vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2100530 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AUGOYARD MARC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 avril 2021, M. A B, représenté par Me Augoyard, demande au tribunal :
1°) de condamner la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré (SCIC) " la Maison pour tous ", venant aux droits de l'office public de l'habitat de Saint-Claude, à lui verser la somme de 163 110,10 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'abandon fautif de la procédure de licenciement engagée à son encontre et en raison de faits de harcèlement moral dont il aurait été victime ;
2°) de mettre à la charge de la SCIC " la Maison pour tous " la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en abandonnant de façon abusive et aux termes de manœuvres déloyales la procédure de licenciement pour perte de confiance engagée à son encontre qui devait lui permettre de percevoir des indemnités de licenciement, l'OPH de Saint-Claude a manqué à son engagement et commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité ;
- l'absence de versement de l'indemnité de licenciement prévue au troisième alinéa du II de l'article R. 421-20-4 du code de la construction et de l'habitation lui a causé un préjudice financier qui s'élève à 149 160,10 euros ;
- la déloyauté de son employeur lui a causé un préjudice moral qu'il évalue à 2 500 euros ;
- il devra également être remboursé des frais d'avocat qu'il a dû engager pour l'accompagner dans la procédure de licenciement pour un montant de 1 450 euros ;
- il a subi une situation de harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires en raison des agissements de son employeur qui a tenu des propos blessants à son égard au cours de la procédure de licenciement en remettant en cause l'ensemble de son travail et en le tenant pour responsable de tous les dysfonctionnements de l'établissement alors qu'il avait agi sous le contrôle et avec l'aval du conseil d'administration de l'office, qu'il avait alerté dès 2007 des faiblesses structurelles de l'établissement, qu'il avait proposé ou mené seul de nombreuses opérations innovantes et personnellement assumé toutes les astreintes techniques de nuit et de week-end sur le patrimoine de l'office jusqu'au mois de décembre 2017 et qu'il ne participait pas à la commission d'attribution des logements qui a statué sur son cas ;
- cette situation de mal-être au travail a altéré sa santé en engendrant un syndrome d'épuisement professionnel et lui a causé un préjudice moral dont il devra être indemnisé par l'allocation de la somme de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2021, la Maison pour tous, coopérative immobilière, représentée par Me Carrère, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de M. B ;
2°) de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision ministérielle de révocation, dont le conseil d'administration a été informé le 2 mars 2020, a mis fin à la procédure de licenciement engagée par le président du conseil d'administration, qui n'était pas l'autorité décisionnaire en application de l'article R. 421-20-4 du code de la construction et de l'habitation et qui n'avait au demeurant pas pris d'engagement ferme en la matière ;
- l'intervention de la décision de révocation aurait en tout état de cause privé d'effet le vote par le conseil d'administration d'une décision de licenciement assortie du versement d'une indemnité de licenciement ;
- la tenue de propos blessants à l'égard du requérant n'est pas avérée, il n'a pas fait valider par le conseil d'administration son contrat de location, l'OPH en 2017 était confronté à un fort taux de vacance des logements contre lequel aucune action n'avait été envisagée, c'est le requérant qui a lui-même décidé d'assurer seul les astreintes techniques de l'office sans au demeurant que la réalité de ses interventions ne soit avérée, alors qu'il avait le pouvoir de recruter du personnel et, qu'ainsi, aucun fait de harcèlement ne saurait être retenu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,
- et les observations de Me Augoyard, pour M. B, et de Me Abbal, pour la SCIC la Maison pour tous.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B était le directeur général de l'office public de l'habitat de Saint-Claude depuis le 16 octobre 2000, lorsque l'office a fait l'objet d'un contrôle de la part de l'Agence nationale de contrôle du logement social (ANCOLS) du 28 juin 2016 au 31 janvier 2017. A la suite des irrégularités et fautes de gestion constatées, l'ANCOLS a informé M. B, par un courrier notifié le 26 octobre 2017, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une sanction disciplinaire et l'a invité à présenter ses observations, à la suite desquelles, le conseil d'administration de l'Agence nationale de contrôle du logement social a, par une délibération du 19 avril 2019, proposé au ministre chargé du logement de prononcer une sanction de révocation à l'encontre de M. B. Par un arrêté du 3 mai 2019, pris après délibération du conseil d'administration de l'office, le président de l'office public de l'habitat de Saint-Claude a suspendu M. B de ses fonctions de directeur général pour une durée de quatre mois à compter du 13 mai 2019. Par un courrier du 28 janvier 2020, M. B a sollicité une rupture conventionnelle. Par une lettre du 7 février 2020, le président du conseil d'administration de l'office a écarté cette possibilité et a informé M. B qu'il envisageait de saisir le conseil d'administration d'une proposition de licenciement. Par une décision du 28 février 2020, la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et le ministre auprès de la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, chargé de la ville et du logement ont infligé à M. B la sanction de révocation de ses fonctions de directeur général. Le président du conseil d'administration de l'office en a été informé dès le lendemain et a, par suite, retiré de l'ordre du jour de la séance du conseil d'administration de l'office du 2 mars 2020 le projet de délibération de licenciement de M. B. Par un courrier de son conseil du 10 décembre 2020, M. B a présenté une demande indemnitaire préalable auprès du président du conseil d'administration de l'office public de l'habitat de Saint-Claude afin d'obtenir réparation du préjudice financier subi du fait de l'abandon de la procédure de licenciement engagée à son encontre qui pouvait lui ouvrir droit au versement d'une indemnité et du préjudice moral résultant du caractère déloyal du déroulé de la procédure ainsi que des faits de harcèlement moral subis. Cette demande a été rejetée par une décision du 29 janvier 2021 du directeur général de la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré " la maison pour tous ", après fusion absorption, par cette dernière, au 26 janvier 2021, de l'OPH du Jura et de celui de Saint-Claude. M. B demande au tribunal de condamner la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré " la Maison pour tous ", venant aux droits de l'office public de l'habitat de Saint-Claude, à lui verser la somme de 163 110,10 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'abandon fautif de la procédure de licenciement engagée à son encontre et en raison de faits de harcèlement moral dont il aurait été victime.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-20-4 du code de la construction et de l'habitation : " I. ' Le licenciement du directeur général est prononcé par le conseil d'administration sur proposition écrite et motivée du président. () II. ' Préalablement à la saisine du conseil d'administration, le président communique par écrit à l'intéressé sa proposition de licenciement et l'informe de son droit à obtenir la communication de son dossier individuel, à présenter ses observations et à être assisté d'un défenseur de son choix. / Sauf dans le cas de licenciement pour faute grave, la cessation de fonctions ne prend effet qu'après un préavis de trois mois pendant lesquels la rémunération est maintenue. Le président peut dispenser l'intéressé d'exécuter tout ou partie du préavis. / Sauf dans le cas de licenciement pour faute grave, le directeur général qui n'a pas la qualité de fonctionnaire recruté par voie de détachement a droit à une indemnité () ".
3. La circonstance que, par une lettre du 7 février 2020, le président du conseil d'administration de l'office public de l'habitat de Saint-Claude a informé M. B qu'il envisageait de saisir le conseil d'administration d'une proposition de licenciement au titre de la rupture du lien de confiance et d'un défaut de qualité professionnelle en lui précisant qu'il serait susceptible de bénéficier, le cas échéant, de l'indemnité de licenciement prévue au II de l'article R. 421-20-4 du code de la construction et de l'habitation, ne saurait permettre de regarder l'office public de l'habitat de Saint-Claude comme ayant pris un engagement formel et précis de faire bénéficier M. B d'une indemnité de licenciement, ni même de prendre une décision de licenciement. Il n'est pas davantage établi qu'un tel engagement aurait été pris par le président de l'office lors de l'entretien qui s'est tenu avec le requérant le 18 février 2020, alors au demeurant que le président de l'office n'avait pas qualité pour prendre pareille décision, laquelle relève de la compétence du conseil d'administration de l'office en application de l'article R. 420-20-4 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, l'office public de l'habitat de Saint-Claude ne peut pas être regardé comme ayant commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité en ne respectant pas un engagement pris à l'égard de M. B.
4. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, repris depuis aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
5. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport établi par l'Agence nationale de contrôle du logement social (ANCOLS) au mois d'octobre 2017 à la suite du contrôle de l'office public de l'habitat de Saint-Claude, que M. B occupait un logement locatif social au sein du parc géré par l'office sans payer le supplément de loyer solidaire prévu à l'article L. 441-3 du code de la construction et de l'habitation et donc pour un loyer anormalement bas pour son niveau de ressources. Les deux immeubles du parc locatif social dans lesquels M. B a successivement occupé un logement ont en outre bénéficié d'une baisse de loyer ciblée, irrégulièrement décidée par le bureau du conseil d'administration de l'office alors qu'une telle décision relevait de la compétence du conseil d'administration en application de l'article L. 441-9 du code de la construction et de l'habitation, qui a bénéficié à l'intéressé, à hauteur respectivement de 15 % sur le premier logement occupé et de 24 % sur le second, qu'il a occupé à partir du 1er décembre 2015. Enfin, le dernier contrat de location conclu par M. B n'a pas fait l'objet d'une autorisation préalable de la part du conseil d'administration de l'office, en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-10 et L. 423-11-1 du code de la construction et de l'habitation. La sanction de révocation de ses fonctions de directeur général de l'office public de l'habitat de Saint-Claude infligée à M. B le 28 février 2020 au motif que la responsabilité de M. B, en sa qualité de directeur général de l'office, était prépondérante dans la survenue des irrégularités et fautes de gestion constatées, a été confirmée sur recours contentieux par une décision du Conseil d'Etat du 29 décembre 2021.
6. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement et les propos tenus par le président du conseil d'administration de l'office public de l'habitat de Saint-Claude, auquel il revenait de préciser à M. B les raisons pour lesquelles il estimait que ses qualités professionnelles étaient en défaut et le lien de confiance entre l'intéressé et l'office avait été rompu, aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique au cours de la procédure et en particulier durant l'entretien qui s'est tenu le 18 février 2020. En l'absence d'éléments probants permettant de faire présumer le harcèlement dont il allègue avoir fait l'objet, M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'administration doit être engagée à ce titre.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une faute susceptible de lui ouvrir droit à indemnisation de ses préjudices.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré " la Maison pour tous ", qui n'est pas la partie perdante à l'instance, quelque somme que ce soit au profit de M. B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
10. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme au profit de la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré " la Maison pour tous " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré " la Maison pour tous " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au président de la société coopérative d'intérêt collectif d'habitation à loyer modéré " la Maison pour tous ".
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Guitard, première conseillère,
- Mme Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2023.
La rapporteure,
F. GuitardLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
2
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