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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2001498

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2001498

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2001498
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPAPONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés respectivement les 1er octobre 2020, 30 août 2021 et 23 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Paponnet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'amende prévue au IV de l'article 1736 du code général des impôts qui lui a été infligée au titre des années 2012 et 2013 pour défaut de déclaration d'un compte bancaire détenu à l'étranger ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que son foyer fiscal, son activité professionnelle principale et ses intérêts économiques se situent en Bulgarie, pays où il doit être regardé comme fiscalement domicilié ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier 2021 et 1er avril 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Pernot, rapporteur public,

- et les observations de Me Besançon substituant Me Paponnet, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. (). " Aux termes de l'article 4 B du même code dans sa version applicable aux années d'imposition en litige : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. () ".

2. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts : " () Les personnes physiques () domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus (), les références des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger. () " Aux termes du IV de l'article 1736 du même code, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Les infractions aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A et de l'article 1649 A bis sont passibles d'une amende de 1 500 € par compte ou avance non déclaré. () ". Aux termes de l'article 344 A de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - Les comptes à déclarer en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts sont ceux ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou espèces. / II. - Les personnes physiques joignent la déclaration de compte à la déclaration annuelle de leurs revenus. Chaque compte à usage privé, professionnel ou à usage privé et professionnel doit être mentionné distinctement. () III. - La déclaration de compte mentionnée au II porte sur le ou les comptes ouverts, utilisés ou clos, au cours de l'année ou de l'exercice par le déclarant, l'un des membres de son foyer fiscal ou une personne rattachée à ce foyer. / Un compte est réputé avoir été utilisé par l'une des personnes visées au premier alinéa dès lors que celle-ci a effectué au moins une opération de crédit ou de débit pendant la période visée par la déclaration, qu'elle soit titulaire du compte ou qu'elle ait agi par procuration, soit pour elle-même, soit au profit d'une personne ayant la qualité de résident. ".

3. Il est constant qu'au cours des années 2012 et 2013, M. A était titulaire de dix comptes bancaires ouverts en Bulgarie et d'un compte bancaire ouvert en Serbie, qu'il n'a pas déclarés dans ses déclarations de revenus et sur lesquels il n'allègue pas qu'aucun mouvement n'aurait été enregistré au titre des années en cause. Pour contester les amendes infligées sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts, M. A soutient qu'il n'était pas tenu de déclarer ces comptes bancaires dès lors qu'il n'était pas fiscalement domicilié en France au sens de l'article 4 A du code général des impôts.

4. Si M. A détenait l'intégralité du capital social de la société de droit bulgare Iaco Bulgaria, dont il était l'unique salarié, et avait créé, en 2012, une autre société de droit bulgare, la société Monea 2012, dont il était le principal actionnaire, sa compagne étant la gérante de ces deux sociétés, il ne résulte pas de l'instruction que M. A exerçait son activité professionnelle principale au sein de l'une ou l'autre de ces deux sociétés bulgares, en l'absence d'activité propre avérée de ces deux entreprises, dont le chiffre d'affaires provenait d'opérations réalisées en réalité par les sociétés françaises et notamment par l'EURL Protech Industrie dont il était le gérant de fait. Il résulte en effet de l'instruction que le requérant rencontrait les fournisseurs et les clients de cette dernière société dont il recherchait de nouveaux fournisseurs, dont il était l'autorité décisionnaire au vu des échanges avec un commissaire aux comptes de l'entreprise au mois de novembre 2013 et dont il signait des contrats et documents engageant la responsabilité de cette société. Ainsi, et alors même que M. A percevait des sociétés bulgares des revenus nettement supérieurs à ceux que lui versait les sociétés françaises, il ne résulte pas de l'instruction que l'activité professionnelle exercée par M. A en France n'aurait été qu'accessoire. Par ailleurs, il détenait l'intégralité du capital de la société française Altdiscount, qui a pris en charge la plupart de ses frais de déplacements, notamment en Bulgarie, à hauteur de 22 718,74 euros en 2012 et de 16 182,45 euros en 2013, et au sein de laquelle il disposait d'un pouvoir décisionnaire qui lui a permis d'effectuer des actes de gestion. Par suite, M. A doit être regardé comme ayant eu en France son domicile fiscal au sens de l'article 4 A du code général des impôts au cours des années 2012 et 2013 et il était en conséquence tenu d'y déclarer ses comptes bancaires ouverts à l'étranger.

5. A supposer que M. A ait entendu se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'interprétation donnée des notions de foyer, de lieu de séjour principal, d'activité professionnelle principale et de centre des intérêts économiques, par la doctrine publiée sous les références BOI-IR-CHAMP-10 n° 100 et 110 du 25 juin 2014, BOI-IR-CHAMP-10 n° 130 du 28 juillet 2016, BOI-IR-CHAMP-10 n° 220 du 28 juillet 2016 et BOI-IR-CHAMP-10 n° 230 et 250 du 25 juin 2014, cette doctrine ne donne en tout état de cause pas une interprétation différente de l'article 4 B du code général des impôts que celle dont il est fait application dans le présent jugement.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des amendes contestées. Ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. TrottierLe président,

T. TrottierLa greffière,

C. Chiappinelli

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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