mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2100937 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KINDELBERGER SARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 juin et 11 octobre 2021, et le 18 janvier 2022, Mme D B, représentée par Me Kindelberger, demande au tribunal :
1°) d'annuler le refus d'indemnisation du centre hospitalier Jura Sud en date du 28 avril 2021 ;
2°) de condamner le centre hospitalier Jura Sud à l'indemniser des préjudices qu'elle a subis lors du décès de son compagnon, M. A, à la suite des fautes commises par cet établissement, à hauteur de 30 000 euros au titre de son préjudice moral, de 7 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement, de 3 000 euros au titre de son préjudice de souffrance morale, de 81 110,40 euros au titre de son préjudice économique et de 3 883,70 euros au titre des frais d'obsèques ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Jura Sud les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'agit pas en qualité d'ayant-droit de M. A, mais en son nom propre pour obtenir réparation de ses préjudices personnels ;
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est engagée du fait de la méconnaissance de l'obligation d'information qui s'imposait à l'établissement en vertu de l'article R. 4127-35 du code de la santé publique ;
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique du fait des conditions de prise en charge de M. A et à raison du défaut d'empathie dont a fait preuve l'équipe médicale ;
- elle a subi, du fait de ces différentes fautes, un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 30 000 euros, un préjudice d'accompagnement qui doit être indemnisé à hauteur de 7 000 euros, un préjudice de souffrance morale qui doit être indemnisé à hauteur de 3 000 euros, un préjudice économique devant être indemnisé à hauteur de 81 1110.40 euros, outre les frais d'obsèques dont elle demande le remboursement à hauteur de 3 883.70 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 août et 9 novembre 2021, le centre hospitalier Jura Sud, représenté par Me Cariou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il n'est pas apporté la démonstration d'un quelconque manquement lui incombant dans la prise en charge de M. A.
La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône a informé le tribunal, le 5 juillet 2021, qu'elle ne souhaitait pas intervenir en l'absence de créance à faire valoir.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2020/002481 du 7 janvier 2021
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- les observations de Me Kindelberger, pour Mme B, et de Me Le Conte des Floris, substituant Me Cariou, pour le centre hospitalier Jura Sud.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, pris en charge par le centre hospitalier Jura Sud à compter du 19 février 2019, est décédé le 18 mars 2019, après une dégradation rapide de son état de santé. Mme B, sa compagne, recherche la responsabilité de l'établissement hospitalier et demande au tribunal sa condamnation à lui verser une somme totale de 124 994,10 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 28 avril 2021 :
2. La décision du 28 avril 2021 par laquelle le centre hospitalier Jura Sud a rejeté la demande indemnitaire de Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressée qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité du centre hospitalier Jura Sud :
En ce qui concerne le manquement au devoir d'information :
3. Aux termes de l'article L. 1110-4 du code de santé publique, dans sa version applicable au litige : " En cas de diagnostic ou de pronostic grave, le secret médical ne s'oppose pas à ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à l'article L. 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part. Seul un médecin est habilité à délivrer, ou à faire délivrer sous sa responsabilité, ces informations ". Aux termes de l'article R. 4127-35 du même code : " () Un pronostic fatal ne doit être révélé qu'avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être fait ".
4. Mme B reproche au centre hospitalier Jura Sud de ne jamais l'avoir informée de ce que le pronostic vital de M. A était engagé, des risques existants et des conséquences des traitements, alors pourtant qu'elle était présente à tous les rendez-vous médicaux.
5. Il résulte de l'instruction que M. A a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier Jura Sud à compter du 19 février 2019, en raison de douleurs dorsales et démangeaisons dans les jambes. Il a alors été découvert la présence d'une masse pulmonaire ainsi que de lésion secondaires hépatiques et d'une hypertrophie surrénalienne droite. Il est sorti le lendemain du service, à sa demande, et a été orienté en service d'oncologie avec un rendez-vous fixé le 25 février suivant. A cette occasion, l'oncologue a décidé de compléter son bilan par un scanner cérébral et une fibroscopie bronchique, ainsi qu'une consultation en dermatologie, afin de pouvoir prendre une décision thérapeutique. La fibroscopie bronchique pratiquée le 28 février 2019 n'ayant pas révélé d'anomalie, une scanographie a été effectuée lors d'une hospitalisation du 1er au 2 mars suivant. La consultation en dermatologie de M. A est intervenue le 4 mars 2019. M. A a ensuite été hospitalisé du 12 au 13 mars 2019 afin d'effectuer une biopsie hépatique suite à la fibroscopie négative, il est sorti le lendemain de l'établissement de santé à sa demande. Les résultats de cet examen sont transmis le 18 mars 2019 et confirment la présence de métastases hépatiques avec un carcinome pulmonaire. M. A est pris en charge le même jour par le centre hospitalier en raison de la dégradation de son état de santé. La requérante ainsi que des membres de la famille de M. A ont été reçus par un médecin qui leur a fait part de la gravité de la situation de ce dernier, de l'agressivité du cancer dont il souffrait. Mme B a été informée, lors de la prise en charge de M. A le 18 mars 2019 au service des urgences, de la gravité de l'état de santé de ce dernier ainsi que de sa dégradation extrêmement rapide, sans toutefois qu'il ne résulte de l'instruction qu'un décès à aussi brève échéance était envisagé par l'équipe médicale. Des examens successifs ont été prescrits dès le 19 février 2019 lors de la première prise en charge de M. A mais l'équipe médicale, à chacun de ces examens en attendait les résultats, de sorte que les soignants n'étaient pas en mesure de déterminer l'étendue du cancer dont M. A était atteint et par conséquent d'informer plus précisément son entourage sur les perspectives d'évolution de la maladie et son espérance de vie. Par ailleurs, M. A a bénéficié d'une prise en charge rapide dans les jours qui ont suivi son hospitalisation le 19 février 2019 et la découverte de masses cancéreuses, et a fait l'objet de consultations et examens médicaux afin de préciser le diagnostic. Mme B a alors été informée, lorsqu'elle accompagnait son compagnon à ces différentes consultations, au fil des données dont disposaient les praticiens à la suite des examens pratiqués. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier aurait commis une faute à raison d'un manquement au devoir d'information lui incombant en vertu des dispositions précitées de l'article L. 1110-4 du code de santé publique.
En ce qui concerne la prise en charge de M. A :
6. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ( ) ".
7. Mme B soutient tout d'abord que le suivi de son compagnon par le centre hospitalier est fautif du fait d'une médicamentation insuffisante pour soulager ses douleurs, voire inappropriée le 18 mars 2019. Toutefois, aucun élément du dossier ne permet de retenir l'administration par l'équipe médicale d'un traitement inadapté à l'état de santé de M. A. Si une approche thérapeutique de traitement du cancer a pu être envisagée, les résultats d'examens et l'impossibilité de réaliser des examens complémentaires ont rapidement justifié la mise en place de soins d'accompagnement, en particulier de prise en charge de la douleur.
8. La requérante évoque également des conditions indignes d'accueil de son compagnon dans le service des urgences le 18 mars 2019. Toutefois, eu égard aux conditions particulières de fonctionnement inhérentes à la mission d'un service des urgences et à la gravité de l'état de santé admis dans ce service, comme M. A le jour de son décès, aucun élément du dossier ne vient corroborer l'existence des dysfonctionnements allégués par Mme B.
9. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la prise en charge de M. A et le comportement des soignants à son égard comme à l'égard de sa compagne, Mme B, auraient méconnu les dispositions de l'article L. 1110-5 du code de santé publique, qui disposent que " toute personne a () le droit de recevoir () le meilleur apaisement possible de la souffrance () " ou celles de l'article R. 4127-37 du même code, qui disposent qu' " en toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances du malade par des moyens appropriés à son état et l'assister moralement ". En particulier, aucun élément du dossier ne vient confirmer le manque d'empathie ressenti par Mme B et reproché au centre hospitalier.
10. Enfin, si Mme B fait état d'appels téléphoniques répétés du centre hospitalier postérieurs au décès de son compagnon en raison de rendez-vous non-honorés, pour regrettables que soient ces événements, il ne résulte de l'instruction aucun défaut d'organisation des services, à supposer que ce fondement juridique soit invoqué, susceptible d'engager à l'égard de Mme B la responsabilité du centre hospitalier Jura Sud.
11. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute du centre hospitalier Jura Sud. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier Jura Sud, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner Mme B à verser au centre hospitalier la somme demandée sur le fondement des dispositions précitées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Jura Sud sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au centre hospitalier Jura Sud et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La rapporteure,
N. DieboldLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026