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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101200

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101200

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101200
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantFIDAL / BESANCON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2021, Mme C A et M. B A, représentés par Me Bos, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre de l'année 2016 pour un montant total de 97 803 euros, majorations et intérêts de retard compris ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure de vérification est irrégulière, l'activité d'huissier de justice et celle de gestionnaire d'immeubles auraient dû faire l'objet de deux procédures de vérification distinctes car ces activités n'ont ni le même objet ni la même clientèle, l'avis de vérification aurait dû mentionner chaque catégorie d'imposition concernée par le contrôle ;

- l'administration ne démontre pas l'existence de détournements de fonds ni que ces fonds aient été encaissés par Mme A ; par ailleurs, les recettes retenues par l'administration correspondent aux indemnités versées par la caisse de garantie, ce qui implique que la recette acquise par Mme A s'est réalisée à la date de versement de cette indemnité, soit en 2017 ; ces indemnités ne pouvaient dès lors pas être imposées au titre de l'année 2016 mais auraient dû l'être au titre de 2017, ces impositions doivent par conséquent être annulées en l'absence de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,

- et les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, qui exerçait la profession d'huissier de justice, a fait l'objet, avec son conjoint, d'un examen contradictoire de situation personnelle portant sur les années 2015 à 2017 diligenté à la suite de la vérification de la comptabilité de son étude, et de la transmission à l'administration fiscale par l'autorité judicaire d'éléments en application de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales ainsi que par la chambre nationale des huissiers de justice et l'administratrice provisoire de l'étude en application des articles L. 81, L. 83 et L. 102 du livre des procédures fiscales. A l'issue de ces contrôles, l'administration, a imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sur le fondement du 1 de l'article 92 du code général des impôts, au titre d'une activité illicite de détournement de fonds, les sommes non-reversées aux clients créanciers de l'étude. Par un avis du 20 février 2020, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a considéré que Mme A, en se bornant à affirmer qu'elle a eu recours à un processus de cavalerie et que l'examen de sa situation fiscale personnelle n'a pas abouti à un redressement, ne justifie pas ne pas avoir appréhendé les sommes non reversées aux créanciers et propriétaires qu'elle avait encaissé à leur profit, et a validé la position de l'administration. Ces redressements ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2020 pour un montant de 97 803 euros. M. et Mme A ont transmis une réclamation à l'administration le 10 novembre 2020, qui a fait l'objet d'un rejet le 31 mai 2021. M. et Mme A demandent au tribunal administratif de prononcer la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix ".

3. La circonstance que l'administration ait engagé une vérification de comptabilité en distinguant, comme elle y était tenue, les activités de la requérante n'ayant pas le même objet et comportant la réalisation d'opérations qui concernent des clientèles différentes, n'impliquait pas nécessairement qu'elle adresse à l'intéressée deux avis de vérification de comptabilité. En l'espèce, Mme A exerçait, au sein d'une entreprise individuelle faisant l'objet d'une seule immatriculation au registre du commerce et des sociétés, deux activités distinctes d'huissier de justice et de gestionnaire d'immeubles. L'avis qui lui a été adressé, en son seul nom et à son étude, le 16 juillet 2018, précisait que le contrôle porterait sur l'ensemble des déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées et portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 et mentionnait quel serait le déroulement de la procédure applicable à l'entreprise. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le service aurait méconnu les dispositions de l'article L.47 du livre des procédures fiscales en ne leur adressant pas deux avis de vérification afin de distinguer l'activité concernée, huissier de justice ou gestionnaire d'immeubles.

Sur le bienfondé de l'imposition :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a admis, lors des opérations de contrôle, ne pas avoir tenu de comptabilité complète pour l'ensemble de la période vérifiée, dont l'année 2016, pour l'ensemble des déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées. Dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de justifier de la totalité de ses écritures comptables, sa comptabilité doit être regardée comme comportant de graves irrégularités. Il résulte également de l'instruction que les impositions litigieuses ont été établies conformément à l'avis de la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, et en application des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions pèse sur les requérants.

En ce qui concerne le d'un détournement de fonds :

6. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 92 de ce code : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () ". Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. () ".

7. En application de dispositions du 1 précité de l'article 92 du code, des détournements de fonds, qui constituent pour leur auteur une source de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de revenus, sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.

8. En l'espèce, à l'issue des contrôles, l'administration a relevé que Mme A, dans le cadre de son activité d'huissier de justice, avait encaissé les sommes dues par les débiteurs et n'avait pas reversé aux créanciers l'intégralité des sommes qu'elle leur devait et les avait conservées pour son compte. Il a été constaté que, de la même façon, elle avait également perçu les sommes dues par les locataires sans les reverser dans leur intégralité aux propriétaires dans le cadre de son activité de gestionnaire d'immeubles. L'administration a ensuite considéré que Mme A n'avait pas déclaré les sommes ainsi appréhendées, et qu'au titre de l'année 2016, elle avait ainsi déclaré 8 364 euros de recettes alors qu'elle avait perçu 167 724 euros et en a déduit qu'en ne reversant pas l'intégralité des sommes dues aux clients de son étude, elle en avait conservé une partie à son profit compte tenu, notamment, de l'importance du montant résultant de la différence entre les recettes réellement perçues et celles déclarées. Les requérants soutiennent que l'administration se borne à faire valoir ces constatations et à les qualifier de détournements de fonds, sans établir que les fonds en cause n'avaient pas servi à régler d'autres clients, ni le fait que les détournements allégués aient été commis à leur bénéfice en l'absence de constatation d'un encaissement sur leurs comptes personnels. Cependant, pour estimer que Mme A s'était livrée, pour la période en litige, à une activité illicite de détournement de fonds au préjudice de particuliers, sous couvert de ses deux activités professionnelles, l'administration a tout d'abord établi un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité couvrant la période en litige, la requérante n'ayant pas été en mesure de présenter une comptabilité complète ni des pièces justificatives. L'administration a exercé son droit de communication auprès du tribunal de grande instance de Besançon, de la chambre nationale des huissiers de justice et enfin des établissements bancaires détenteurs de comptes ouverts au nom de Mme A. Elle a ensuite exploité, notamment, l'état récapitulatif des indemnités versées aux différents créanciers, transmis par la chambre nationale des huissiers et établi par un expert-comptable mandaté par cette dernière à cet effet, déterminant, pour chaque dossier client, les versements effectués par les débiteurs, les reversements opérés en faveur des créanciers, les honoraires perçus par la requérante et le solde du compte. Les services fiscaux ont ainsi déterminé, pour l'année 2016, le montant des sommes non-reversées aux créanciers au titre de l'activité d'huissier à 86 692 euros. Ils ont également chiffré le montant des sommes non-reversées aux propriétaires au titre de l'activité gestionnaire d'immeubles à 73 206 euros, puis en ont déduit le montant du solde du compte dédié à cette activité au jour de la démission de Mme A, soit 22 174,41 euros, pour retenir un montant final de 51 032 euros. L'administration a, enfin, reconstitué le montant du chiffre d'affaires réalisé au titre de l'activité d'huissier de justice, à la suite de la taxation d'office opérée au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, et l'a fixé à la somme de 30 000 euros pour la période couvrant l'année 2016. Ainsi, l'ensemble de ces éléments régulièrement collectés par l'administration fiscale, qui ne sont pas utilement remis en cause par l'absence de constatation de mouvements sur les comptes bancaires des requérants en lien avec les opérations en litige, établissent suffisamment la matérialité de l'activité illicite menée par Mme A au titre d'une activité professionnelle qu'elle exerçait seule au sein de son entreprise. Par ailleurs, si les requérants font valoir que les fonds non-reversés aux créanciers concernés l'ont été au bénéfice d'autres créanciers ou clients, ils n'apportent aucun élément probant et circonstancié au soutien de cette affirmation. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a qualifié les sommes ainsi détournées, qui n'étaient pas licitement destinées à M. et Mme A, de bénéfices non commerciaux au sens de l'article 92 du code général des impôts et qu'elle a taxé d'office, en application des dispositions précitées, ces revenus illicites non déclarés comme résultant d'une activité occulte.

9. Enfin, si les requérants soutiennent que l'administration n'établit pas que les montants ainsi retenus correspondent bien à des opérations intervenues durant l'année 2016, alors qu'elle s'est appuyée sur les indemnisations effectuées par la caisse de garantie de la chambre nationale des huissiers en 2017, il résulte de l'instruction que ces indemnisations sont intervenues après qu'il ait été établi, pour chaque année, le montant des sommes dues et non reversées aux clients créanciers de l'étude de Me A, et que l'administration a exploité les données transmises par ladite chambre nationale afin de déterminer le montant de ces sommes dues au titre de la seule année 2016. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions en litige, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, leurs conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Mme C A et à la directrice départementale des finances publiques du Doubs.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente,

- Mme Diebold, première conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

N. DieboldLa présidente,

C. Schmerber

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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