vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200543 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP BARADUC, DUHAMEL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société L'Immobilière Groupe Casino a demandé au tribunal administratif de Besançon de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire dans la commune de Lons-le-Saunier.
Par un jugement n° 1702010 du 29 mai 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté sa requête.
Par une décision n° 442878 du 28 mars 2022, le Conseil d'Etat a annulé ce jugement et renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Besançon.
Procédure devant le tribunal :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 22 novembre 2017 et 4 mars 2020 sous le n° 1702010 et un mémoire enregistré le 17 février 2023 sous le n° 2200543, la société l'Immobilière Groupe Casino, représentée par Mes Meier et Valeteau, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire dans la commune de Lons-le-Saunier :
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- dès lors que le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) excède de 61,27 % le coût du service de collecte et de traitement des seules ordures ménagères, diminué des recettes non fiscales au vu du rapport d'activité de l'année 2015 du syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de Lons-le-Saunier, la délibération du 9 avril 2015 par laquelle le conseil communautaire de l'Espace communautaire Lons Agglomération a adopté le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) pour 2015 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- au niveau de la seule commune de Lons-le-Saunier, cet excédent de financement du coût du service diminué des recettes non fiscales, en l'espèce inexistantes, est de 44,77 % et reste donc manifestement disproportionné ;
- dès lors que le montant retenu pour évaluer le coût du service de collecte et de traitement des ordures ménagères comprend le financement du service d'enlèvement et de traitement des ordures non ménagères des artisans et commerçants, en l'absence de redevance spéciale prélevée par la collectivité, cette délibération méconnaît les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 20 février 2018 sous le n° 1702010, l'Espace communautaire Lons Agglomération (ECLA), représenté par son président, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le taux de 9,56 % de TEOM voté par son conseil communautaire le 9 avril 2015 au titre de l'année 2015 n'est pas manifestement disproportionné au regard de la doctrine administrative publiée au bulletin officiel sous la référence BOI-IF-AUT-9030-10-20150624 le 24 juin 2015, dès lors que l'excédent des recettes globales du SICTOM sur la zone de Lons-le-Saunier sur ses dépenses globales n'est que de 2,42 %.
Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement le 13 mars 2018 sous le n° 1702010 et le 31 mai 2022 sous le n° 2200543, le directeur départemental des finances publiques du Doubs, conclut au rejet de la requête.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'absence d'instauration d'une redevance spéciale par la collectivité est sans incidence sur le caractère redevable de la TEOM par la requérante ;
- le taux de TEOM de 9,56 %, fixé le 9 avril 2015 au titre de l'année 2015 par l'ECLA, n'était pas anormalement élevé au regard de l'excédent des recettes du syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de la zone de Lons-le-Saunier perçues pour la collecte et le traitement des ordures ménagères de cette commune sur les dépenses afférentes à ce service, qui était de seulement 1,28 %.
Par un courrier du 7 février 2023, le tribunal a sollicité de l'Espace Communautaire Lons Agglomération la communication du coût du service de collecte et de traitement des déchets non ménagers en 2015.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- et les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société L'Immobilière Groupe Casino a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2015 pour un montant de 29 622 euros, à raison d'un hypermarché situé à Lons-le-Saunier. Par une réclamation introduite le 7 décembre 2016, elle a sollicité la restitution de cette taxe qu'elle a acquittée. Par une décision du 22 septembre 2017, l'administration fiscale a rejeté sa demande. La société demande au tribunal de la décharger de cette cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères en invoquant, par la voie de l'exception, l'illégalité de la délibération du 9 avril 2015 du conseil communautaire de l'Espace communautaire Lons Agglomération fixant le taux de cette taxe.
2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ". La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires de la commune mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune, ou l'établissement de coopération intercommunale compétent, pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Il en résulte que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant ce taux.
3. Aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " () A compter du 1er janvier 1993, les communes, les établissements publics de coopération intercommunale ainsi que les syndicats mixtes qui n'ont pas institué la redevance prévue à l'article L. 2333-76 créent une redevance spéciale afin d'assurer l'élimination des déchets visés à l'article L. 2224-14 () Cette redevance est calculée en fonction de l'importance du service rendu et notamment de la quantité des déchets éliminés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour l'élimination de petites quantités de déchets. ()". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du même code sont les déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'instauration de la redevance spéciale est obligatoire en l'absence de redevance d'enlèvement des ordures ménagères, d'autre part, que, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas pour objet de financer l'élimination des déchets non ménagers, alors même que la redevance spéciale n'aurait pas été instituée.
4. Aux termes de l'article R. 2224-23 du code général des collectivités territoriales : " Au sens de la présente section, on entend par : () 2° " Déchets ménagers " : les déchets ménagers tels que définis à l'article R. 541-8 du code de l'environnement ; / 3° " Déchets assimilés " : les déchets collectés par le service public de gestion des déchets dont le producteur n'est pas un ménage ; () ". L'article R. 541-8 du code de l'environnement, auquel renvoie l'article R. 2224-23 du code général des collectivités territoriales, définit le déchet ménager comme " tout déchet, dangereux ou non dangereux, dont le producteur est un ménage ".
5. Il résulte de l'instruction que, par une délibération du conseil communautaire d'Espace communautaire Lons Agglomération du 9 avril 2015, le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a été fixé à 9,56 % en 2015 pour la ville de Lons-le-Saunier où se situe l'hypermarché pour lequel la société l'Immobilière Groupe Casino a été assujettie à cette taxe. Les services fiscaux du Jura ont établi la base d'imposition de la TEOM de la commune de Lons-le-Saunier indiquant que le produit attendu pour cette taxe s'élevait à 2 061 650 euros. Le 7 janvier 2015, le président du syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de la zone de Lons-le-Saunier a également évalué le coût de la collecte et du traitement des ordures ménagères pour l'Espace communautaire Lons Agglomération au titre de la commune de Lons-le-Saunier, à 2 035 643,14 euros. Il convient toutefois de soustraire de ce montant le coût de la collecte et du traitement des déchets assimilés du commerce et de l'artisanat, soit 611 548 euros, pour obtenir le coût des seuls déchets ménagers de la commune de Lons-le-Saunier d'un montant de 1 424 095,14 euros. Enfin, il résulte de l'instruction qu'Espace communautaire Lons Agglomération n'a pas instauré de redevance spéciale. Ainsi, le produit de la taxe estimé à la date de l'adoption de la délibération du conseil communautaire d'Espace communautaire Lons Agglomération, qui excède de 44,77 % le coût de collecte et de traitement des seuls déchets ménagers, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, est manifestement disproportionné. Par suite, le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères fixé à 9,56 % par une délibération du conseil communautaire d'Espace communautaire Lons Agglomération du 9 avril 2015 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède que la société l'Immobilière Groupe Casino est fondée à demander à être déchargée de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire dans la commune de Lons-le-Saunier.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de la société l'Immobilière Groupe Casino au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La société l'Immobilière Groupe Casino est déchargée de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire dans la commune de Lons-le-Saunier
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à la société l'Immobilière Groupe Casino au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société l'Immobilière Groupe Casino et au directeur départemental des finances publiques du Doubs.
Copie en sera transmise pour information à l'Espace Communautaire Lons Agglomération.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Guitard, première conseillère,
- Mme Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2023.
La rapporteure,
F. GuitardLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026