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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102049

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102049

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102049
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBERNARD DUGUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire, enregistrés les 12 novembre 2021 et 7 octobre 2022,

M. D A, représenté par Me Bernard Duguet, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Jura Sud à lui verser la somme de 55 277,61 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Jura Sud la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision du 6 mai 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Jura Sud a décidé de mettre fin à la procédure de la rupture conventionnelle de son contrat de praticien hospitalier est entachée d'une illégalité fautive, dès lors qu'il remplissait les conditions pour en bénéficier ;

- la décision du 22 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Jura Sud a décidé de le licencier est entachée d'illégalités fautives, dès lors qu'elle n'est pas suffisamment motivée, qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, qu'il n'est pas établi qu'elle ait été précédée de la saisine de la commission médicale de l'établissement, qu'elle n'a pas été précédée de propositions d'affectation à un emploi équivalent de celui qu'il occupait, qu'elle n'a pas respecté la procédure applicable à sa situation, que ses motifs sont illégaux et qu'elle ne respecte pas le préavis de trois mois prévu par l'article R. 6152-413-1 du code de la santé publique ;

- il est fondé à demander la condamnation du centre hospitalier Jura Sud en raison de ces illégalités fautives ;

- il a subi un préjudice matériel de 10 277,61 euros et un préjudice moral de 45 000 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 30 juin 2022 et 19 janvier 2023, le centre hospitalier Jura Sud, représenté par Me Lesne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier Jura Sud fait valoir qu'il n'a commis aucune faute et que les préjudices allégués par M. A ne sont pas établis.

Par un courrier du 10 mars 2023, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal est susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à réparer les conséquences dommageables de la décision du 6 mai 2021 qui a mis fin aux discussions relatives à la rupture conventionnelle du contrat de M. A, dès lors que le contentieux n'a pas été lié à l'égard des dommages causés par ce fait générateur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté le 1er octobre 2015 par le centre hospitalier Jura Sud, en qualité de praticien contractuel au sein de l'équipe opérationnelle d'hygiène. Son contrat a été successivement renouvelé les 9 août 2017 et 16 juin 2020. Par un courrier du 28 janvier 2021, le directeur du centre hospitalier Jura Sud a demandé à M. A de modifier son temps de présence effective au sein de son service. M. A a informé le centre hospitalier Jura Sud de son désaccord et les parties ont envisagé une rupture conventionnelle. Le 6 mai 2021, le directeur du centre hospitalier Jura Sud a décidé de mettre fin à la procédure engagée. Par une décision du 22 juin 2021, le directeur du centre hospitalier Jura Sud a licencié M. A à compter du 1er juillet 2021. Par un courrier du 24 août 2021, notifié le 26 août suivant, M. A a présenté une demande indemnitaire préalable, implicitement rejetée par le directeur du centre hospitalier Jura Sud. M. A demande la condamnation du centre hospitalier Jura Sud à lui verser la somme de 55 277, 61 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la décision du 6 mai 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Jura Sud a mis fin aux discussions relatives à la rupture conventionnelle du contrat de M. A :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.

4. En l'espèce, M. A a présenté le 26 août 2021 une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis suite à la décision de licenciement du 22 juin 2021. Toutefois, cette demande ne présente aucune réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables de la décision du 6 mai 2021, qui a mis fin aux discussions relatives à la rupture conventionnelle de son contrat. Dès lors, la demande indemnitaire préalable présentée le 26 août 2021 au centre hospitalier Jura Sud n'a pas eu pour effet de lier le contentieux indemnitaire à l'égard de cette décision du 6 mai 2021. Par suite, la demande tendant à ce que le centre hospitalier Jura Sud soit condamné à réparer les préjudices que M. A estime avoir subis en raison de la décision mettant fin aux discussions relatives à la rupture conventionnelle de son contrat est dès lors irrecevable et doit être rejetée.

En ce qui concerne la décision du 22 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Jura Sud a licencié M. A :

S'agissant du cadre juridique applicable :

5. D'une part, il résulte des articles R. 6152-401 et R. 6152-403 du code de la santé publique, applicables à la date du recrutement de M. A, le 1er octobre 2015, et de l'article R. 6152-612 du même code, que les établissements publics peuvent recruter des médecins en qualité de praticiens contractuels afin d'assurer des missions spécifiques nécessitant une technicité et des responsabilités particulières. Les praticiens ainsi recrutés perçoivent, après service fait, des émoluments qui correspondent à leur échelon et à leurs obligations hebdomadaires.

6. D'autre part, le contrat de recrutement d'un agent contractuel de droit public crée des droits au profit de celui-ci, sauf s'il présente un caractère fictif ou frauduleux. En conséquence, lorsque le contrat est entaché d'une irrégularité, notamment parce qu'il méconnaît une disposition législative ou réglementaire applicable à la catégorie d'agents dont relève l'agent contractuel en cause, l'administration est tenue de proposer à celui-ci une régularisation de son contrat afin que son exécution puisse se poursuive régulièrement. Si le contrat ne peut être régularisé, il appartient à l'administration, dans la limite des droits résultant du contrat initial, de proposer à l'agent un emploi de niveau équivalent ou, à défaut d'un tel emploi et si l'intéressé le demande, tout autre emploi, afin de régulariser sa situation. Si l'intéressé refuse la régularisation de son contrat ou si la régularisation de sa situation, dans les conditions précisées ci-dessus, est impossible, l'administration est tenue de le licencier.

7. Enfin, aux termes du dernier paragraphe de l'article R. 6152-610 du code de la santé publique : " Lorsque la situation de l'activité dans la structure le justifie, une modification de la quotité de travail, de la structure ou du lieu d'affectation peut être proposée par le directeur d'établissement, après avis du président de la commission médicale d'établissement ou, le cas échéant, de la commission médicale locale d'établissement, à un praticien attaché ou praticien attaché associé qui bénéficie d'un contrat triennal ou d'un contrat à durée indéterminée. A compter de la proposition de modification, l'intéressé dispose d'un mois pour la refuser. En cas de refus, le directeur propose prioritairement à ce praticien une nouvelle affectation. A défaut, il est fait application des dispositions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 6152-629. " et aux termes du deuxième paragraphe de l'article R. 6152-629 du même code : " Le praticien attaché qui bénéficie d'un contrat triennal ou d'un contrat à durée indéterminée peut être licencié, après avis de la commission médicale d'établissement ou, le cas échéant, du comité consultatif médical. Le préavis est alors de trois mois. La décision de licenciement prononcée par le directeur est motivée ".

8. En l'espèce, il est constant qu'en exécution du contrat du 1er octobre 2015, renouvelé la dernière fois le 16 juin 2020, M. A percevait des émoluments mensuels correspondant au 12ème échelon de la grille de rémunération des praticiens attachés, à hauteur de 70 % d'un temps-plein, alors que son obligation de service correspondait à six demi-journées hebdomadaires. Dès lors, M. A percevait des émoluments supérieurs au temps effectif de service en méconnaissance de la règle du service fait rappelée au point 5. La circonstance que l'intéressé assurait une demi-journée de permanence téléphonique est sans incidence, dès lors que cette obligation n'était pas prévue par son contrat. Par suite, le directeur du centre hospitalier Jura Sud était tenu de proposer à M. A de régulariser le contrat qu'ils ont conclu et, en cas de refus de l'intéressé, de prononcer son licenciement dans les conditions rappelées aux points 6 et 7.

S'agissant des illégalités fautives soulevées :

9. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6152-629 du code de la santé publique : " La décision de licenciement prononcée par le directeur est motivée ". Il ressort de la décision attaquée que celle-ci vise les dispositions du code de la santé publique applicables à la situation de M. A et indique les motifs de son licenciement. La circonstance que cette décision ne précise pas les stipulations contractuelles qui n'auraient pas été respectées ne saurait suffire à établir un défaut de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne résulte pas des dispositions de l'article R. 6152-610 du code de la santé publique rappelées au point 7 que le licenciement d'un praticien hospitalier qui a refusé une proposition de régularisation de son contrat doit être précédée d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige devait être précédée d'une telle procédure ne peut être qu'écarté.

11. En troisième lieu, le centre hospitalier Jura Sud produit l'avis de la commission médicale d'établissement émis le 8 mars 2021, favorable à la modification de la quotité de travail de M. A, ainsi que celui du 18 juin 2021 favorable au licenciement de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que le centre hospitalier Jura Sud n'établit pas que la commission médicale d'établissement ait été saisie préalablement à la décision du directeur du centre hospitalier Jura Sud de proposer à M. A la régularisation de son contrat et à celle décidant du licenciement de l'intéressé manque en fait.

12. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article R. 6152-610 du code de la santé publique rappelées au point 7, qu'en cas de refus par un praticien hospitalier d'une proposition de modification de son contrat, le directeur propose prioritairement à l'intéressé, avant tout licenciement, une nouvelle affectation. En cas de nouvelle affectation, celle-ci doit correspondre à un emploi de niveau équivalent du praticien hospitalier, dans la limite des droits résultant de son contrat initial. A cet égard, il résulte de l'instruction et notamment d'un courrier du 11 juin 2021 du directeur du centre hospitalier Jura Sud qu'aucune affectation à un niveau équivalent à l'emploi de celui occupé par M. A n'était à pourvoir. De plus, l'intéressé n'établit ni n'allègue avoir demandé à être affecté à tout autre emploi. Par suite, le directeur du centre hospitalier Jura Sud n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit en s'abstenant de proposer prioritairement à M. A une nouvelle affectation et le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

13. En cinquième lieu, et ainsi qu'il a été exposé au point 8, M. A a été licencié en raison de l'irrégularité de son contrat. Dans ces conditions, le directeur du centre hospitalier Jura Sud pouvait adopter la décision attaquée sur ce motif sans avoir à se fonder sur d'autres motifs d'intérêt général. De plus, il n'appartenait pas au directeur du centre hospitalier Jura Sud de démontrer que la proposition de modification de contrat refusée par l'intéressé se justifie par la modification des besoins de son établissement. Enfin, M. A ne saurait se prévaloir de l'application de stipulations contraires à des dispositions législatives ou réglementaires en vigueur au motif que ces stipulations seraient le résultat des négociations qui ont précédé la conclusion de son contrat. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée repose sur un motif illégal doit être écarté.

14. En dernier lieu, il est constant que la décision de licenciement de M. A est intervenue le 22 juin 2021 et qu'elle est devenue effective dès le 1er juillet 2021. Dans ces conditions, le préavis de trois mois prévu par les dispositions rappelées au point 7 n'a pas été respecté par la décision attaquée. Par suite, la décision de licenciement en litige est illégale en tant qu'elle prend effet avant l'expiration du délai de préavis de trois mois applicable au licenciement de M. A.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à engager la responsabilité du centre hospitalier Jura Sud en raison de l'illégalité fautive exposée au point 14.

S'agissant des préjudices allégués :

16. En premier lieu, l'agent non titulaire ayant été illégalement privé du bénéfice de tout ou partie du préavis de son licenciement a droit à une indemnité correspondant au préjudice résultant de cette privation. Il revient au juge d'en fixer le montant.

17. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation du centre hospitalier à lui verser une indemnité correspondant aux émoluments qu'il aurait dû continuer à percevoir pendant la période de préavis prévue par les dispositions de l'article R. 6152-629 du code de la santé publique, rappelées au point 7. Toutefois, le centre hospitalier Jura Sud fait valoir, sans être utilement contesté, que M. A a développé une activité libérale d'expert médical qui lui a permis de percevoir une rémunération pendant la période au cours de laquelle il devait bénéficier de son préavis de licenciement. Dans ces conditions, l'intéressé n'établit pas la réalité de la perte de revenus qu'il allègue avoir subie. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'indemnisation par le centre hospitalier Jura Sud d'une perte de revenus pendant la période de préavis de licenciement dont il a été privé.

18. En second lieu, M. A ne démontre pas que les conditions dans lesquelles le centre hospitalier Jura Sud a mis fin à son contrat, sans lui permettre de bénéficier du délai de préavis de trois mois prévu par l'article R. 6152-413-1 du code de la santé publique, lui auraient causé un quelconque préjudice moral. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'indemnisation par le centre hospitalier Jura Sud du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison des conditions dans lesquelles il a été mis fin à son contrat de travail.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier Jura Sud, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A.

20. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme que demande le centre hospitalier Jura Sud au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Jura Sud sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au centre hospitalier Jura Sud.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson, conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

J. C

La présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

(DEF)(/DEF)

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