mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2101505 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SIRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 août 2021, M. C D B, représenté par Me Sirat, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2013, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la vérification de comptabilité de l'entreprise individuelle Construcoes e Armacoes de Ferro de C Augusto D B (ci-après entreprise individuelle ADF) n'est pas régulière, dès lors que les courriers du service ne lui ont pas été régulièrement notifiés ;
- la société MPP Empresa de Trabalho Temporario Unipessoal LDA (ci-après société MPP) et l'entreprise individuelle ADF n'ont pas d'établissement stable en France au sens de l'article 5 de la convention fiscale franco-portugaise ;
- le service ne démontre pas leur exploitation en France au sens du droit interne ;
- le service a méconnu le principe de subsidiarité des conventions fiscales en fondant les impositions supplémentaires en litige sur les stipulations de la convention fiscale franco-portugaise ;
- la majoration de 100 % appliquée à la société MPP en application de l'article 1732 du code général des impôts n'est pas justifiée, dès lors que l'article L. 74 du livre des procédures fiscales ne lui est pas opposable, celle-ci estimant n'avoir en France aucun établissement stable et ayant présenté la comptabilité tenue au Portugal ;
- la majoration de 100 % appliquée à l'entreprise individuelle ADF en application de l'article 1732 du code général des impôts n'est pas justifiée, dès lors que le service a refusé de faire droit à la demande de M. D B tendant à ce que la première intervention se déroule dans les locaux de l'administration, alors que l'article 13 du livre des procédures fiscales n'exige pas l'examen des documents comptables sur place. ;
- la différence de traitement dont la société MPP et l'entreprise individuelle ADF ont fait l'objet sur ce point a créé les conditions de reconnaissance de l'opposition à contrôle fiscal.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2021, la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son article 55 ;
- la convention fiscale franco-portugaise du 14 janvier 1971 ;
- la directive 77/388/CEE du 17 mai 1977 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, associé unique et gérant de la société MPP, et dirigeant de l'entreprise individuelle ADF, a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2011 à 2013. La société MPP et l'entreprise individuelle ADF ont quant à elles fait l'objet de vérifications de comptabilité portant respectivement sur la période du 28 octobre 2010 au 31 août 2014 et sur la période du 1er janvier 2006 au 31 mai 2015. A l'issue de ces contrôles, l'administration fiscale a considéré que la société MPP et l'entreprise individuelle ADF disposaient d'établissements stables en France, à partir desquels elles exerçaient une activité occulte, et a notamment notifié à M. D B, par des propositions de rectifications du 25, 26 et 27 avril 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période courant du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2013, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013. M. D B demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment des accusés de réception produits par l'administration fiscale, que le deuxième avis de vérification adressé à M. D B, annulant et remplaçant le premier dans le cadre de la vérification de comptabilité de l'entreprise individuelle ADF, a été envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception et réceptionné par celui-ci. Par ailleurs, les autres courriers de la procédure ont également été envoyés par lettre avec accusé de réception et réceptionnés par M. D B ou son mandataire, lorsqu'ils n'étaient pas retournés à l'expéditeur. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de vérification de comptabilité de l'entreprise individuelle ADF doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
3. En premier lieu, si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer, en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office, si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification produites en défense, que l'administration fiscale a fondé les rectifications en litige sur les dispositions du code général des impôts issues de la loi fiscale nationale, et a cité les stipulations de la convention franco-portugaise du 14 janvier 1971 notamment pour définir la notion d'établissement stable et préciser l'application de la loi fiscale française en ce qui concerne l'imposition des bénéfices issus d'un tel établissement, et pas en tant que base légale directe. Par suite, sans qu'il soit besoin de substituer les dispositions du code général des impôts à ces stipulations, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de subsidiarité des conventions fiscales doit être écarté.
5. En deuxième lieu, M. D B conteste les impositions en litige en soutenant que la société MPP et l'entreprise individuelle ADF ne disposent pas d'établissements stables en France.
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu :
6. D'une part, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; / () c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. / () ". Aux termes de l'article 34 du même code : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 5 de la convention franco-portugaise : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires où l'entreprise exerce tout ou partie de son activité. / 2. L'expression " établissement stable " comprend notamment : / a) Un siège de direction ; / b) Une succursale ; / c) Un bureau ; / d) Une usine ; / e) Un atelier ; / f) Une mine, une carrière ou tout autre lieu d'extraction de ressources naturelles ; / g) Un chantier de construction ou de montage dont la durée dépasse douze mois. / 3. On ne considère pas qu'il y a établissement stable si : / a) Il est fait usage d'installations aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison de marchandises appartenant à l'entreprise ; / b) Des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison ; / c) Des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de transformation par une autre entreprise ; / d) Une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins d'acheter des marchandises ou de réunir des informations pour l'entreprise ; / e) Une installation fixe d'affaires est utilisée, pour l'entreprise, aux seules fins de publicité, de fourniture d'informations, de recherches scientifiques ou d'activités analogues qui ont un caractère préparatoire ou auxiliaire. / 4. Une personne agissant dans un Etat contractant pour le compte d'une entreprise de l'autre Etat contractant, autre qu'un agent jouissant d'un statut indépendant, visé au paragraphe 6, est considérée comme " établissement stable " dans le premier Etat si elle dispose dans cet Etat de pouvoirs qu'elle y exerce habituellement lui permettant de conclure des contrats au nom de l'entreprise, à moins que l'activité de cette personne ne soit limitée à l'achat de marchandises pour l'entreprise. / 5. Une entreprise d'assurance de l'un des Etats contractants est considérée comme ayant un établissement stable dans l'autre Etat contractant dès l'instant que, par l'intermédiaire d'un représentant n'entrant pas dans la catégorie des personnes visées au paragraphe 6 ci-après, elle perçoit des primes sur le territoire de ce dernier Etat ou assure des risques situés sur ce territoire. / 6. On ne considère pas qu'une entreprise d'un Etat contractant a un établissement stable dans l'autre Etat contractant du seul fait qu'elle y exerce son activité par l'entremise d'un courtier, d'un commissionnaire général ou de tout autre intermédiaire jouissant d'un statut indépendant, à condition que ces personnes agissent dans le cadre ordinaire de leur activité. / 7. Le fait qu'une société qui est un résident d'un Etat contractant contrôle ou soit contrôlée par une société qui est un résident de l'autre Etat contractant ou qui y exerce son activité (que ce soit par l'intermédiaire d'un établissement stable ou non) ne suffit pas, en lui-même, à faire de l'une quelconque de ces sociétés un établissement stable de l'autre ". Aux termes de l'article 7 de cette convention : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat, mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables audit établissement stable ".
S'agissant de la situation individuelle de M. D B :
8. Il est constant que, pendant les années d'imposition en litige, M. D B avait en France son domicile fiscal. Par conséquent, il est passible en France, en application des dispositions du code général des impôts citées au point 6, de l'impôt sur le revenu pour l'ensemble de ses revenus, y compris ceux provenant de l'exercice de sa profession commerciale par le biais de la société MPP et de l'entreprise individuelle ADF.
S'agissant de la société MPP :
9. A la suite de l'exercice de son droit de visite et de saisie ainsi que de son droit de communication, l'administration a conclu que la société MPP avait exercé, depuis le domicile de M. D B, une activité de mise à disposition de personnels au profit d'entreprises de bâtiment. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par le requérant qu'ont été découverts à son domicile à Beaucourt des documents comptables, sociaux, financiers et bancaires relatifs à l'activité de la société, ayant notamment permis d'établir qu'elle assurait depuis la France le recrutement et la gestion administrative de salariés, la gestion des chantiers, les relations avec sa clientèle et la gestion financière et comptable, tels que des courriels, des documents bancaires, des factures, des contrats de location et des curriculum vitae de candidats susceptibles d'être embauchés en France accompagnés de certificats de travail concernant des expériences professionnelles en France. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et des contrôles effectués par l'administration que M. D B a disposé en France de tous les moyens humains et matériels, notamment informatiques et de communication, nécessaires à l'exercice de l'activité de sa société. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment d'un procès-verbal en date du 5 août 2013, communiqué par le tribunal de grande instance de Paris après l'exercice par l'administration de son droit de communication, que la société MPP a détaché des travailleurs de façon habituelle, stable et continue en France à compter de l'année 2010. Enfin, il n'est pas contesté que la quasi-totalité du chiffre d'affaires de la société MPP était réalisée en France sur les années en litige. L'administration a donc pu légalement en déduire que la société MPP, bien qu'ayant son siège social au Portugal, disposait d'un établissement stable en France et que ses bénéfices y étaient imposables en application aussi bien de la loi française que de la convention bilatérale franco-portugaise.
S'agissant de l'entreprise individuelle ADF :
10. A la suite de l'exercice de son droit de visite et de saisie ainsi que de son droit de communication, l'administration a conclu que M. D B avait exercé à compter de l'année 2009, depuis son domicile et par le biais de son entreprise, une activité de sous-traitance de pose d'armatures métalliques sur les chantiers de constructions de la société Sendin. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par le requérant qu'ont été découverts à son domicile à Beaucourt des documents comptables, sociaux, financiers et bancaires relatifs à l'activité de l'entreprise, concernant notamment ses relations techniques, commerciales, juridiques et financières avec la société française Sendin, son principal client, sa gestion comptable, sa gestion des salariés, son suivi de facturation et ses relations avec les banques BPI et Caixa, tels que des courriels, des documents bancaires, des factures, des avis d'échéance de loyer, des contrats de sous-traitance, des avenants, des contrats de location d'appartement ou de mobil-home pour le logement de ses employés et des extraits de compte. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et des contrôles effectués par l'administration que M. D B a disposé en France de tous les moyens humains et matériels, notamment informatiques et de communication, nécessaires à l'exercice de l'activité de son entreprise individuelle, et que tous les documents se rapportant à cette activité étaient adressés à son domicile, bien qu'il ait expressément demandé à la société Sendin d'y faire apparaître une adresse portugaise. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment d'un procès-verbal en date du 5 août 2013, communiqué par le tribunal de grande instance de Paris après l'exercice par l'administration de son droit de communication, que l'entreprise ADF a détaché des travailleurs de façon habituelle, stable et continue en France à compter du mois de juin 2009, et qu'elle exerce l'intégralité de son activité en France, pour une clientèle française. L'administration a donc pu légalement en déduire que l'entreprise ADF, bien qu'ayant son siège social au Portugal, disposait d'un établissement stable en France et que ses bénéfices y étaient imposables en application aussi bien de la loi française que de la convention bilatérale franco-portugaise.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
S'agissant de la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2009 :
11. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () ". Aux termes de l'article 259 du même code, dans sa version applicable à la période d'imposition litigieuse : " Le lieu des prestations de services est réputé se situer en France lorsque le prestataire a en France le siège de son activité ou un établissement stable à partir duquel le service est rendu ou, à défaut, son domicile ou sa résidence habituelle ".
12. Pour l'application de ces dispositions, qui résultent de la transposition en droit interne de l'article 9 de la directive 77/388/CEE du 17 mai 1977 en matière d'harmonisation des législations des Etats membres relatives aux taxes sur le chiffre d'affaires, il convient, comme la Cour de justice des Communautés européennes l'a jugé notamment dans ses arrêts Berkholz du 4 juillet 1985 (C-168/84, points 17 et 18) et ARO Lease BV du 17 juillet 1997 (C-190/95, points 15 et 16), de déterminer le point de rattachement des services rendus afin d'établir le lieu des prestations de services. L'endroit où le prestataire a établi le siège de son activité économique apparaît comme un point de rattachement prioritaire, la prise en considération d'un autre établissement à partir duquel la prestation de services est rendue ne présentant un intérêt que dans le cas où le rattachement au siège ne conduit pas à une solution rationnelle du point de vue fiscal ou crée un conflit avec un autre Etat membre. Un établissement ne peut être utilement regardé, par dérogation au critère prioritaire du siège, comme lieu des prestations de services d'un assujetti, que s'il présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées.
13. Ainsi, jusqu'au 31 décembre 2009, le rattachement de prestations de services soit à un établissement satisfaisant aux critères énoncés au point précédent dont le prestataire dispose en France, soit au siège de son activité économique situé sur le territoire d'un autre Etat membre, déterminait si la taxe sur la valeur ajoutée grevant ces prestations était due en France ou dans l'autre Etat membre.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que le rattachement de l'activité de sous-traitance de l'entreprise ADF à son siège au Portugal, à partir duquel cette activité économique n'est pas exercée, conduit à une solution qui n'est pas rationnelle du point de vue fiscal. En revanche, il résulte de ce qui a été dit précédemment que cette entreprise dispose d'un établissement stable en France à partir duquel ses services ont été rendus au sens des dispositions précitées de l'article 259 du code général des impôts, dès lors que cet établissement présentait un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, la réalisation des prestations de sous-traitance considérées. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé qu'au regard des principes régissant la territorialité de la taxe sur la valeur ajoutée, l'entreprise ADF disposait d'un établissement stable en France et qu'il y avait lieu d'y rattacher les prestations de services en cause.
S'agissant de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2013 :
15. Aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; / b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; / c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle ; / () ". Aux termes de l'article 283 du même code : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (). / 2. Lorsque les prestations mentionnées au 1° de l'article 259 sont fournies par un assujetti qui n'est pas établi en France, la taxe doit être acquittée par le preneur ".
16. Il résulte de ces dispositions que lorsque le lieu des prestations de services se trouve en France parce qu'elles sont fournies à des assujettis remplissant les conditions définies à l'article 259 du code général des impôts, le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente est le prestataire qui les fournit s'il est lui-même établi en France. Doit être regardé comme tel le prestataire qui a en France un établissement stable depuis lequel les prestations sont fournies et qui présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées. Dès lors que celles-ci peuvent être rattachées à un tel établissement, il n'y a pas lieu de rechercher si ce rattachement est fiscalement plus rationnel qu'un rattachement au siège de l'activité économique du prestataire.
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que la société MPP et l'entreprise individuelle ADF ont exploité en France des établissements stables à la même adresse sur les périodes concernées, justifiant qu'elles soient taxables dans ce pays à raison des prestations effectuées à partir de ces établissements.
Sur les pénalités :
18. D'une part, aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. / () ". Aux termes de l'article 1732 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " La mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales entraîne : / a. L'application d'une majoration de 100 % aux droits rappelés ou aux créances de nature fiscale qui doivent être restituées à l'Etat ; / () ".
19. D'autre part, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. / () ".
20. Il résulte des dispositions citées au point précédent que toute vérification de comptabilité doit, en principe, se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, en présence de personnes habilitées à la représenter. Il ne peut être dérogé à ce principe qu'en cas d'accord entre le contribuable et l'administration sur la détermination du lieu des opérations de contrôle.
En ce qui concerne la société MPP :
21. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la proposition de rectification du 25 avril 2016 et du procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal dressé le 1er juillet 2015, que M. D B n'allègue pas avoir contesté, que l'agent vérificateur a adressé successivement, les 29 septembre, 17 octobre et 19 décembre 2014, à la société MPP, trois avis de vérification, chacun remplaçant le précédent, pour permettre à M. D B d'être présent, sur la demande de son conseil. Le 11 février 2015, le vérificateur s'est présenté au 2 B rue Pierre Sellier à Beaucourt et y a rencontré M. D B, qui a contesté l'existence d'un établissement stable de la société MPP à cette adresse, et a indiqué qu'il ne s'opposait pas aux opérations de vérification mais qu'il voulait qu'elles se déroulent dans les bureaux de l'administration ou dans ceux de son conseil. L'administration a accepté sa demande et les interventions se sont tenues dans ses locaux. Lors de l'intervention du 28 mai 2015, M. D B et M. A, son mandataire, ont refusé de présenter les éléments comptables relatifs à l'établissement stable situé à Beaucourt, en soutenant qu'il n'existait pas. Lors des deux interventions suivantes, fixées aux 18 et 30 juin 2015 dans le compte-rendu de l'intervention précédente, qui listait les documents devant être tenus à disposition du service, M. A a réaffirmé l'inexistence d'un établissement stable de la société MPP en France et s'est borné à fournir au service des documents déclaratifs portugais " Modelo 22 IRC " relatifs aux exercices 2011, 2012 et 2013, rédigés en portugais, qui faisaient apparaître le montant du chiffre d'affaires réalisé dans l'Union européenne et la part réalisée au Portugal, sans préciser le détail des charges exposées, ce qui n'a pas permis au service de déterminer le résultat de la société pour son établissement stable en France. Le vérificateur a donc demandé la communication du détail de ces charges, éléments qui lui ont bien été communiqués, sans pour autant permettre de distinguer les opérations susceptibles d'être rattachées à l'établissement stable français. Il a donc été dans l'impossibilité matérielle d'effectuer le contrôle. Dans ces conditions, et alors que M. D B ne peut se prévaloir de la seule production de sa comptabilité portugaise dès lors qu'il estimait n'avoir aucun établissement stable de la société MPP en France, c'est à bon droit que le service a appliqué aux impositions en litige la majoration prévue par les dispositions précitées de l'article 1732 du code général des impôts.
22. Dans ces conditions, l'administration pouvait, en raison du comportement d'opposition à la mise en œuvre du contrôle de la société MPP, mettre en œuvre la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales et appliquer aux impositions en litige la majoration prévue par les dispositions précitées de l'article 1732 du code général des impôts.
En ce qui concerne l'entreprise individuelle ADF :
23. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la proposition de rectification du 26 avril 2016 et du procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal du 11 janvier 2016, que M. D B n'allègue pas avoir contesté, que l'agent vérificateur a adressé au requérant les 7 juillet et 12 août 2015 deux avis de vérification, le second remplaçant le premier, qui avait été renvoyé au service avec la mention " pli avisé mais non réclamé ". Il a ensuite accepté de reporter la date de première intervention, sur demande de M. D B, sans que ce dernier ne retire le courrier l'informant de ce report. En outre, ni lui ni M. A n'étaient présents à Beaucourt les 25 novembre et 18 décembre 2015, jours fixés successivement pour la première intervention, lorsque les vérificateurs se sont présentés sur place. Par ailleurs, l'intéressé s'est abstenu de réceptionner plusieurs des courriers lui ayant été envoyés par le service, alors qu'ils avaient été édités en plusieurs exemplaires pour les faire parvenir à la fois au Portugal, à son domicile en France et au domicile de M. A. Enfin, le service a adressé à M. D B deux courriers en date du 22 octobre et du 30 novembre 2015 l'informant des conséquences à suivre en cas d'opposition de sa part au contrôle envisagé, à savoir une évaluation d'office des bases d'imposition en application de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, assortie d'une majoration de 100 % des droits calculés sur les bases arrêtées. M. D B n'a donc pas, pendant six mois, donné suite aux propositions successives de rendez-vous proposés par le service. Il doit ainsi être regardé comme ayant fait délibérément obstacle au déroulement du contrôle. Enfin, alors que toute vérification de comptabilité doit, en principe, se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, et qu'il ne peut être dérogé à ce principe qu'en cas d'accord entre le contribuable et le service, M. D B n'est pas fondé à se prévaloir de sa demande, réitérée par son mandataire, tendant à ce que la première intervention se déroule dans les locaux de l'administration, cette demande ayant été rejetée à deux reprises par l'agent vérificateur. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a appliqué aux impositions en litige la majoration prévue par les dispositions précitées de l'article 1732 du code général des impôts.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. D B n'est pas fondé à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2013 et des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D B demande au titre des frais qu'il a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D B et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026