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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2100923

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2100923

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2100923
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAYER-BLONDEAU GIACOMONI DICHAMP MARTINVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 7 juin 2021 et 18 août 2022, M. C B, représenté par Me Ben Daoud, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Besançon à lui verser la somme de 49 482,99 euros en réparation des préjudices résultant de l'intervention chirurgicale qu'il a subie dans cet établissement le 2 mai 2019 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Besançon la somme de 1 110 euros au titre des frais d'expertise en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Besançon la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dès lors que l'indication opératoire n'était pas formelle, que le bilan pré-opératoire n'a pas été complet, que le geste opératoire n'a pas été réalisé conformément aux règles de l'art et que le suivi post-opératoire n'a pas été parfait, la responsabilité de l'établissement hospitalier est entièrement engagée en application du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- faute de l'avoir informé de l'existence d'une solution alternative et du risque de cophose, et alors qu'il aurait refusé l'intervention chirurgicale s'il avait disposé de cette information, la responsabilité du centre hospitalier est également engagée pour avoir méconnu l'obligation d'information lui incombant en application de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique ;

- il justifie de frais de santé actuels supportés du fait d'un reste à charge de 2 490 euros lors de l'achat d'un appareil auditif et de son chargeur ;

- il a exposé des frais de déplacement pour se rendre à des consultations médicales et pour le réglage de son appareil auditif par l'audioprothésiste ainsi que pour sa participation à l'expertise médicale ordonnée par le juge des référés qui peuvent être évalués forfaitairement à la somme de 500 euros ;

- il a exposé des frais postaux, de photocopies et pour solliciter son dossier médical au cours des démarches administratives qu'il a dû effectuer, qui justifient un remboursement à hauteur de 100 euros ;

- il devra changer son appareil auditif tous les quatre ans, pour un montant de reste à charge évalué à 12 792,99 euros ;

- sa surdité et son appareillage entraînent une pénibilité accrue dans l'exercice de sa profession d'aide-soignant qui justifie l'allocation d'une somme de 5 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

- ses souffrances temporaires endurées, évaluées à 2 sur une échelle de 7, justifient l'allocation d'une somme de 4 000 euros ;

- son déficit fonctionnel permanent imputable à l'intervention, estimé à 10 %, devra être indemnisé à hauteur de 15 600 euros ;

- son préjudice esthétique permanent lié à l'appareillage auditif et à une cicatrice sur le pied, évalué à 0,5 sur une échelle de 7, justifie une indemnisation à hauteur de 1 000 euros ;

- les gênes occasionnées par sa perte auditive dans ses relations sociales et culturelles sont à l'origine d'un préjudice d'agrément qui devra être indemnisé par l'allocation de la somme de 3 000 euros ;

- son préjudice d'impréparation justifie une indemnisation à hauteur de 5 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet 2022 et 2 juin 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Besançon, représenté par Me Mayer-Blondeau, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de réduire les prétentions du requérant en matière de frais d'expertise, de frais divers, de souffrances endurées, de déficit fonctionnel permanent, de préjudice esthétique permanent et de préjudice d'agrément et de rejeter les autres prétentions de l'intéressé ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire l'indemnisation au titre des dépenses de santé actuelles à la somme de 1 867,50 euros, au titre des dépenses de santé futures à la somme de 9 594,74 euros et au titre du préjudice moral d'impréparation à la somme de 1 500 euros et de rejeter les autres prétentions du requérant ;

3°) de rejeter les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône concernant le remboursement des frais d'appareillage auditif actuels et futurs ;

4°) de réduire les débours indemnisables de la caisse à la somme de 2 071,93 euros, après application du taux de perte de chance de 75 % ;

5°) de ramener les prétentions du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- il s'en remet à la sagesse du tribunal quant à la reconnaissance de sa responsabilité sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- il y a lieu de retenir un taux de perte de chance de 75 % d'éviter les complications survenues ;

- à titre principal, du fait de son hypoacousie, le requérant aurait en tout état de cause eu besoin d'un appareil auditif et il conviendrait, à titre subsidiaire, d'appliquer le taux de perte de chance de 75 % au montant de 2 490 euros ;

- il convient d'appliquer le taux de perte de chance de 75 % au montant de frais de déplacement et de frais divers de 600 euros exposés par le requérant ;

- à titre principal, il n'existe pas de lien de causalité direct suffisant entre les dépenses de santé futures liées à l'appareillage auditif et les manquements commis et, à titre subsidiaire, il conviendrait d'appliquer le taux de perte de chance de 75 % au montant de 12 792,99 euros ;

- il n'existe pas d'incidence professionnelle pour le requérant ;

- après application du taux de perte de chance de 75 %, les frais d'expertise pourront être remboursés au requérant à hauteur de 832,50 euros ;

- les souffrances endurées par le requérant pourront être évaluées à 2 000 euros, avant application du taux de perte de chance de 75 % ;

- son déficit fonctionnel permanent imputable de 10 % pourra être indemnisé à hauteur de 10 000 euros avant application du taux de perte de chance de 75 % ;

- dès lors que l'état de santé du requérant aurait en tout état de cause nécessité un appareillage auditif, le préjudice esthétique permanent du requérant pourra être évalué à 400 euros avant application du taux de perte de chance de 75 % ;

- le préjudice d'agrément du requérant pourra être indemnisé à hauteur de 1 000 euros avant application du taux de perte de chance de 75 % ;

- à titre principal, M. B a été informé des risques inhérents à l'acte chirurgical et, à titre subsidiaire, son préjudice d'impréparation pourra être indemnisé à hauteur de 1 500 euros ;

- dès lors que le requérant aurait en tout état de cause dû se faire appareiller du fait de son hypoacousie, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône ne saurait obtenir le remboursement des frais d'appareillage actuels et futurs ;

- le taux de perte de chance de 75 % devra être appliqué au remboursement des débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône ;

- la somme allouée au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pourra être ramenée à 1 500 euros.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 19 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Besançon à lui payer la somme de 11 106,57 euros au titre de ses débours, en assortissant cette somme des intérêts au taux légal à compter du jour du jugement à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement hospitalier la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Me Ben Daoud pour M. B et de Me Grosbois, pour le centre hospitalier régional universitaire de Besançon.

Considérant ce qui suit :

1. En 2019, M. B, confronté à une baisse auditive, a consulté le service oto-rhino-laryngologie du centre hospitalier régional universitaire de Besançon qui a fait réaliser une imagerie par résonance magnétique (IRM) et a posé une indication de pose d'une prothèse ossiculaire. L'intervention chirurgicale a été réalisée en ambulatoire dans cet établissement hospitalier le 2 mai 2019. Souffrant de vertiges, de nausées et de vomissements, M. B a dû faire l'objet d'une reprise chirurgicale le 7 mai 2019 qui a conduit à une greffe veineuse et au retrait de la prothèse posée le 2 mai 2019. M. B souffre notamment, depuis, d'une surdité totale de l'oreille droite. Par un courrier du 10 juillet 2019, M. B a présenté une première demande indemnitaire auprès du centre hospitalier régional universitaire de Besançon. Le 18 décembre 2019, M. B a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Besançon d'une demande d'expertise médicale. Par une ordonnance n° 1902216 rendue le 24 février 2020, le juge des référés a désigné un spécialiste en oto-rhino-laryngologie qui a établi son rapport d'expertise le 19 janvier 2021. Par un courrier de son conseil daté du 18 février 2021, M. B a présenté une nouvelle demande indemnitaire préalable auprès du centre hospitalier régional universitaire de Besançon, à laquelle l'établissement hospitalier n'a pas répondu. M. B demande la condamnation du centre hospitalier régional universitaire de Besançon à l'indemniser des préjudices subis du fait des complications de l'intervention chirurgicale du 2 mai 2019.

Sur la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Besançon :

En ce qui concerne l'organisation et le fonctionnement du service public hospitalier et les actes de diagnostic et de soins :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique " I - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise médicale rédigé par un spécialiste en oto-rhino-laryngologie, que l'hypoacousie de transmission dont souffrait M. B aurait nécessité la réalisation d'un scanner avant l'opération chirurgicale du 2 mai 2019 afin d'étudier l'oreille droite du patient qui avait fait l'objet d'interventions en 1995, 1996 et 1997 pour un cholestéatome. En outre, en l'absence d'autres troubles, notamment de l'équilibre, il aurait dû être proposé à M. B de pallier son hypoacousie de transmission par un appareillage auditif, dispositif contraignant mais sans risque et donnant en général de très bons résultats pour cette pathologie, alors que la pose d'une prothèse ossiculaire présentait chez M. B un risque de complication non négligeable en raison d'une enclume transposée en position suboptimale qui aurait pu être observée si un scanner avait été réalisé. Par ailleurs, au cours du geste chirurgical, le greffon de fascia, plus délicat que le greffon de périchondre, ne s'imposait pas, la mise en place de cartilage rigide, qui risquait de s'enfoncer dans le labyrinthe, n'était pas pertinente, et la fixation d'un piston malleus constituait une solution plus sûre que la mise en place d'un TORP. Enfin, en présence d'un patient qui présentait en post-opératoire des vertiges, nausées et vomissements, l'établissement hospitalier n'aurait pas dû laisser sortir M. B en fauteuil roulant avec un simple traitement symptomatique, mais procéder à un audiogramme, faire réaliser une imagerie et prévoir une éventuelle ré-intervention. Les fautes ainsi commises, tant au niveau médical que dans l'organisation et le fonctionnement du service, sont de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Besançon.

En ce qui concerne le défaut d'information

4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

6. M. B se réfère au rapport d'expertise qui souligne qu'il ne semble pas qu'il ait été informé du traitement alternatif de l'hypoacousie de transmission par un appareillage auditif ni du risque de perte totale de l'audition de l'oreille en raison de complications pouvant survenir lors de l'intervention chirurgicale, pour soutenir que le centre hospitalier régional universitaire de Besançon a manqué à son obligation d'information. Si, dans son courrier adressé au médecin traitant de M. B le 24 janvier 2019, le chirurgien qui pratiquera l'intervention affirme que les principes et les risques d'une reconstruction ossiculaire ont été expliqués au patient, en l'absence de précision et d'autre élément produit par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon, ce dernier ne peut pas être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe de l'information de M. B concernant le risque de cophose et l'existence d'un traitement alternatif. Par suite, la responsabilité de l'établissement hospitalier est engagée en raison d'une méconnaissance de son obligation d'information.

Sur la perte de chance :

7. En cas de manquement à l'obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soins entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. En revanche, si l'acte de soins n'était pas indispensable au traitement de l'affection, il y a lieu d'admettre que, si la patient avait été informé des risques qu'il lui faisait courir, il y aurait renoncé. Ainsi, la réparation du dommage résultant de la perte par le patient d'une chance de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dont il n'a pas été informé doit être fixée à l'intégralité des différents chefs de préjudices subis.

8. Comme il l'a été dit au point 3, il résulte de l'instruction que l'intervention chirurgicale n'était pas indispensable au traitement de l'hypoacousie de transmission dont souffrait M. B. Dans ces conditions, il y a lieu d'admettre que, si le requérant avait été informé, lors de la consultation du mois de janvier 2019, du traitement alternatif par appareillage auditif et des avantages et risques des deux traitements, il aurait renoncé à l'intervention chirurgicale, ainsi qu'il l'a affirmé à l'expert. En conséquence, la perte par M. B d'une chance de se soustraire au risque qui s'est réalisé doit être fixé à l'intégralité des différents chefs de préjudices subis.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires :

9. Le requérant justifie, par la facture d'achat d'un appareil CROS et de son chargeur du 10 janvier 2020 qu'il produit, de frais de santé actuels supportés du fait d'un reste à charge de 2 490 euros lors de l'achat d'un appareil auditif et de son chargeur. Si l'hypo-acousie préexistante du requérant aurait en tout état de cause nécessité la pose d'un appareil auditif, sa surdité totale de l'oreille droite consécutive aux complications survenues lors de l'intervention chirurgicale impose le port d'un système Cros avec un appareillage à chaque oreille dont le reste à charge du requérant de 2 490 euros devra être intégralement indemnisé.

10. Il résulte de l'instruction que M. B s'est rendu à Strasbourg le 29 septembre 2020 pour la réalisation de l'expertise médicale ordonnée par le juge des référés du tribunal. Compte tenu de la distance séparant son domicile de cette ville, de la carte grise produite et des barèmes kilométriques applicables en 2020 aux frais de déplacement réalisés avec un véhicule de cinq chevaux fiscaux, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à ce titre à M. B la somme de 274 euros, en l'absence de précision et de justificatif concernant d'autres déplacements directement imputables aux manquements commis par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon.

11. Le requérant ne justifie pas avoir exposé des frais postaux, de photocopies et pour solliciter son dossier médical susceptibles de faire l'objet d'une indemnisation.

S'agissant des préjudices permanents :

12. Il résulte de l'instruction et notamment de l'attestation d'un audioprothésiste et de celle du médecin-conseil de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône, que les appareils auditifs doivent être renouvelés en moyenne tous les quatre ans. Au vu du barème de capitalisation de la gazette du Palais 2022 et alors que le premier appareil auditif a été acheté par le requérant le 10 janvier 2020 et que M. B est âgé de soixante et un ans à la date du jugement, il sera fait une juste appréciation des dépenses de santé futures correspondant au reste à charge lors du renouvellement de l'appareil auditif de M. B en allouant à ce dernier la somme de 15 748 euros.

13. M. B, aide-soignant, fait valoir que son appareillage auditif l'empêche de prendre la tension artérielle au stéthoscope et qu'il est contraint de l'ôter lors des communications téléphoniques. Il résulte toutefois de l'instruction que cet appareillage n'a aucune incidence sur la possibilité pour l'intéressé de prendre la tension manuellement et, qu'après concertation avec son audioprothésiste et habituation, M. B devrait pouvoir téléphoner sans avoir à l'ôter. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction une pénibilité accrue de l'emploi d'aide-soignant occupé par M. B susceptible de justifier une indemnisation au titre de l'incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires :

14. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par M. B lors de l'intervention chirurgicale de reprise, qualifiables de légères, peuvent être évaluées à 2 sur une échelle de 7. Il en sera fait une juste appréciation en allouant à ce titre au requérant la somme de 2 000 euros.

S'agissant des préjudices permanents :

15. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent de M. B est de 14 %, dont 4 % liés à son hypoacousie préexistante et 10 % directement imputables aux complications de l'intervention chirurgicale du 2 mai 2019. Dès lors que M. B était âgé de cinquante-sept ans à la date de consolidation de son état de santé, le 7 novembre 2019, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent de M. B en lui allouant la somme de 10 000 euros.

16. Il résulte de l'instruction et notamment des conclusions expertales, que si l'hypoacousie préexistante de M. B nécessitait le port d'un appareil auditif, sa surdité totale de l'oreille droite le contraint à être appareillé des deux oreilles et la prise d'un greffon veineux est à l'origine d'une cicatrice au pied. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique permanent du requérant, évalué à 0,5 sur une échelle de 7, en allouant à ce titre au requérant la somme de 500 euros.

17. Il résulte de l'instruction que le préjudice d'agrément subi par M. B du fait de la gêne occasionnée par sa perte auditive dans le cadre de ses relations sociales pourra faire l'objet d'une juste appréciation en allouant à ce titre au requérant la somme de 2 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice d'impréparation :

18. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

19. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait été informé du risque de surdité de l'oreille droite auquel il se trouvait exposé en raison de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 2 mai 2019 pour traiter sa baisse d'audition, laquelle opération ne répondait pas à une indication formelle. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation de M. B résultant de ce qu'il n'a pu se préparer psychologiquement au risque de surdité résultant de cette opération en fixant le montant de l'indemnité due à ce titre à la somme de 1 500 euros.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône :

En ce qui concerne les débours :

20. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône justifie, par l'état de débours et l'attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil qu'elle produit, avoir engagé en faveur de son assuré, du seul fait des complications de l'intervention chirurgicale subie par M. B le 2 mai 2019, des frais d'hospitalisation du 7 au 9 mai 2019 et des frais médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage, et être appelée à engager des frais futurs lors des renouvellements de l'appareil auditif de l'intéressé à hauteur, après déduction des franchises, de 11 106,57 euros. La surdité totale de l'oreille droite de M. B, consécutive aux complications survenues lors de l'intervention chirurgicale, impose le port d'un système Cros avec un appareillage à chaque oreille, que son hypo-acousie préexistante n'aurait pas rendue nécessaire. Les frais d'un tel appareillage doivent donc faire l'objet d'une indemnisation de la part du centre hospitalier régional universitaire de Besançon. En outre, le taux de perte de chance évoqué au point 8 étant de 100 %, ces débours devront être intégralement indemnisés. En conséquence, les débours de la caisse primaire d'assurance maladie doivent être indemnisés par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon pour un montant de 11 106,57 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

21. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ". Aux termes de l'article L. 454-1 du code de la sécurité sociale : " () Si la responsabilité du tiers auteur de l'accident est entière ou si elle est partagée avec la victime, la caisse est admise à poursuivre le remboursement des prestations mises à sa charge à due concurrence de la part d'indemnité mise à la charge du tiers qui répare l'atteinte à l'intégrité physique de la victime, à l'exclusion de la part d'indemnité, de caractère personnel, correspondant aux souffrances physiques ou morales par elle endurées et au préjudice esthétique et d'agrément. De même, en cas d'accident suivi de mort, la part d'indemnité correspondant au préjudice moral des ayants droit leur demeure acquise. () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit du fonds national des accidents du travail de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ". En application de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et à 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023. ".

22. En application de ces dispositions, il y a lieu de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Besançon à verser la somme de 1 162 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

23. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. () ".

24. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 11 106,57 euros qui lui est allouée par le présent jugement à compter du 19 juillet 2022, date de l'enregistrement de son mémoire d'intervention au tribunal.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".

26. Par une ordonnance du 27 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Besançon a mis provisoirement à la charge de M. B les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal le 24 février 2020.

27. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre ces frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 110 euros, à la charge définitive du centre hospitalier régional universitaire de Besançon, partie perdante à l'instance.

En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Besançon la somme de 2 000 euros au profit de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Besançon est condamné à verser à M. B une indemnité d'un montant de 34 512 euros (trente-quatre mille cinq cent douze) euros.

Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Besançon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône la somme de 11 106,57 euros (onze mille cent six euros et cinquante-sept centimes), en remboursement de ses débours. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022.

Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Besançon versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône la somme de 1 162 (mille cent soixante-deux) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 454-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 110 (mille cent dix) euros par une ordonnance du 27 janvier 2021 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier régional universitaire de Besançon

Article 5 : Le centre hospitalier régional universitaire de Besançon versera la somme de 2 000 (deux mille) euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au centre hospitalier régional universitaire de Besançon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.

Copie en sera transmise, pour information, au Dr D A, expert.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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