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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102341

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102341

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102341
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET FERRARO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 17 décembre 2021 et 11 janvier 2023, la SAS Hoficri, représentée par Me Ferraro, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Saint-Didier à lui verser la somme totale de 146 079,59 euros assortie des intérêts de retard et de leur capitalisation à compter du 16 novembre 2021, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Didier les dépens et la somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Hoficri soutient que :

- la commune de Saint-Didier s'est engagée, dans sa note explicative du zonage d'assainissement de septembre 2013 et par son courrier du 18 novembre 2014, à créer un réseau d'assainissement sur une parcelle alors propriété des consorts et la méconnaissance de cet engagement constitue une promesse non tenue ;

- par un arrêté du 8 mars 2017, le maire de la commune de Saint-Didier a refusé de lui délivrer un permis d'aménager sans opposer la circonstance qu'il existait une servitude d'eaux usées sur la parcelle d'assiette du projet ;

- la SAS Hoficri n'était plus en mesure de réaliser son projet d'aménagement dans les conditions envisagées initialement et elle " n'a eu d'autre solution que de solliciter la résolution du compromis " de vente conclu avec les consorts ;

- en raison de la promesse non tenue du maire de la commune de Saint-Didier et de l'illégalité de l'arrêté du 8 mars 2017, la commune de Saint-Didier a commis une faute qui engage sa responsabilité ;

- elle a subi un préjudice qui peut être évalué et indemnisé à la somme de 146 079,59 euros ;

- il existe un lien de causalité entre les fautes et les préjudices subis et la commune de Saint-Didier ne saurait se prévaloir d'une cause exonératoire de sa responsabilité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juillet 2022 et 28 juin 2023, la commune de Saint-Didier, représentée par Me Billaudel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Hoficri la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- elle n'a jamais pris l'engagement de créer un quelconque réseau d'assainissement et le courrier du maire de la commune du 18 novembre 2014 est informatif et descriptif ;

- l'arrêté du 19 juillet 2017 par lequel la commune a délivré à la SAS Hoficri un permis d'aménager n'est entaché d'aucune illégalité et la SAS Hoficri n'a jamais formé de recours contre cet arrêté ;

- la commune n'avait plus, au 19 juillet 2017, la compétence en matière d'assainissement et la SAS Hoficri n'a jamais présenté de demande de réalisation d'un réseau d'assainissement à l'administration compétente ;

- il n'existe pas de lien entre la circonstance que l'arrêté du 19 juillet 2017 portant délivrance d'un permis d'aménager mette à la charge de la société Hoficri les travaux de réalisation du réseau d'assainissement et l'abandon du projet objet de ce permis d'aménager ;

- à supposer que la commune se soit engagée sur la mise en place d'un réseau d'assainissement, celui-ci ne correspondait pas au projet proposé par la SAS Hoficri dans son projet d'aménagement ;

- la réalisation d'un réseau d'assainissement ne privait pas la SAS Hoficri de réaliser son projet d'aménagement et le surcoût éventuel ne conduisait pas à un bouleversement de l'économie de son projet ;

- la SAS Hoficri a elle-même commis des fautes dans la gestion de son projet de nature à exonérer la responsabilité de la commune de Saint-Didier ;

- la SAS Hoficri n'établit pas le lien de causalité entre les préjudices subis et les fautes alléguées dès lors qu'elle a elle-même fait le choix d'abandonner son projet d'aménagement.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte sous seing privé du 1er février 2017, la SAS Hoficri s'est engagée, sous conditions suspensives, à acquérir des parcelles propriétés des consorts . Le 14 février 2017, elle a présenté une première demande de permis d'aménager un lotissement composé de 11 lots qui comprenait la parcelle objet du compromis de vente. Cette demande a été refusée par un arrêté du 8 mars 2017 du maire de la commune de Saint-Didier (Jura). Le 21 avril 2017, la SAS Hoficri a présenté une nouvelle demande de permis d'aménager concernant les mêmes parcelles. Cette seconde demande a été acceptée par un arrêté du 19 juillet 2017, qui a toutefois subordonné la réalisation du projet à la création d'un réseau d'assainissement et à la mise en place d'une servitude d'eaux usées. La SAS Hoficri aurait abandonné son projet en raison de ces prescriptions. Par un courrier du 15 novembre 2021, notifié le 16 novembre suivant, ladite société a présenté une demande indemnitaire préalable à la commune de Saint-Didier. Par une décision du 3 décembre 2021, notifiée le 8 décembre suivant, la commune de Saint-Didier a rejeté cette demande. La SAS Hoficri demande la condamnation de la commune de Saint-Didier à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de l'abandon de son projet.

Sur la demande indemnitaire :

2. Aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés () " et aux termes de l'article R. 424-5 du même code, alors en vigueur : " Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée () ".

3. En premier lieu, la SAS Hoficri soutient qu'il résulte d'un courrier du 18 novembre 2014 adressé aux consorts ainsi que d'une note explicative du zonage d'assainissement adoptée en septembre 2013 que la commune de Saint-Didier se serait engagée à créer et financer un réseau d'assainissement sur l'une des parcelles d'assiette de son projet d'aménagement. Or, d'une part, un tel engagement ne ressort pas de ces documents. D'autre part, la SAS Hoficri n'étant pas le destinataire du courrier du 18 novembre 2014, elle ne saurait se prévaloir de son contenu fut-il constitutif d'une promesse faite à un tiers. Par suite, la société requérante ne démontre pas que la commune de Saint-Didier aurait commis une faute en raison d'une promesse non tenue de financer des travaux de raccordement aux réseaux d'assainissement de l'une des parcelles d'assiette de son projet d'aménagement.

4. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme précitées, le maire de la commune de Saint-Didier était fondé à subordonner la réalisation du lotissement objet du permis d'aménager du 19 juillet 2017 à la création d'un réseau d'assainissement à la charge de la SAS Hoficri. Dès lors, en prévoyant dans son arrêté du 19 juillet 2017 qu'une " servitude de passage devra être réalisée avec une bande de terrain de 2,50 mètres de part et d'autre de la canalisation, qui devra être dépourvue de toute construction ", le maire de la commune de Saint-Didier n'a commis aucune faute.

5. En dernier lieu, la SAS Hoficri soutient que, lorsque par arrêté du 8 mars 2017 la commune de Saint-Didier a refusé une première demande de permis d'aménager, celle-ci était tenue de mentionner que l'une des parcelles d'assiette du projet devait être grevée d'une servitude d'eaux usées. Toutefois et ainsi qu'il a été précédemment exposé, la mise en place d'une servitude d'eaux usées ne saurait constituer un motif de refus d'une demande de permis d'aménager et un tel motif n'avait alors pas à être porté à la connaissance du pétitionnaire en application des dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme citées au point 2. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la mise en place de cette servitude d'eaux usées est la conséquence de la création d'une infrastructure d'assainissement. Or l'arrêté portant refus de permis d'aménager du 8 mars 2017 n'a pas eu pour effet de créer une infrastructure d'assainissement sur la parcelle d'assiette du projet d'aménagement. Par suite, la SAS Hoficri n'est pas fondée à soutenir que la commune de Saint-Didier aurait commis une faute en ne faisant pas mention de l'existence d'une servitude d'eaux usées dans son arrêté du 8 mars 2017.

6. Il résulte de ce qui précède que la SAS Hoficri n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Saint-Didier à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Didier qui n'est pas la partie perdante.

8. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS Hoficri une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Didier au titre des frais liés au litige.

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Hoficri est rejetée.

Article 2 : La SAS Hoficri versera à la commune de Saint-Didier une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Saint-Didier est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Hoficri et à la commune de Saint-Didier.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2102341

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