vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2101298 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP DEGRE 7 AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juillet 2021, 4 mars 2022 et 24 mai 2023, la société JNJ, représentée par Me Bevalot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des redressements, pénalités et intérêts de retard mis à sa charge au titre de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée pour les années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'insuffisance des prix exprimés dès lors que les termes de comparaison retenus ne sont pas pertinents au regard des caractéristiques spécifiques des biens concernés ;
- la qualification d'acte anormal de gestion suppose d'apporter également la preuve de l'intention de l'entreprise d'agir contre son intérêt, et s'agissant de biens relevant de l'actif de la société et non de stock, il convient d'établir l'intention de la société cédante de consentir une libéralité au cessionnaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 janvier et 8 septembre 2022, 1er juin 2023, le directeur départemental des finances publiques du Doubs, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conclusions relatives à la taxe sur la valeur ajoutée de la période couvrant les années 2014 et 1015 sont irrecevables, la requérante ayant bénéficié d'un dégrèvement de ces impositions le 6 mars 2019, et qu'en tout état de cause, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée JNJ, créée le 2 octobre 2002, exerce l'activité de marchand de biens. Son capital est détenu par cinq associés, dont M. B A qui dispose de 20 % des parts. Par un acte de cession du 10 mars 2014, la société JNJ a cédé à M. A deux parcelles, cadastrées section AC n° 376 et 377 d'une contenance de 7a et 14ca, situées 4E de Serre au lieu-dit " derrière chez Marchand " à Pouilley-les-Vignes, au prix de 30 000 euros. La société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Une proposition de rectification a été adressée le 19 juillet 2017 à la requérante, selon la procédure de redressement contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. La société n'a pas formulé d'observations en réponse à cette proposition. Un avis de mise en recouvrement portant sur la somme de 67 568 euros a été adressé à la requérante le 31 octobre 2017. La société JNJ a présenté une réclamation le 31 octobre 2018 qui a fait l'objet d'une acceptation partielle, l'administration, par une décision du 6 mars 2018, ayant dégrevé les sommes dues au titre de la taxe sur la valeur ajoutée de la période couvrant les années 2014 et 2015 pour un montant total de 61 963 euros. La société JNJ a présenté une réclamation le 23 décembre 2019 qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 8 juin 2021. Elle demande à être déchargée des suppléments mis à sa charge au titre de l'impôt sur les sociétés et la taxe sur la valeur ajoutée pour les années 2014 et 2015.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il résulte de l'instruction que, la société JNJ a présenté une réclamation le 31 octobre 2018 qui a fait l'objet d'une acceptation partielle. L'administration a, par une décision du 6 mars 2018, dégrevé les sommes dues au titre de la taxe sur la valeur ajoutée de la période couvrant les années 2014 et 2015 pour un montant total de 61 963 euros. Il résulte de ce qui précède que, dès la date à laquelle elle a été enregistrée, la requête comportait des conclusions relatives à la taxe sur la valeur ajoutée, dont l'administration soutient à bon droit qu'elles sont irrecevables.
Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
3. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.
4. S'agissant de la cession d'un élément d'actif circulant entre parties liées par des relations d'intérêts, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.
5. En premier lieu, lorsque l'administration fiscale procède à l'évaluation de la valeur vénale d'un bien, il lui appartient de retenir des termes de comparaison relatifs à des ventes qui ont porté sur des biens similaires, intervenues à une date peu éloignée dans le temps de celle du fait générateur de l'imposition. Toutefois, aucune règle du code général des impôts n'impose dans ce cas à l'administration de se fonder exclusivement sur des termes de comparaison portant sur des transactions antérieures à la date de ce fait générateur.
6. Il résulte de l'instruction que, par un acte notarié du 10 mars 2014, la société JNJ a cédé à M. B A deux parcelles de terrain cadastrées section AC n° 376 et 377, d'une contenance de 714 m², situées 4E de Serre au lieu-dit " derrière chez Marchand " à Pouilley-les-Vignes, au prix de 30 000 euros. A l'issue de la vérification de comptabilité de la requérante, l'administration estimant que le prix d'acquisition des parcelles de 42,02 euros au m² était manifestement minoré en comparaison avec les prix habituellement constatés pour des ventes similaires intervenues entre des tiers, a considéré que la société JNJ avait commis un acte anormal de gestion en minorant le prix de cession des deux parcelles, ce qui la privait d'une recette supplémentaire, sans que l'acte ne soit justifié par les intérêts de son exploitation commerciale. Pour établir le caractère minoré du prix, le service a procédé par comparaison avec les prix de cession de trois terrains à bâtir cédés par la requérante, et destinés à la construction d'un ou plusieurs immeubles, à savoir un terrain de 825 m² cédé le 21 décembre 2011 au prix de 86,06 euros le m², un terrain de 750 m² cédé le 7 juin 2012 au prix de 97,33 euros le m², et un terrain de 602 m² cédé le 18 octobre 2012 au prix de 102,99 euros le m². Sur le fondement de ces trois termes de comparaison, l'administration a retenu un prix moyen de cession au m² de 95,46 euros. Toutefois, le service a, en définitive, déterminé la valeur vénale de l'ensemble des parcelles par référence au prix de 86,06 euros le m² afin de tenir compte des spécificités du terrain.
7. La requérante conteste la pertinence de la méthode appliquée par l'administration en faisant valoir, tout d'abord, que les éléments de comparaison retenus par cette dernière ne sont pas pertinents. Si les parcelles en litige ont été décrites comme des parcelles de terrain et non des terrains à bâtir en raison de la construction d'un bâtiment par leur acquéreur antérieurement à son entrée en propriété, la comparaison avec des transactions similaires impliquait de retenir les situations les plus proches possibles avec celle de la cession objet du litige, de sorte que l'administration était fondée à procéder à une comparaison avec des terrains à bâtir compte-tenu du renoncement à l'accession par la requérante lors de la signature de l'acte de vente.
8. La société JNJ se réfère également, afin de contester le prix de cession retenu par l'administration, à plusieurs ventes intervenues entre elle et des tiers, notamment en septembre et octobre 2009 pour des parcelles cadastrées n° 340, 120 et 121 ayant été cédées à 12 euros du m2, soit un prix de vente actualisé de 42 euros du m2 en 2014, puis en février 2016 pour une parcelle cadastrée AC n° 394 au prix de 27,45 euros du m2, et le même jour pour une parcelle cadastrée AC n° 949 cédée au prix de 40 euros du m2. Cependant, il résulte de l'acte de vente dressé en 2009 qu'il portait sur des parcelles en nature de chemin d'accès de sorte que cette cession ne peut être retenue afin d'établir des éléments de comparaison pertinents avec la cession en litige. Par ailleurs, s'agissant des deux cessions intervenues en février 2016, il résulte de l'instruction, sans que cela ne soit contesté, que les parcelles cadastrées AC n° 394 et AC n° 397 acquises par la requérante au prix de 32,09 euros du m2 ont été revendues par cette dernière le jour même au prix de 54,94 euros du m2, et que ces parcelles, ainsi que celles ayant fait l'objet de la seconde transaction, étaient constituées de terrains d'aisance et non-viabilisés, de sorte que ces ventes ne peuvent davantage être retenues comme terme de comparaison dès lors qu'il ne s'agissait pas d'un bien intrinsèquement similaires au terrain cédé par la société JNJ à M. B A.
9. Si la requérante fait encore valoir que le terrain acquis a dû faire l'objet de travaux de terrassement, elle n'établit pas pour autant que les autres terrains retenus comme termes de comparaison par l'administration n'ont pas également fait l'objet de tels travaux ni que cela justifie, en raison de leur importance, la différence de prix de cession relevée par l'administration. De la même façon, il ne résulte pas de l'instruction que l'établissement d'une voie dite de " liaison douce " était envisagée dès 2014 et avait été prise en compte lors de la définition du prix de vente, ni que les conséquences de la présence d'une telle voie sur la valeur des parcelles en litige puisse être appréciée, le rapport d'expertise établi en 2019 précisant à ce sujet que la contrainte de passage en résultant n'était pas encore connue définitivement.
10. Si la société JNJ soutient enfin que les parcelles en litige sont des fonds servants, et sont notamment grevées d'une servitude de passage en faveur des piétons et véhicules, il résulte de l'instruction, sans que cela ne soit contesté, que seule la parcelle cadastrée AC n° 375 était bâtie lors de la cession des parcelles en litige, les parcelles cadastrées AC n° 352 et 393 restant libres. En tout état de cause, la requérante n'apporte pas la démonstration de l'existence de nuisances générées par cette servitude de nature à justifier l'écart de prix relevé par l'administration.
11. En second lieu, en faisant valoir, dans la proposition de rectification du supplément d'impôt sur les sociétés en litige adressée à la société JNJ, que cette dernière avait renoncé à son droit d'accession sur l'immeuble bâti sur le terrain cédé sans contrepartie, qu'il existait une communauté d'intérêts étroite entre cette dernière et l'acquéreur, associé à hauteur de 20% dans cette entité avec quatre autre membres de sa famille, et que le bien a été cédé à un prix inférieur à celui observé lors de ventes réalisées dans le cadre de cessions normales, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce qu'en cédant ces parcelles pour un prix anormalement bas, la société JNJ s'est délibérément appauvrie à des fins étrangères à son intérêt, dans le but notamment d'accorder à une personne avec laquelle elle entretenait des liens étroits des avantages occultes ayant la nature de libéralités. Dès lors, l'administration était, dans ces conditions, fondée à regarder la cession, par cette société, de ces éléments de son actif circulant comme procédant d'un acte anormal de gestion, à en tirer les conséquences en ce qui concerne les bases de l'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignées au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 et à mettre à la charge la société JNJ, redevable légal de cette imposition, la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés résultant de cette rectification.
12. Dans ces conditions, la société JNJ n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015.
13. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de la société JNJ doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société JNJ est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société JNJ et à la directrice départementale des finances publiques du Doubs.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
N. DieboldLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026