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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2100726

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2100726

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2100726
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSIRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2021, la SCI le hameau des étangs, représentée par Me Sirat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) mis à sa charge en vertu de l'avis de mise en recouvrement du 15 janvier 2019 en principal, intérêts et majorations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière au regard des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;

- elle doit bénéficier d'une décharge de la TVA collectée portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 du fait de sa régularisation lors du dépôt de la déclaration CA3 afférente au mois de janvier 2018 ;

- l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) le hameau des étangs a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2016, étendue à l'année 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Par une proposition de rectification n° 3924 du 25 juin 2018, des rehaussements de TVA lui ont été notifiés selon la procédure de rectification contradictoire, pour un montant total de 55 811 euros. Elle a présenté ses observations par lettre du 22 août 2018, l'administration a maintenu les rappels de TVA, à l'exception de celui relatif à la maison témoin dans sa lettre n° 3926 du 22 octobre 2018. La TVA nette admise en déduction au titre de 2015 et 2016 a été restituée le 21 décembre 2018 pour un montant de 8 473 euros. Par un avis de mise en recouvrement du 15 janvier 2019, l'administration a retenu un montant de 27 182 euros en droit et 11 145 euros en pénalités, soit une créance d'un montant total de 38 327 euros. La SCI a contesté les rappels par une réclamation du 28 octobre 2020 qui a fait l'objet d'un rejet le 5 mars 2021.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article 52 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts () ".

3. Ces dispositions, qui ont notamment pour objet d'alléger les contraintes que fait peser le contrôle fiscal sur la gestion des petites et moyennes entreprises, définissent, au bénéfice des contribuables qu'elles mentionnent, une garantie qui s'oppose à ce que le vérificateur poursuive, au-delà de trois mois à compter du début du contrôle, la vérification des livres ou documents comptables au sein de l'entreprise vérifiée ou, lorsqu'ils ont été apportés par le contribuable ou ont été emportés par le vérificateur avec l'accord du contribuable, dans les locaux de l'administration.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 25 juin 2018, que la vérification de comptabilité de la SCI s'est déroulée du 27 février 2018 au 26 avril 2018, date de la dernière intervention sur place. Par courriel du 15 mai 2018, l'administration a demandé à la SCI d'établir un " historique de la société, autrement dit une synthèse du projet initial et du changement d'orientation afin de relater correctement les faits ", et a précisé qu'elle allait contacter son comptable afin d'organiser la réunion de synthèse le 22 mai suivant. En raison de l'indisponibilité du comptable de la SCI puis de la vérificatrice, la réunion de synthèse s'est tenue dans les locaux de l'administration le 31 mai 2018. La requérante souligne que la vérificatrice se réfère dans son courriel au délai de trois mois afin de déterminer la date de la réunion de synthèse, considère que la vérificatrice ayant admis que les rectifications avaient été discutées lors des opérations de contrôle, la réunion du 31 mai n'avait aucune utilité si son objet était seulement de présenter les rectifications et enfin précise que son comptable n'a pas été présent lors de toutes les interventions de la vérificatrice au siège de la société alors que sa présence le 31 mai a été requise et qu'il s'est présenté avec les documents comptables de la société relatifs à la période concernée. Toutefois, elle ne peut pour autant déduire de cette chronologie des faits que les opérations de contrôle se sont poursuivies au-delà du 27 mai 2018. En effet, la demande, adressée par la vérificatrice, au demeurant au cours de la période de trois mois susmentionnée, ne porte sur l'analyse d'aucune pièce comptable et ne saurait dès lors caractériser une opération qui se rattache à la vérification. Par ailleurs, la requérante n'allègue pas s'être dessaisie de documents comptables apportés avec elle et qui auraient été conservés à l'issue de cette réunion par la vérificatrice ni que cette dernière ait poursuivi l'examen de sa comptabilité. Il s'ensuit que la SCI n'est pas fondée à soutenir que la vérification de comptabilité s'est prolongée au-delà du délai de trois mois.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

5. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit :/ a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué (). / 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons mentionnées aux a et a ter du 1, lors de la réalisation du fait générateur. Toutefois, en cas de versement préalable d'un acompte, la taxe devient exigible au moment de son encaissement, à concurrence du montant encaissé ".

6. Si la société requérante soutient qu'elle doit être déchargée de la TVA collectée portant sur la période courant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 en raison du règlement des rappels concernant cette imposition lors de la déclaration CA3 du mois de janvier 2018, cette régularisation est sans incidence sur le bien-fondé des rappels en cause dès lors qu'elle est intervenue postérieurement à la période vérifiée.

Sur les pénalités :

7. D'une part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

9. Il résulte des dispositions précitées que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

10. Pour appliquer la majoration pour manquement délibéré en litige, l'administration fiscale s'est fondée sur le fait que la requérante a omis de porter sur ses déclarations de TVA de 2016 et 2017 le montant de la TVA collectée sur la marge relative aux ventes de terrains à bâtir, que ce manquement était délibéré dès lors que l'activité de la SCI porte sur l'immobilier de sorte qu'elle ne pouvait ignorer les dispositions de l'article 268 du code général des impôts, que ce manquement a été commis de manière répétitive au cours des exercices contrôlés et que les actes de ventes notariés établis au cours de ces exercices précisent clairement que la TVA doit être acquittée par le vendeur qui en est le redevable légal sur sa déclaration CA3. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant l'intention de la société requérante d'éluder l'impôt et, par suite, le caractère délibéré des manquements qui lui sont reprochés. Par suite, et alors que l'insuffisance des déclarations de la société requérante résulte de tout ce qui précède, c'est à bon droit que l'administration lui a infligé les pénalités en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société civile immobilière le hameau des étangs doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SCI le hameau des étangs est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI le hameau des étangs et au directeur départemental des finances publiques du Doubs.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente,

- Mme Diebold, première conseillère,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

N. DieboldLa présidente,

C. Schmerber

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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