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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200585

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200585

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200585
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantGAY YANNICK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 4 avril, 28 octobre 2022 et 16 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Gay, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 et par voie de conséquence la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 8 février 2022 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 5 331,31 euros ;

A titre subsidiaire :

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

Dans tous les cas :

4°) de mettre à la charge du département du Jura une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la procédure de recouvrement est irrégulière dès lors que la caisse d'allocations familiales du Jura n'a pas respecté les dispositions de l'article L. 114-21 du code de sécurité sociale en l'informant de l'origine et de la teneur des informations recueillies pour vérifier l'exactitude de ses déclarations ;

- elle n'a pas été destinataire d'un avis des sommes à payer avant la notification de saisie administrative à tiers détenteur ;

- l'indu de RSA mis à sa charge n'est pas fondé dès lors qu'elle n'a pas été suffisamment informée des conséquences de ses séjours à l'étranger sur son droit au RSA ;

- l'intention frauduleuse n'est pas démontrée ;

- elle est dans l'incapacité de rembourser la somme mise à sa charge dès lors qu'elle est sans revenu et dans une situation de grande précarité ;

- sa demande de remise totale de dette est fondée en raison de sa bonne foi et de sa situation de précarité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2022, 15 décembre 2022 et 27 janvier 2023, le département du Jura conclut au rejet de la requête.

Le département du Jura soutient que :

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés ;

- la requête est irrecevable faute d'avoir présenté un recours administratif préalable obligatoire.

Par un courrier en date du 30 janvier 2023, et en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été avisées que la solution du litige était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office de l'incompétence du juge administratif pour connaître des conclusions aux fins de l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur.

Mme C a présenté une réponse à ce moyen relevé d'office, qui a été enregistrée le 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grossrieder, présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Grossrieder a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, allocataire du RSA de juin 2019 à septembre 2020, a fait l'objet d'un contrôle réalisé par les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Jura, qui a révélé que la situation de la requérante présentait des irrégularités au regard de son droit au RSA. Le 15 juillet 2021, la CAF du Jura, d'une part, a décidé de récupérer auprès de Mme C des paiements indus d'allocations, pour la période allant de juin 2019 à septembre 2020, pour un montant total de 5 923,52 euros dont 5 331,31 euros d'indu de RSA et, d'autre part, lui a adressé une notification de fraude. Le 8 février 2022, une saisie administrative à tiers détenteur a été notifiée à la requérante. A la suite du courrier du 21 février 2022 par lequel Mme C contestait la fraude au RSA, le département du Jura a informé l'intéressée, le 8 mars 2022, que son recours était irrecevable. Mme C demande, à titre principal, l'annulation des décisions des 8 février et 8 mars 2022 et, à titre subsidiaire, de lui accorder le bénéfice d'une remise totale de sa dette.

Sur l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

4. Mme C demande au tribunal d'annuler la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 8 février 2022 du centre des finances publiques de Lons-le-Saunier en vue du recouvrement d'une dette correspondant à un indu de RSA d'un montant de 5 331,31 euros pour la période de juin 2019 à septembre 2020. Toutefois, ce litige relève, en application des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, du juge de l'exécution, juge judiciaire. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette saisie administrative à tiers détenteur doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la contestation de l'indu de RSA :

En ce qui concerne le bien-fondé des paiements indus de RSA :

5. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, B, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

6. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de RSA, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée, et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. Il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental du Jura, par son courrier du 8 mars 2022, a rejeté pour tardiveté le recours de l'intéressée du 20 février 2022 contestant une décision de fraude au RSA dès lors que l'intéressée n'avait pas exercé de recours administratif préalable dans le délai de deux mois suivant la notification de fraude du 15 juillet 2021. Mme C ne démontre pas avoir été destinataire d'une décision de fraude au RSA qu'elle aurait réceptionnée le 26 janvier 2022, à la suite de laquelle elle a exercé son recours et il ne ressort pas des termes de ce recours qu'elle entendait contester la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 8 février 2022 qui, au demeurant, ne faisait pas mention d'une fraude mais d'un indu de RSA. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme C, qui ne l'a pas contestée, a été destinataire de la décision du 15 juillet 2021 lui notifiant notamment des paiements indus de RSA d'un montant total de 5 331,31 euros, qui comportait les voies et délais de recours et dont elle a eu connaissance, en tout état de cause, au plus tard le 1er septembre 2021 et, d'autre part, qu'elle n'a pas exercé le recours administratif préalable prévu au point 6, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision précitée de notification de dette. Par suite, le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme C le 20 février 2022 étant tardif, le département du Jura est fondé à soutenir que les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 8 mars 2022 sont irrecevables. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.

En ce qui concerne la remise gracieuse de l'indu de RSA :

8. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil départemental peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

9. Le juge administratif ne pouvant être saisi directement de conclusions aux fins de remise de dette, il appartient à l'allocataire de présenter une demande préalable de remise gracieuse de cette dette auprès du président du conseil départemental, puis, le cas échéant, de saisir le juge administratif de la décision prise par cette autorité qui lui serait défavorable. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait présenté une demande de remise gracieuse de l'indu de RSA mis à sa charge. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, ses conclusions tendant à l'octroi d'une remise totale sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Jura, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice de Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme C dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département du Jura.

Une copie du jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocation familiales du Jura.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La magistrate désignée,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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