l'épaule gauche. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 1 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément
19. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'il existe un préjudice d'agrément résidant dans l'impossibilité de pratiquer le vélo et de jouer au tennis, et d'une gêne lors de la pratique de la pêche au silure. Les proches du requérant attestent également de l'impossibilité pour ce dernier de porter ses petits-enfants. Compte tenu de ce qui a été dit au point 16 du présent jugement s'agissant du déficit fonctionnel permanent, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 1 000 euros.
S'agissant des frais d'assistance par une tierce personne
20. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'arthroplastie totale de l'épaule gauche subie par le requérant le 17 février 2017 a généré un besoin d'assistance à raison de deux heures par semaine à compter de la date de consolidation fixée au 17 février 2019, de manière pérenne et définitive. Compte-tenu de ce qui a été dit aux points 14 et 15 et en retenant un taux horaire moyen de salaire augmenté des charges sociales de 17 euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice à indemniser entre la date de consolidation et celle du présent jugement, soit 1 904 jours, en allouant la somme de 10 423 euros au requérant. S'agissant des dépenses futures d'assistance par une tierce personne, pour la période postérieure à la date du présent jugement, il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 1 352 euros par an. Cette indemnisation sera versée sous forme de rente annuelle, à chaque année échue après la date de mise à disposition du présent jugement et sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
S'agissant du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence
21. Si M. A sollicite l'indemnisation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de l'accident de trajet et des rechutes qui s'en sont suivies, il résulte de l'instruction que la réparation qui lui est accordée au titre des souffrances qu'il a endurées, physiques mais aussi psychiques, inclut le préjudice moral subi. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter une indemnisation complémentaire à ce titre.
22. Il résulte de ce qui précède que la commune de Dole est condamnée à verser à M. A une indemnité de 54 348 euros ainsi qu'une rente annuelle de 1 352 euros sur le fondement de la responsabilité sans faute.
Sur les intérêts :
23. M. A a droit au paiement des intérêts au taux légal sur la somme de 54 348 euros à compter du 27 mai 2020, date de réception de la demande préalable indemnitaire. Il y a lieu de faire également droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 28 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens de l'instance :
24. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme globale de 2 000 euros par l'ordonnance susvisée du 19 novembre 2019 à la charge définitive de la commune de Dole.
Sur les frais liés au litige :
26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
27. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Dole la somme de 1 400 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : La commune de Dole est condamnée à verser à M. A la somme de 54 348 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2020. Les intérêts échus à la date du 28 mai 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Dole versera à M. A, au titre de l'assistance par tierce personne, une rente annuelle calculée comme indiqué au point 20 du jugement.
Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 000 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Dole.
Article 4 : La commune de Dole versera la somme de 1 400 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Dole.
Copie sera transmise, pour information, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône, et au Dr C, expert.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
N. DieboldLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026