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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101580

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101580

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101580
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANDBECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 10 septembre 2021 et le 8 mars 2022, M. B D, représenté par la SELARL du Parc, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Autoreille à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la délibération du conseil municipal du 17 septembre 2018 et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 18 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Autoreille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que la délibération du 17 septembre 2018 méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration et qu'il est fondé à réclamer la somme de 40 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2021 et le 22 juin 2022, la commune d'Autoreille, représentée par Me Landbeck, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Dandon, pour M. D et de Me Landbeck, pour la commune d'Autoreille.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 octobre 2017, M. D, exploitant agricole, a demandé l'attribution de terres agricoles situées dans la section de la commune d'Autoreille, en Haute-Saône, sur le fondement de l'article L. 2411-10 du code général des collectivités territoriales. Par une délibération du 31 janvier 2018, le conseil municipal de la commune d'Autoreille a décidé de lui attribuer l'ensemble des terrains que la commune avait mis en concurrence, correspondant aux parcelles cadastrées section ZB n°25, ZC n°3, ZC n°157 et ZE n°28Mais, par une délibération du 17 septembre 2018, le conseil municipal a retiré sa délibération du 31 janvier 2018 et a décidé de n'attribuer que les parcelles cadastrées section ZC n°3 et ZC n°157 à M. D. Ce dernier, considérant que la décision de retrait de la délibération du 31 janvier 2018 est illégale, demande la condamnation de la commune à lui verser la somme de 40 000 euros.

Sur les conclusions aux fins de condamnation :

En ce qui concerne la faute commise par la commune d'Autoreille :

2. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

3. Ensuite, aux termes de l'article L. 2411-10 du code général des collectivités territoriales : " () Les terres à vocation agricole ou pastorale propriétés de la section sont attribuées par bail rural ou par convention pluriannuelle d'exploitation agricole ou de pâturage conclue dans les conditions prévues à l'article L. 481-1 du code rural et de la pêche maritime ou par convention de mise à disposition d'une société d'aménagement foncier et d'établissement rural : / 1° Au profit des exploitants agricoles ayant leur domicile réel et fixe, un bâtiment d'exploitation et le siège de leur exploitation sur le territoire de la section et exploitant des biens agricoles sur celui-ci ; et, si l'autorité compétente en décide, au profit d'exploitants agricoles ayant un bâtiment d'exploitation hébergeant, pendant la période hivernale, leurs animaux sur le territoire de la section conformément au règlement d'attribution et exploitant des biens agricoles sur ledit territoire ; / 2° A défaut, au profit des exploitants agricoles utilisant des biens agricoles sur le territoire de la section et ayant un domicile réel et fixe sur le territoire de la commune ; / 3° A titre subsidiaire, au profit des exploitants agricoles utilisant des biens agricoles sur le territoire de la section ; / 4° Lorsque cela est possible, au profit de l'installation d'exploitations nouvelles. / Si l'exploitation est mise en valeur sous forme de société civile à objet agricole, les biens de section sont attribués soit à chacun des associés exploitants, dès lors qu'ils remplissent les conditions définies par l'autorité compétente, soit à la société elle-même. / Pour toutes les catégories précitées, les exploitants devront remplir les conditions prévues par les articles L. 331-2 à L. 331-5 du code rural et de la pêche maritime et celles prévues par le règlement d'attribution défini par le conseil municipal. / Le fait de ne plus remplir les conditions retenues par l'autorité compétente au moment de l'attribution entraîne la résiliation du bail rural ou de la convention pluriannuelle d'exploitation agricole ou de pâturage, notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, avec application d'un préavis minimal de six mois () ".

4. Enfin, selon le I de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime : " Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : / 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ".

5. Si les dispositions de l'article L. 2411-10 du code général des collectivités territoriales, citées au point 3, prévoient que l'autorisation à laquelle est soumise, le cas échéant, en vertu des dispositions du code rural et de la pêche maritime citées au point 3, l'exploitation de terres à vocation agricole ou pastorale appartenant à une section de commune par la ou les personnes qui en demandent l'attribution soit obtenue par le pétitionnaire à la date de conclusion du bail rural, de la convention pluriannuelle de pâturage ou de la convention de mise à disposition des terres en cause, elles n'exigent pas que cette autorisation soit délivrée au pétitionnaire avant que l'autorité compétente ne choisisse l'attributaire de ces terres ou ne classe les demandes d'attribution au regard des priorités qu'elles énoncent.

6. Il résulte de l'instruction, et en particulier des termes de la délibération du 17 septembre 2018, que le conseil municipal de la commune d'Autoreille a considéré que la délibération du 31 janvier 2018 était illégale au motif que les candidats à la location des parcelles ne disposaient pas de l'autorisation d'exploiter et qu'ils ne pouvaient donc pas signer le bail rural. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la délibération du 31 janvier 2018 n'était pas, au regard de ce seul motif, entachée d'illégalité. Par suite, la commune d'Autoreille ne pouvait légalement procéder à son retrait sans commettre une erreur de droit au regard des dispositions citées au point 2.

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la délibération du 17 septembre 2018, en tant qu'elle emporte retrait de la délibération du 30 janvier 2018, est illégale. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices :

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, si la décision, par une commune, d'attribuer les parcelles agricoles qu'elle détient n'est pas subordonnée à la détention, par le candidat, d'une autorisation d'exploiter, une telle autorisation est en revanche requise pour que le bail rural prévu par l'article L. 2411-10 du code général des collectivités territoriales puisse être conclu. En conséquence, la circonstance selon laquelle M. D a été privé de la possibilité d'exploiter la parcelle communale ZE n°28 ne saurait avoir pour origine le retrait de la délibération du 31 janvier 2018, mais réside dans le fait qu'il ne disposait pas, en tout état de cause, d'une autorisation d'exploiter cette parcelle.

9. D'autre part, il résulte de l'instruction que, s'agissant de la parcelle ZB n°25, M. D était titulaire d'une autorisation d'exploiter, de sorte que la décision litigieuse l'a privé d'une chance sérieuse de prétendre à l'obtention d'un bail rural sur celle-ci et d'en tirer des revenus au regard de la nature de son exploitation. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer le taux de perte de chance à 40%. En application de ce taux de perte de chance et notamment de l'expertise économique produite par le requérant pour la parcelle en cause, il sera fait une juste appréciation du préjudice économique subi par le requérant en le fixant à la somme de 6 240 euros.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander la condamnation de la commune d'Autoreille à lui verser la somme de 6 240 euros.

Sur les intérêts au taux légal et leur capitalisation :

11. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, le requérant a droit aux intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2021, date de réception de sa demande par la commune d'Autoreille.

12. D'autre part, en application de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

13. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant est fondé à demander la condamnation de la commune d'Autoreille à lui verser une somme de 6 240 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2021, avec capitalisation au 12 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. D, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la commune d'Autoreille au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Autoreille le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à M. D.

DECIDE :

Article 1er : La commune d'Autoreille est condamnée à verser à M. D la somme de 6 240 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2021, avec capitalisation au 12 juin 2022.

Article 2 : La commune d'Autoreille versera la somme de 1 500 euros à M. D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la commune d'Autoreille.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- Mme Besson, conseillère,

- M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

M. ALa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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