mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200515 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WOLDANSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 mars 2022, 15 novembre 2022 et 4 mars 2024, M. B A, représenté par Me Woldanski, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la commune de Valdoie à lui verser une somme de 40 000 euros en réparation des préjudices liés à sa maladie professionnelle, reconnue imputable au service, avec intérêts au taux légal et capitalisation de ces intérêts ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de la commune de Valdoie est engagée du fait de l'absence d'aménagement de son poste de travail, de l'indifférence de la commune quant à son état de santé et d'une discrimination syndicale ayant entrainé un retard dans la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice moral justifiant une indemnité à hauteur de 10 000 euros, un préjudice d'agrément justifiant une indemnité à hauteur de 10 000 euros, des souffrances justifiant une indemnité à hauteur de 15 000 euros et un préjudice esthétique à hauteur de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 10 juin 2022 et 14 mars 2024, la commune de Valdoie conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation sollicitée soit limitée à 3 000 euros, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une lettre du 21 février 2024, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à venir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que la responsabilité sans faute de la commune de Valdoie est engagée à l'égard de M. A, victime d'une maladie professionnelle reconnue imputable au service.
Par un mémoire enregistré le 7 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône a fait savoir au tribunal qu'elle n'entendait pas intervenir dans l'instance introduite par M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Woldanski, représentant M. A, et de Me Bouchoudjian, substituant Me Suissa, pour la commune de Valdoie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par la commune de Valdoie en tant qu'adjoint technique en 1994. Il a souffert pendant plusieurs années de lombosciatalgies, ayant abouti en 2017 à un conflit disco-radiculaire à l'étage L5/S1. Par un arrêté du 13 septembre 2018, la maire de la commune de Valdoie a reconnu l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle à compter du 27 novembre 2017. M. A demande au tribunal la condamnation de la commune de Valdoie à lui verser une somme totale de 40 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence d'aménagement de son poste de travail, de l'indifférence de la commune quant à son état de santé et d'une discrimination syndicale ayant entrainé un retard dans la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle.
Sur le principe de la responsabilité :
2. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait. La circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplisse pas les conditions subordonnant l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
3. Les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction issue du décret du 16 juin 2000.
S'agissant de l'absence d'aménagement de son poste de travail et de l'indifférence de la commune concernant son état de santé :
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'un arrêt de travail au début de l'année 2017, M. A a fait l'objet d'une visite de reprise au sein du service de santé au travail de Belfort le 14 avril 2017. Suite à cette visite, le médecin du travail a émis un avis d'aptitude en préconisant la limitation des contraintes lombaires du requérant. Toutefois, ainsi que le fait valoir M. A sans être contredit en défense, il ne résulte pas de l'instruction qu'un aménagement de son poste de travail et de ses missions en ce sens ait été mis en place par sa hiérarchie lors de sa reprise ou jusqu'à son nouvel arrêt de travail en novembre 2017. Cette abstention, alors même que l'indifférence alléguée ne résulte pas de l'instruction, peut être regardée comme révélant une faute de service de la part de la commune quant à son obligation de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et morale de ses agents. La maladie professionnelle du requérant a ensuite été reconnue imputable au service à compter du 27 novembre 2017. Dans ces conditions, et alors même que M. A était déchargé sur cette période d'une partie de ses heures de travail pour l'exercice de son mandat syndical, en l'absence d'autres éléments, la commune de Valdoie doit être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant de la discrimination syndicale ayant entraîné un retard dans la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle :
5. M. A soutient que le retard pris par la commune de Valdoie pour reconnaître sa maladie comme imputable au service est lié à son engagement syndical. Il se prévaut notamment de la présence de documents liés à son activité syndicale dans son dossier individuel. Toutefois, alors qu'il est constant que l'intéressé exerçait un mandat syndical donnant lieu à une décharge d'une partie de ses heures de travail au sein de la commune de Valdoie, ce qui impliquait nécessairement la présence d'éléments relatifs à ce mandat au sein de son dossier, il ne résulte pas de l'instruction que cet élément en particulier ait pu entraîner un retard dans la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait subi une discrimination syndicale de nature à engager la responsabilité de la commune de Valdoie.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
6. Au regard de ce qui a été dit au point 2 et sur le fondement de la responsabilité sans faute de l'administration, M. A peut obtenir réparation des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle ou des préjudices personnels subis du fait de sa maladie professionnelle reconnue imputable au service.
Sur l'évaluation des préjudices :
7. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ".
8. Il appartient au demandeur qui engage une action indemnitaire d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
9. M. A soutient qu'il a subi un préjudice moral, qu'il ne peut plus avoir d'activité physique alors qu'il était sportif, qu'il ne peut plus entretenir lui-même sa maison, et qu'il ne peut dorénavant pratiquer la chasse que par périodes d'une heure. Par ailleurs, il fait état d'une opération chirurgicale lourde, avec une ouverture de son dos sur vingt centimètres de long et immobilisation par des vis, d'intenses douleurs ressenties au travail en 2017 mais aussi depuis sa reprise, et de ses difficultés à rester longtemps assis, debout ou couché, ou à marcher longtemps. Enfin, M. A soutient que son opération lui a causé un préjudice esthétique, notamment lié à une cicatrice de quinze centimètres de long dans son dos. L'état du dossier ne permet toutefois pas au tribunal de déterminer le montant indemnisable de ces préjudices. Il y a donc lieu, avant dire-droit, d'ordonner une expertise médicale aux fins et dans les conditions qui sont précisées dans le dispositif du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : En s'abstenant d'aménager les missions et le poste de travail de M. A entre le 15 avril 2017 et le 27 novembre 2017, la commune de Valdoie a commis une faute de nature à engager sa responsabilité sur cette période.
Article 2 : La responsabilité sans faute de la commune de Valdoie est engagée à l'égard de M. A, victime d'une maladie professionnelle reconnue imputable au service à compter du 27 novembre 2017.
Article 3 : Il sera, avant dire-droit, procédé à une expertise auprès d'un médecin, avec pour mission de :
1) examiner M. A, prendre connaissance de son entier dossier médical et reconstituer son histoire médicale ;
2) décrire son état de santé actuel ;
3) déterminer si l'état de santé de M. A lié à sa maladie imputable au service est consolidé et à quelle date ;
4) déterminer les conséquences de l'absence de mise en œuvre des préconisations du médecin du travail en matière de limitation des contraintes lombaires entre le 15 avril et le 27 novembre 2017, et particulièrement sur l'aggravation potentielle de l'état de santé de M. A ;
5) donner tous éléments utiles permettant d'évaluer les postes de préjudices extra-patrimoniaux imputables à la maladie professionnelle de M. A, reconnue imputable au service le 13 septembre 2018 à compter du 27 novembre 2017, et tenant notamment au préjudice moral, aux souffrances endurées, au préjudice d'agrément et au préjudice esthétique ou tout autre poste de préjudice extrapatrimonial que l'expert estimera utile de mentionner ;
6) donner, plus généralement, toutes informations qui lui paraîtront utiles à l'appréciation de la situation de M. A.
Article 4 : Pour l'accomplissement de sa mission, l'expert se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A.
Article 5 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. A et la commune de Valdoie.
Article 6 : L'expert déposera son rapport dans le délai fixé par la décision de la présidente du tribunal administratif de Besançon le désignant, en deux exemplaires dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties intéressées.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Valdoie.
Copie en sera transmise, pour information, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026