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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2100946

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2100946

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2100946
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSIRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2021 et 14 juin 2023, M. B A, représenté par Me Sirat, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2016 et 2017 en principal, intérêts et majorations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été privé de la mise en demeure préalable à la taxation d'office prévue par l'article L. 16A du livre des procédures fiscales, de sorte que la procédure d'imposition est irrégulière ;

- la demande d'éclaircissement et de justification qui lui a été notifiée manque à l'obligation de loyauté, elle est formulée de manière ambiguë ;

- à titre subsidiaire, sa réponse n'équivaut pas à une absence de réponse, elle est vraisemblable, susceptible de vérification et accompagnée de justificatifs ;

- il appartient à l'administration de démontrer qu'il était bien en situation d'être imposé d'office selon le BOI-CTX-DG-20-20-10§210 ;

- il a apporté des justifications en réponse à la demande formulée par le service sur le fondement de l'article L. 16A du livre des procédures fiscales en lui adressant des documents venant à l'appui de ses explications fournies en réponse ;

- l'administration ne pouvait faire peser sur lui une obligation de production d'éléments nouveaux pour échapper à la taxation d'office ;

- les motifs de rejet de ses justificatifs reposent sur des motifs liés au bien-fondé de l'imposition ;

- l'imposition mise à sa charge est exagérée, il a fourni tous les justificatifs qu'il était en mesure de fournir, la balance espèce retenue par l'administration imposant que l'ensemble des retraits et dépôts soient intervenus durant la seule période vérifiée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 novembre 2021 et 31 août 2023, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'administration n'a pas manqué à son obligation de loyauté à l'égard du requérant ;

- l'administration apporte la preuve que le contribuable se trouvait dans une situation de taxation d'office ;

- la réponse apportée par le requérant à la demande d'éclaircissement a été assimilée à un défaut de réponse eu égard à son caractère imprécis et invérifiable, les sommes en litige constitutives de revenus d'origine indéterminée ont été taxées d'office ;

- la réponse apportée par le requérant étant assimilée à un défaut de réponse, l'envoi d'une mise en demeure n'était pas applicable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2016 et 2017 à l'issue duquel le vérificateur a estimé que plusieurs mouvements inscrits au crédit des comptes bancaires de celui-ci demeuraient inexpliqués. L'administration fiscale a adressé à M. A des demandes de justifications ou d'éclaircissements portant sur ces mouvements, en application de l'article L. 16 du Livre des procédures fiscales. Les réponses de l'intéressé ayant été jugées insuffisantes par l'administration, équivalent ainsi, selon elle, à une absence de réponse, l'administration a procédé à la taxation d'office, sur le fondement de l'article L. 69 du même livre, de ces revenus dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article 16 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. Elle peut, en outre, lui demander des justifications au sujet de sa situation et de ses charges de famille, des charges retranchées du revenu net global ou ouvrant droit à une réduction d'impôt sur le revenu en application des articles 156 et 199 septies du code général des impôts, ainsi que des avoirs ou revenus d'avoirs à l'étranger. () Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. () Les demandes visées aux alinéas précédents doivent indiquer explicitement les points sur lesquels elles portent et mentionner à l'intéressé le délai de réponse dont il dispose en fonction des textes en vigueur ". Aux termes de l'article 16A de ce même livre : " les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ". Aux termes de l'article 69 du livre : " sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".

3. En premier lieu, la demande d'éclaircissements ou de justification concernant ses revenus adressée le 29 mai 2019 à M. A mentionne les textes applicables, le fait qu'un solde significatif et inexpliqué de " balances espèces " a été relevé sur son compte au titre des années 2016 et 2017, que des remises d'espèces en banque ont ainsi été constatées à hauteur de 45 000 euros en 2016 et 107 000 euros en 2017, alors qu'un retrait d'espèces d'un montant de 10 000 euros était observé en 2017, mentionne les explications apportées par le requérant lors de deux entretiens et qu'il lui a alors été précisé que les deux documents produits par ce dernier, relatifs à un retrait d'espèces de 155 000 euros intervenu le 18 octobre 2002 et un second de 88 150 euros le 24 juillet 2012, ne permettaient pas en l'état de rattacher les espèces retirées en 2002 et 2012 à celles déposées en 2016 et 2017. Cette demande d'éclaircissement précise ensuite que M. A n'a pas produit de justificatif probant de nature à justifier l'origine et le caractère non imposable des dépôts d'espèces figurant sur son compte courant. M. A a enfin été invité à justifier de l'origine et la nature de ces fonds. La demande comportait la mention du délai dont le requérant disposait pour y répondre et il lui était joint un document apportant des précisions sur les justificatifs à apporter. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration a manqué à son obligation de loyauté dans l'information qui lui a été délivrée ni qu'elle souffre d'ambiguïté, l'erreur de plume relevée par ce dernier, et au demeurant admise par l'administration, n'étant pas de nature à priver M. A de la bonne compréhension des éléments développés et des demandes formulées par l'administration.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que lorsque l'administration a demandé à un contribuable des justifications, c'est-à-dire des documents, elle est fondée à l'imposer d'office, sans mise en demeure préalable, à raison des sommes au sujet desquelles il s'est abstenu de répondre ou n'a apporté que des réponses imprécises ou invérifiables, sans les assortir d'éléments de justification.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a évoqué, lors de ses entretiens avec l'administration, sa volonté de se prémunir d'une faillite de son établissement bancaire et de la ponction dans ce cadre de son épargne sans son autorisation de sorte qu'il avait procédé à des retraits d'espèces de 155 000 euros et 88 150 euros en 2002 et 2012, puis avait procédé aux dépôts d'espèces observés sur son compte bancaire à hauteur de 45 000 euros en 2016 et 107 000 euros en 2017 lors de la disparition en 2016 des billets de 500 euros. Il a transmis le 29 mai 2019 à l'administration des justificatifs consistant en un bordereau de retrait d'espèces de 155 000 euros le 18 octobre 2002 et un relevé de compte sur lequel figure un second retrait de 88 150 euros le 24 juillet 2012. S'il n'est pas exclu qu'un contribuable, dans sa réponse à une demande de justifications, à lui adressée sur le fondement des dispositions de l'article 16 du livre des procédures fiscales, puisse se référer, le cas échéant, à des justifications qui ont déjà été produites auprès de l'administration à l'occasion d' une demande d'information, celui-ci ne peut, de manière pertinente, lorsque la procédure prévue audit article 16 lui est appliquée, se borner à invoquer les explications qu'il a données antérieurement, dès lors que la mise en œuvre de la procédure de l'article 16 implique nécessairement que ces explications ont été estimées dépourvues de justifications suffisantes par le service. En l'espèce, M. A a seulement, comme il a été dit ci-dessus, dans sa réponse à une demande de justifications fondée sur les dispositions de l'article 16 du code, renvoyé le service aux explications et pièces fournies lors des demandes d'information susmentionnées. L'examen par le service des bordereaux et relevés afférents aux comptes sur lesquels les opérations ainsi invoquées auraient été effectuées n'a pas permis d'établir que les dépôts d'espèces litigieux avaient effectivement pour origine les retraits prétendus. En raison du caractère imprécis et invérifiable qu'ont ainsi revêtu les réponses du contribuable, la lettre de réponse du requérant en date du 29 juillet 2019, doit être regardée comme un refus de répondre. Par suite, c'est à bon droit que l'intéressé a été taxé d'office en application des dispositions précitées du livre des procédures fiscales.

Sur le bienfondé de l'imposition :

6. Si le contribuable soutient que les versements bancaires dont il s'agit trouvaient leur origine dans une épargne personnelle qu'il aurait décidé de conserver en espèces afin de se prémunir des conséquences d'une faillite éventuelle de son établissement bancaire en opérant des retraits en espèces en 2002 et 2012, il n'établit pas l'existence d'un lien effectif entre ces retraits et lesdits versements. Par suite, il n'apporte pas la preuve de l'exagération des impositions litigieuses.

Sur la doctrine fiscale :

7. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".

8. En l'espèce, M. A n'est pas fondé à se prévaloir du BOI-CTX-DG-20-20-10 §210, qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. A.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Mme la directrice départementale des finances publiques du Doubs.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente,

- Mme Diebold, première conseillère,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

N. DieboldLa présidente,

C. Schmerber

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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