mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200444 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MANIERE - PAGET - CHAMPENOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 mars 2022 et 8 janvier 2024, Mme E A épouse D, représentée par Me Paget, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune nouvelle des Hauts de Bienne à lui verser une somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de l'arrêté portant retrait définitif de l'autorisation de stationnement dont elle bénéficiait ;
2°) de mettre à la charge de la commune nouvelle des Hauts de Bienne une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'illégalité de l'arrêté notifié le 11 octobre 2021 par lequel le maire de la commune nouvelle des Hauts de Bienne lui a retiré son autorisation de stationnement, constatée par un jugement du tribunal administratif de Besançon du 3 mai 2022, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de cette commune ;
- elle doit être indemnisée d'une somme de 20 000 euros au titre de son préjudice financier, de son préjudice d'image et de notoriété et de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, la commune nouvelle des Hauts de Bienne doit être regardée comme concluant à ce que l'indemnisation demandée soit limitée à 1 560 euros.
Elle fait valoir que :
- la période d'indemnisation doit être limitée du 12 octobre 2021 au 23 novembre 2021 ;
- la requérante peut être indemnisée à hauteur de 1 560 euros au titre de la redevance non versée par la société Alpha Taxis sur cette période ;
- les autres chefs de préjudices ne sont pas établis.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Diebold, première conseillère, pour présider la première chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de M. B, pour la commune nouvelle des Hauts de Bienne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 octobre 2013, le maire de la commune de Morez, au droit de laquelle intervient la commune nouvelle des Hauts de Bienne, a autorisé Mme E A épouse D, gérante de la société " Allo Taxi Morézien ", à stationner sur le territoire de la commune sur l'un des deux emplacements de taxis de la commune, dit " emplacement n° 1 ", situé à la gare SNCF. Mme A épouse D a exploité seule l'emplacement objet de l'autorisation, avant de le donner en location-gérance à la société " Taxi Prince " par un contrat du 11 septembre 2020, puis à la société " Alpha Taxis " par un nouveau contrat conclu le 14 septembre 2021. Ces deux sociétés l'ont tour à tour salariée en tant que conductrice de taxi. Par un arrêté non daté, notifié à Mme A épouse D le 11 octobre 2021, le maire de la commune nouvelle des Hauts de Bienne a retiré l'arrêté du 17 octobre 2013 autorisant l'intéressée à exploiter l'emplacement de stationnement de taxi n° 1. Par une ordonnance n° 2101997 du 23 novembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Besançon a suspendu cet arrêté. Par un jugement n° 2101950 du 3 mai 2022, le tribunal administratif de Besançon a annulé cet arrêté. Par la présente requête, Mme A épouse D demande la condamnation de la commune nouvelle des Hauts de Bienne au versement d'une somme totale de 20 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de l'arrêté notifié le 11 octobre 2021.
Sur la responsabilité :
2. L'illégalité d'une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la personne publique.
3. L'arrêté notifié le 11 octobre 2021 par lequel le maire de la commune nouvelle des Hauts de Bienne a retiré l'arrêté du 17 octobre 2013 autorisant la requérante à exploiter l'emplacement de stationnement de taxi n° 1 de la commune a été annulé par un jugement du 3 mai 2022 du tribunal administratif de Besançon, devenu définitif, pour erreur d'appréciation. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de cette commune.
Sur le préjudice :
4. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que Mme A épouse D a été placée en arrêt maladie du 13 octobre au 6 novembre 2021, le 7 novembre 2021, du 8 novembre au 16 novembre 2021, du 17 novembre au 30 novembre 2021, et enfin du 1er décembre au 5 décembre 2021, pour syndrome anxiodépressif, consécutif à l'arrêté notifié le 11 octobre 2021. Toutefois, alors que l'ordonnance de référé ordonnant la suspension de cet arrêté a été notifiée le 23 novembre 2021, la période de renouvellement de son arrêt maladie du 1er décembre au 5 décembre 2021 ne pourra être prise en compte pour l'appréciation de son préjudice financier.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que sur la période courant du 12 octobre 2021 au 30 novembre 2021, Mme A épouse D n'a perçu ni son salaire, ni la redevance locative prévue par le contrat conclu avec la société " Alpha Taxi ". Elle a toutefois bénéficié d'indemnités journalières de la caisse primaire d'assurance maladie à hauteur de 1 338,14 euros bruts, somme qui devra être déduite du montant alloué au titre de sa perte de salaire. Si elle se prévaut également de la perte du salaire correspondant à ses heures supplémentaires, elle ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle réalisait habituellement un certain nombre de ces heures. Par ailleurs, si elle indique qu'elle n'a pas perçu la prime d'entretien de son véhicule pour le mois de novembre 2021, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait effectivement utilisé ce véhicule et que celui-ci ait nécessité un entretien sur la période concernée, alors qu'elle était en arrêt maladie. Enfin, si elle indique avoir subi des " incidents de paiement " et avoir dû solliciter un prêt de 3 500 euros auprès de sa banque, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle a pu contracter ce prêt, en janvier 2022, avec un taux d'intérêts annuel de 0 %. Elle est ainsi seulement fondée à solliciter une indemnisation de son préjudice financier à hauteur de 1 504,31 euros au titre de ses salaires minorés des indemnités journalières perçues et 1 764 euros au titre de la redevance locative, soit une somme totale de 3 268,31 euros.
6. En deuxième lieu, si Mme A épouse D soutient qu'elle a subi un préjudice d'image et de notoriété, elle ne verse au dossier aucun document, par exemple relatif à une baisse de chiffre d'affaire à partir du 6 décembre 2021, de nature à établir qu'elle aurait subi un tel préjudice, alors au demeurant que les multiples attestations versées au dossier démontrent qu'elle bénéficie d'une clientèle habituée et régulière.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du certificat médical du docteur C versé au dossier, que Mme A épouse D a présenté un syndrome anxiodépressif traité par anxiolytique et antidépresseur consécutif à la notification de l'arrêté en litige, et ayant nécessité un arrêt de travail du 12 octobre au 5 décembre 2021. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en lui allouant une somme de 1 500 euros.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse D est fondée à demander la condamnation de la commune nouvelle des Hauts de Bienne à lui verser une somme totale de 4 768,31 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune nouvelle des Hauts de Bienne une somme de 1 400 euros à verser à Mme A épouse D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune nouvelle des Hauts de Bienne est condamnée à verser une somme de 4 768,31 euros à Mme A épouse D.
Article 2 : La commune nouvelle des Hauts de Bienne versera une somme de 1 400 euros à Mme A épouse D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse D et à la commune nouvelle des Hauts de Bienne.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Diebold, première conseillère faisant fonction de présidente,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La première conseillère faisant fonction de présidente,
N. DieboldLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Jura ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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