lundi 17 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200371 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
| Avocat requérant | TERRYN AITALI ET ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 3 mars 2022 et le 1er mars 2023 sous le n° 2200371, M. C E, représenté par Me Gros, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision expresse du 5 août 2022, se substituant à la décision implicite, par laquelle la présidente du département du Doubs a rejeté son recours préalable en date du 18 novembre 2021, ensemble la décision du 24 septembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Doubs lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 3 358,44 euros pour la période du 1er septembre 2019 au 30 juin 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la CAF du Doubs et du département du Doubs la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- son épouse ne résidait pas en France de telle sorte que ses revenus ne devaient pas être pris en compte dans le calcul de son droit au RSA ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- l'action de la CAF était prescrite pour la période antérieure au 24 septembre 2019.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 23 mars 2023, le département du Doubs conclut au rejet de la requête.
Le département du Doubs soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 7 octobre 2022 et le 1er mars 2023 sous le n° 2201646, M. C E, représenté par Me Gros, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 août 2022 par laquelle la présidente du département du Doubs lui a notifié un indu supplémentaire d'un montant de 6 165,99 euros pour la période du 1er septembre 2018 au 31 août 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la CAF du Doubs et du département du Doubs la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- son épouse ne résidait pas en France de telle sorte que ses revenus ne devaient pas être pris en compte dans le calcul de son droit au RSA ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- l'action de la CAF était prescrite pour la période antérieure au 24 septembre 2019.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 23 mars 2023, le département du Doubs conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Le département du Doubs soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grossrieder, présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossrieder,
- et les observations de Me Guillemard, substituant Me Gros, pour M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E est bénéficiaire du RSA depuis 2014. Il s'est marié, le 22 septembre 2017, avec Mme B A, de nationalité suisse et résidente en Suisse, tout en continuant de se déclarer célibataire auprès de la CAF du Doubs. Ce n'est que lors de la naissance de leur enfant que le requérant a fait état de son mariage. La CAF du Doubs a alors recalculé ses droits au RSA en prenant en compte les revenus de son épouse et lui a notifié, le 24 septembre 2021, un indu de RSA pour un montant de 3 358,44 euros pour la période du 1er septembre 2019 au 28 février 2020. M. E a alors formé un recours préalable obligatoire contre cette décision par un courrier du 18 novembre 2021. En l'absence de réponse à son recours dans un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est née. Par un courrier du 5 août 2022, le département du Doubs a rejeté expressément son recours administratif préalable et lui a notifié un indu supplémentaire de RSA d'un montant de 6 165,99 euros du fait de la levée de la prescription biennale pour fraude. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. E demande l'annulation de la décision de la présidente du département du Doubs du 5 août 2022 ainsi que de la décision de la CAF du Doubs du 24 septembre 2021.
Sur le cadre juridique applicable au litige :
2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, D, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
3. D'une part, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-10 du code de l'action sociale et des familles : " Le droit au revenu de solidarité active est subordonné à la condition que le foyer fasse valoir ses droits aux prestations sociales, législatives, réglementaires et conventionnelles, à l'exception des allocations mensuelles mentionnées au dernier alinéa de l'article L. 222-3. () II. - En outre, il est subordonné à la condition que le foyer fasse valoir ses droits : / 1° Aux créances d'aliments qui lui sont dues au titre des obligations instituées par les articles 203, 212, 214, 255, 342 et 371-2 du code civil ainsi qu'à la prestation compensatoire due au titre de l'article 270 du même code () ". Eu égard au caractère subsidiaire de l'allocation de revenu de solidarité par rapport à toutes les autres prestations sociales, législatives, réglementaires et conventionnelles dont peut bénéficier un allocataire, la détermination des droits au revenu de solidarité active de l'intéressé est subordonnée à l'obligation, qui lui est faite par les dispositions de l'article L. 262-10 du code de l'action sociale et des familles, de faire valoir au préalable ses droits aux créances d'aliments qui lui sont dues.
5. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de RSA, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée, et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
Sur le litige :
En ce qui concerne les conclusions présentées dans la requête n° 2200371 :
6. En premier lieu, la décision de la présidente du département du Doubs du 5 août 2022 est intervenue après que M. E a présenté le recours administratif préalable prévu par le code de l'action sociale et des familles. Cette décision s'est entièrement substituée à la décision de la CAF du Doubs du 24 septembre 2021 de telle sorte que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de cette dernière décision sont irrecevables et doivent être rejetées.
7. En second lieu, il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 que l'ensemble des ressources du foyer doit en principe être pris en compte pour le calcul de l'allocation de revenu de solidarité active. Toutefois, les revenus du conjoint du bénéficiaire du revenu de solidarité active n'ont à être pris en compte qu'à hauteur des sommes qu'il verse à ce dernier ou des prestations en nature qu'il lui sert, au titre, notamment, de ses obligations alimentaires lorsque les époux, entre lesquels a cessé toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, étant ainsi séparés de fait, ne constituent plus un foyer au sens des articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles ou lorsque, du fait de sa résidence à l'étranger, le conjoint du bénéficiaire ne peut être pris en compte pour le calcul du revenu garanti.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des écritures du requérant, que M. E et Mme A se sont mariés le 22 septembre 2017 et, s'ils n'ont pas résidé ensemble, ont entretenu une relation de couple, donnant par ailleurs naissance à un enfant en avril 2021, jusqu'à l'emménagement en France de Mme A en septembre 2021. Dès lors, M. E et Mme A ne peuvent être regardés comme séparés de fait, quand bien même ils n'auraient pas vécu ensemble au cours de la période litigieuse du 1er septembre 2019 au 28 février 2020. Dans ces conditions, la présidente du conseil départemental du Doubs a pu estimer, sans commettre ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation sur la situation personnelle du requérant, que les droits au RSA de M. E devaient être appréciés compte tenu des ressources du foyer qu'il formait avec Mme A, en dépit de la résidence en Suisse de cette dernière.
En ce qui concerne les conclusions présentées dans la requête n° 2201646 :
9. Il ne résulte pas de l'instruction que M. E a formé à l'encontre de la décision du 5 août 2022, qu'il conteste en tant qu'elle lui notifie un indu supplémentaire de RSA à hauteur de 6 165,99 euros, le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Le département du Doubs est dès lors fondé à soutenir qu'en l'absence d'exercice d'un tel recours, la requête de M. E est irrecevable et doit être rejetée pour ce motif.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requêtes de M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Les requêtes de M. E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au département du Doubs.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.
La magistrate désignée,
S. GrossriederLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2200371-2201646
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026