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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101952

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101952

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101952
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFIDAL / BESANCON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Bos, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la plus-value de cession a été correctement déclarée, l'absence de prise en compte de la plus-value en ligne 3VG découle d'un problème informatique dont la cause demeure inconnue, de sorte qu'il ne saurait lui être appliqué ni intérêt de retard ni majoration de 10 % ;

- les revenus ouvrant droit au crédit d'impôt modernisation du recouvrement (CIMR) ont été déclarés spontanément par le contribuable s'agissant des salaires et revenus fonciers ;

- l'option pour l'imposition au barème progressif ayant été cochée, le montant du CIMR doit être calculé en prenant en compte au numérateur les montants des revenus salariaux et fonciers, et au dénominateur les montants de ces revenus ainsi que celui que constitue la plus-value ;

- le montant du CIMR s'élève par conséquent à 14 437 euros et non 11 167 euros, et le montant du redressement à 22 992 euros et non 28 289 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a cédé le 27 juillet 2018 des parts sociales dans une SCI pour un montant de 89 425 euros. Après avoir fait l'objet d'un contrôle fiscal au titre de l'année 2018, il a été destinataire le 13 novembre 2020 d'une proposition de rectification comportant une imposition supplémentaire au titre de ses revenus de l'année 2018 d'un montant de 28 289 euros. Cette somme a été mise en recouvrement par un avis établi le 28 avril 2021. M. A a contesté cette imposition le 10 juin 2021 en revendiquant le bénéfice de la prise en compte des revenus issus de la plus-value de cession de titre au dénominateur de la formule de calcul du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement (CIMR) institué, s'agissant des revenus perçus en 2018, par la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017. Cette réclamation a fait l'objet d'un rejet le 31 août 2021. Il demande au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, des intérêts de retard et des majorations auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2018 à hauteur de la somme de 5 297 euros.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Le crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement (CIMR) est prévu par les dispositions du A et du B II de l'article 60 de la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 modifié qui dispose que " A. - Les contribuables bénéficient, à raison des revenus non exceptionnels entrant dans le champ du prélèvement mentionné à l'article 204 A du code général des impôts, tel qu'il résulte de la présente loi, perçus ou réalisés en 2018, d'un crédit d'impôt modernisation du recouvrement destiné à assurer, pour ces revenus, l'absence de double contribution aux charges publiques en 2019 au titre de l'impôt sur le revenu. B. - Le crédit d'impôt prévu au A du présent II est égal au montant de l'impôt sur le revenu dû au titre de l'année 2018 résultant de l'application des règles prévues aux 1 à 4 du I de l'article 197 du code général des impôts ou, le cas échéant, à l'article 197 A du même code multiplié par le rapport entre les montants nets imposables des revenus non exceptionnels mentionnés au 1 de l'article 204 A dudit code, les déficits étant retenus pour une valeur nulle, et le revenu net imposable au barème progressif de l'impôt sur le revenu, hors déficits, charges et abattements déductibles du revenu global. Le montant obtenu est diminué des crédits d'impôt prévus par les conventions fiscales internationales afférents aux revenus mentionnés au 1 du même article 204 A. " Aux termes du 3 du L du II du même article : " Seuls les revenus déclarés spontanément par le contribuable sont pris en compte dans le calcul du montant du crédit d'impôt prévu au A et du crédit d'impôt complémentaire prévu au 3 du E ".

3. Pour l'application de ces dispositions, les revenus déclarés spontanément s'entendent des revenus qui figurent sur la déclaration souscrite par le contribuable en application des dispositions de l'article 170 du code général des impôts et, le cas échéant, de l'article 172 du même code. Il en résulte que des revenus qui n'ont pas été déclarés spontanément ne peuvent ouvrit droit au CIMR ou au crédit d'impôt complémentaire.

4. Aux termes de l'article 170 du code général des impôts : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, toute personne imposable audit impôt est tenue de souscrire et de faire parvenir à l'administration une déclaration détaillée de ses revenus et bénéfices, de ses charges de famille et des autres éléments nécessaires au calcul de l'impôt sur le revenu, dont notamment ceux qui servent à la détermination du plafonnement des avantages fiscaux prévu à l'article 200-0 A, et du prélèvement prévu à l'article 204 A () ".

5. En l'espèce, il est constant que l'imposition litigieuse a été établie à l'issue d'une procédure de contrôle sur pièce portant sur l'année 2018 et après notification le 13 novembre 2020 d'une proposition de rectification tendant, notamment, à inclure le montant de la plus-value de cession de droits sociaux intervenue le 27 juillet 2018. S'il n'est pas contesté que le requérant a effectué une déclaration d'ensemble des revenus de l'année 2018 selon le modèle 2042, cette déclaration ne comportait aucune mention sur la ligne 3VG relative à des gains de cession de valeur mobilière, et n'était accompagnée d'aucune déclaration 2074 sur des plus ou moins-values réalisées sur les cessions de valeurs mobilières et droits sociaux, ni davantage d'une annexe 2074-I. Le fait que M. A ait renseigné la ligne 3SG relative à un abattement pour une durée de détention de droit commun sur plus-value pour un montant de 58 094 euros, ainsi que le fait que la case 2OP afin de bénéficier d'une imposition au barème de l'impôt sur le revenu des revenus de capitaux mobiliers et de gains de cession de valeurs mobilières a été cochée, ne permettent pas de regarder sa déclaration de revenus comme ayant été spontanément déposée par le contribuable s'agissant de la plus-value de cession de titres. Par ailleurs, la circonstance que le comptable du requérant ait connu des difficultés informatiques inexpliquées ayant abouti à la non prise en compte de la déclaration de la plus-value de cession en ligne 3VG est sans incidence dès lors qu'il n'est pas établi que cette défaillance informatique est imputable à l'administration, que par ailleurs l'administration soutient, sans que cela ne soit contesté, que le cabinet comptable avait informé ses clients de la survenance d'un dysfonctionnement informatique et les avaient invités à régulariser leur situation auprès de l'administration, et enfin que l'insuffisance d'impôt aurait pu être relevée par le contribuable à réception de son avis d'imposition et ce dernier aurait alors pu régulariser sa situation. C'est donc à bon droit que l'administration a refusé de faire bénéficier M. A de la prise en compte du montant de la plus-value de cession dans le calcul de son CIMR au titre de ses revenus 2018.

6. Par suite, M. A n'est pas fondé à solliciter la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à sa charge au titre de l'année 2018.

Sur les intérêts de retard :

7. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. / II. - L'intérêt de retard n'est pas dû : / 1. Au titre des éléments d'imposition pour lesquels un contribuable fait connaître, par une indication expresse portée sur la déclaration ou l'acte, ou dans une note annexée, les motifs de droit ou de fait qui le conduisent à ne pas les mentionner en totalité ou en partie, ou à leur donner une qualification qui entraînerait, si elle était fondée, une taxation atténuée, ou fait état de déductions qui sont ultérieurement reconnues injustifiées ; (1) / 2. Au titre des éléments d'imposition afférents à une déclaration souscrite dans les délais prescrits, lorsque le principe ou les modalités de la déclaration de ces éléments se heurtent, soit à une difficulté d'interprétation d'une disposition fiscale entrée en vigueur à compter du 1er janvier de l'année précédant l'échéance déclarative, soit à une difficulté de détermination des incidences fiscales d'une règle comptable, et que les conditions suivantes sont remplies : / 1° Le contribuable de bonne foi a joint à sa déclaration la copie de la demande, déposée avant l'expiration du délai de déclaration, par laquelle il a sollicité de l'administration, de manière précise et complète, une prise de position sur la question sans obtenir de réponse ; / 2° L'administration n'a pas formellement pris position sur la question avant l'expiration du délai de déclaration ; (1) / 2 bis. Si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur la valeur locative des biens mentionnés au I de l'article 1496 et à l'article 1498 et s'il est démontré, d'une part, que le contribuable de bonne foi a acquitté l'imposition sur la base du rôle établi par l'administration et, d'autre part, que celui-ci ne résultait ni d'un défaut ni d'une inexactitude de déclaration ; (1) / 3. Sauf manquement délibéré, lorsque l'insuffisance des chiffres déclarés, appréciée pour chaque bien, n'excède pas le dixième de la base d'imposition en ce qui concerne les droits d'enregistrement ou la taxe de publicité foncière ; / 4. Sauf manquement délibéré, lorsque l'insuffisance des chiffres déclarés n'excède pas le vingtième de la base d'imposition en ce qui concerne l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. / III. - Le taux de l'intérêt de retard est de 0,20 % par mois. Il s'applique sur le montant des créances de nature fiscale mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé. ".

8. Si le requérant soutient que l'administration fiscale ne peut mettre à sa charge des intérêts de retard alors que l'absence de prise en compte de la plus-value de cession est imputable à cette dernière du fait du dysfonctionnement informatique dont la cause n'est pas déterminée, M. A n'apporte au soutien de cette allégation aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, l'intérêt de retard prévu par les dispositions de l'article 1727 du code général des impôts ne constitue pas une sanction mais constitue simplement le prix du temps destiné à réparer le préjudice financier subi par le Trésor public du fait de la perception différée de sa créance et résulte en l'espèce, compte tenu de ce qui précède, du caractère justifié des rehaussements notifiés.

Sur la majoration de 10% sur le fondement de l'article 1758 A CGI :

9. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. () / II. - Cette majoration n'est pas applicable : /a. en cas de régularisation spontanée ou lorsque le contribuable a corrigé sa déclaration dans un délai de trente jours à la suite d'une demande de l'administration ;/b. ou lorsqu'il est fait application des majorations prévues par les b et c du 1 de l'article 1728, par l'article1729 ou par le a de l'article 1732 ".

10. M. A n'assortit sa contestation de la majoration de 10 % appliquée par l'administration fiscale d'aucun moyen autre que ceux dirigés contre les droits en litige. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, cette contestation doit, dès lors, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par la M. A.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente,

- Mme Diebold, première conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

N. DieboldLa présidente,

C. Schmerber

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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