mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200606 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 avril 2022, 28 juin 2023 et 28 août 2024, ainsi qu'un mémoire enregistré le 12 octobre 2024, non communiqué, Mme E B, représentée par Me Devevey, demande au tribunal :
1°) d'ordonner une expertise médicale avant-dire droit ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon à lui verser la somme totale de 289 081 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge le 4 mars 2010, avec intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2021 et capitalisation de ces intérêts ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Besançon une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CHU de Besançon doit être engagée du fait de l'infection nosocomiale dont elle a été victime lors de son opération du 4 mars 2010 ;
- cette infection nosocomiale lui a causé une ostéonécrose de la tête humérale de son épaule droite ;
- ses dépenses de santé préalables à la consolidation doivent être indemnisées à hauteur de 3 075 euros ;
- ses frais de transport préalables à la consolidation doivent être indemnisés à hauteur de 1 484 euros ;
- ses frais d'assistance par tierce personne pendant sa convalescence doivent être indemnisés à hauteur de 1 050 euros ;
- sa perte de gains professionnels pendant ses arrêts de travail doit être indemnisée à hauteur de 6 075 euros ;
- ses frais d'entretien et de rénovation de sa propriété doivent être indemnisés à hauteur de 12 647 euros ;
- elle a dû changer de véhicule, ce qui justifie une indemnisation à hauteur de 15 590 euros ;
- elle doit être indemnisée à hauteur de 10 000 euros au titre de l'incidence professionnelle de l'infection ;
- un capital de 64 800 euros doit lui être alloué au titre de ses dépenses futures d'assistance par tierce personne ;
- elle a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel qui doit être indemnisé à hauteur de 31 600 euros ;
- les souffrances qu'elle a endurées justifient une indemnisation à hauteur de 40 000 euros ;
- elle a subi un préjudice esthétique temporaire qui justifie une indemnisation à hauteur de 4 000 euros ;
- elle a subi un préjudice sexuel qui justifie une indemnisation à hauteur de 3 000 euros ;
- elle a subi un déficit fonctionnel permanent qui justifie une indemnisation à hauteur de 65 450 euros ;
- elle a subi un préjudice d'agrément qui justifie une indemnisation à hauteur de 15 000 euros ;
- elle a subi un préjudice esthétique permanent qui justifie une indemnisation à hauteur de 6 000 euros ;
- elle a exposé des frais divers liés au recours à un avocat et à un médecin-conseil qui doivent lui être remboursés à hauteur de 8 710 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, conclut à titre principal à sa mise hors de cause et à titre subsidiaire à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée par le tribunal.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2022 et 5 février 2024, le CHU de Besançon, représenté par Me Cariou, conclut à la limitation de l'indemnisation à hauteur de 1 801,10 euros, à ce que soit ramenée à 1 000 euros la somme sollicitée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et au rejet du surplus des conclusions de Mme B et de l'ONIAM.
Il fait valoir que :
- la survenue de l'infection nosocomiale en litige n'est pas la conséquence d'une faute de sa part ;
- les demandes au titre des frais restés à sa charge, l'assistance par tierce personne temporaire et permanente, la perte de gains professionnels actuels, les frais de rénovation et d'entretien de sa propriété, les frais de véhicule adapté, l'incidence professionnelle, le préjudice esthétique temporaire et permanent, le préjudice sexuel, le déficit fonctionnel permanent et le préjudice d'agrément doivent être rejetées ;
- la somme sollicitée au titre des dépenses de santé actuelles doit être réduite à 15,10 euros ;
- la somme sollicitée au titre du déficit fonctionnel temporaire doit être réduite à 126 euros ;
- la somme sollicitée au titre des souffrances endurées doit être réduite à 500 euros ;
- la somme sollicitée au titre des frais de médecin-conseil doit être réduite à 1 160 euros ;
- la somme sollicitée au titre des frais d'avocat doit être réduite à 1 000 euros.
La procédure a été régulièrement communiquée à la CPAM de la Haute-Saône, à la rectrice de l'académie de Besançon et à la ministre de l'éducation nationale, qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lola Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Fabienne Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Devevey, pour Mme B, et de Me Dagonat substituant Me Cariou, pour le CHU de Besançon.
Une note en délibéré présentée par Mme B, représentée par Me Devevey, a été enregistrée le 20 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, alors professeur de lettres au sein du lycée Louis Pergaud à Besançon, a été victime le 2 mars 2010, aux alentours de 20h30, d'une chute dans la cour de l'établissement alors qu'elle se rendait au parking pour rejoindre son véhicule. Elle est tombée du haut du trottoir, sur son épaule. Elle s'est rendue plus tard dans la soirée au CHU de Besançon. Une fracture de l'humérus droit a été constatée. En conséquence, Mme B a subi une ostéosynthèse le 4 mars suivant et est restée hospitalisée jusqu'au 9 mars. Le 18 mars, alors qu'elle se plaignait d'une fièvre et de raideurs dans son épaule droite, elle s'est rendue aux urgences du CHU. La consultation a mis en évidence la présence de staphylocoques dorés. Elle a donc à nouveau été hospitalisée et opérée. En octobre 2010, les médecins lui ont diagnostiqué une ostéonécrose de la tête humérale, ainsi qu'une omarthrose secondaire. Elle a subi une dernière intervention en janvier 2012. Le 18 novembre 2015, Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affection iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI). Celle-ci a désigné le docteur A, spécialisé en chirurgie orthopédique, et le docteur D, spécialisé en infectiologie, pour réaliser une expertise. Ils ont remis leur rapport le 19 août 2016. La CCI a ensuite rendu son avis le 8 novembre 2016 et rejeté la demande de Mme B en estimant qu'elle était incompétente pour en connaître. La requérante a ensuite saisi le tribunal administratif le 20 novembre 2017 afin qu'il ordonne la désignation d'un nouvel expert. Par une ordonnance du 9 février 2018, le président du tribunal a rejeté sa requête en l'absence de caractère suffisant d'utilité. Enfin, le 13 décembre 2021, l'intéressée a adressé une demande préalable indemnitaire au CHU de Besançon. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner le CHU de Besançon à lui verser une somme totale de 289 081 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge le 4 mars 2010.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / () ". Aux termes de l'article R. 6111-6 du code de la santé publique : " Les infections associées aux soins contractées dans un établissement de santé sont dites infections nosocomiales ".
3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection, qu'elle soit exogène ou endogène, survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
4. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que le 17 mars 2010, dans les suites de l'intervention du 4 mars 2010, un écoulement purulent est apparu au niveau de la cicatrice opératoire de Mme B. Une infection à staphylocoques dorés a été identifiée et a conduit à un nettoyage chirurgical du site infecté, suivi d'une prise d'antibiotiques pendant trois mois. Les experts ont relevé que cette infection répondait à la définition d'une infection nosocomiale, en indiquant toutefois que le diagnostic médical de cette infection avait été fait avec diligence, tout comme la prise en charge chirurgicale et médicamenteuse, qui pouvait être regardée comme adaptée et efficace. Ils ont par ailleurs indiqué que la prise en charge initiale de Mme B dans le cadre de son ostéosynthèse était appropriée, qu'il était normal en contexte traumatologique de ne pas bénéficier d'une douche préopératoire, dès lors que la préparation cutanée est faite au bloc opératoire une fois la patiente anesthésiée, que l'intervention a été effectuée dans les règles de l'art et que la radiographie de contrôle post-opératoire précoce montre une réduction parfaite de la fracture. Dans ces conditions, et alors que Mme B n'apporte aucun élément probant de nature à remettre en cause les constatations des experts, elle est seulement fondée à rechercher la responsabilité sans faute du CHU de Besançon au titre de cette infection, qui doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial.
5. D'autre part, ainsi que l'ont relevé les experts, les suites opératoires ont également été marquées par l'apparition d'une nécrose de la tête humérale de l'épaule droite de la patiente, accompagnée d'un déplacement des vis. Cette nécrose constitue, à leur sens, une complication reconnue des fractures multi fragmentaires de la tête humérale, " indépendamment de tout problème infectieux ". Les experts ont également considéré, tout comme la CCI, que l'omarthrose secondaire et l'enraidissement de l'épaule apparus par la suite, correspondaient à des lésions séquellaires de la fracture initiale. Les certificats médicaux plus récents versés au dossier par la requérante ne remettent pas en cause ces conclusions. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient Mme B, les complications intervenues postérieurement à la survenue de l'infection nosocomiale en litige ne peuvent être regardées comme résultant de cette infection.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander au CHU de Besançon une indemnisation des préjudices directement liés à l'infection nosocomiale qu'elle a subie.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la date de consolidation de l'état de santé global de Mme B à la suite de son accident peut être fixée au 21 février 2012. Par ailleurs, la consolidation de son état de santé en lien avec l'infection nosocomiale qu'elle a subie est intervenue au plus tard à l'issue de son antibiothérapie, soit au début de l'été 2010.
S'agissant du préjudice patrimonial temporaire :
8. En premier lieu, Mme B sollicite une indemnisation au titre de ses dépenses de santé antérieures à la consolidation, correspondant à des dépassements d'honoraires, des frais administratifs, et des restes à charge. Toutefois, elle ne démontre pas avoir exposés des frais liés aux dépassements d'honoraires des chirurgiens qui l'ont opérée. L'existence de ce préjudice peut ainsi être mise en doute. Dans ces conditions, il sera fait une exacte évaluation du poste de préjudice lié à ses dépenses de santé actuelles en lui allouant seulement une somme de 15,10 euros, correspondant aux frais de reproduction de son dossier médical.
9. En deuxième lieu, si Mme B soutient que sa convalescence du 13 mars 2010 au 31 mai 2010 a nécessité l'assistance d'une tierce personne, il ne résulte pas de l'instruction que la nécessité de cette aide, à la supposer établie, soit en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
10. En troisième lieu, si Mme B démontre, en produisant une attestation de son employeur, qu'elle a perdu des revenus à hauteur de 6 075 euros pendant ses arrêts de travail, il ne résulte pas de l'instruction que ce poste de préjudice soit en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de sa perte de gains professionnels actuels.
S'agissant du préjudice patrimonial permanent :
11. En premier lieu, si Mme B fait état de nombreux restes à charge liés à des dépenses de santé entre le 21 janvier 2012 et le 21 février 2015, à hauteur de 60 euros, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils soient en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation à ce titre.
12. En deuxième lieu, Mme B sollicite l'indemnisation de ses frais de transport à hauteur de 1 484 euros. Toutefois, d'une part, la seule facture de taxi versée au dossier, en date du 9 novembre 2011, faisant mention d'une somme de 342,90 euros, ne suffit pas à démontrer, en l'absence d'éléments d'explication supplémentaires, qu'elle aurait dû exposer une somme totale de 1 484 euros. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que ces frais soient en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, la requérante ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
13. En troisième lieu, Mme B sollicite une indemnisation au titre des frais de rénovation et d'entretien de sa propriété à hauteur de 12 647 euros. Toutefois, et alors même qu'elle verse des devis au dossier, il ne résulte pas de l'instruction que ce poste de préjudice soit en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
14. En quatrième lieu, si Mme B soutient qu'elle n'a pas pu poursuivre normalement sa carrière à la suite de son accident, et qu'elle a dû renoncer à ses activités d'animation et de théâtre, il ne résulte pas de l'instruction que ce poste de préjudice soit en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation à ce titre.
15. En cinquième lieu, si Mme B soutient qu'elle a dû acquérir un véhicule adapté et qu'elle a exposé une somme de 15 590 euros à ce titre, il ne résulte pas de l'instruction que ce poste de préjudice soit en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation à ce titre.
16. En sixième lieu, Mme B soutient qu'elle a besoin d'une assistance par tierce personne depuis la mort de son mari, à hauteur de deux heures par jour, et sollicite une indemnisation à hauteur de 64 800 euros à ce titre. Toutefois, d'une part, le rapport d'expertise ne retient pas la nécessité d'une telle aide. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la nécessité de cette aide, à la supposer établie, soit en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
17. En septième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a recouru à l'assistance d'un médecin-conseil, le docteur C, dans le cadre de la procédure amiable et des opérations d'expertise. Elle a acquitté à ce titre la somme de 2 860 euros. Ces frais, qui peuvent être regardés comme ayant été utiles à la solution du litige, doivent lui être remboursés par le CHU de Besançon dans leur totalité.
18. En dernier lieu, Mme B indique avoir exposé des frais d'avocat et en sollicite le remboursement à hauteur de 3 600 euros. Toutefois, d'une part, s'il résulte de l'instruction qu'un avocat l'a assistée dans le cadre de la procédure amiable, notamment lors de la séance de la CCI, elle n'a produit, malgré une mesure d'instruction en ce sens, aucune facture relative à ces frais dans le délai d'instruction. D'autre part, à supposer même qu'elle ait entendu solliciter une telle indemnisation au titre de l'assistance par un avocat durant la procédure contentieuse, elle a également présenté une demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et son préjudice sera réparé par la décision prise sur ce fondement. Dans ces conditions, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant du préjudice extrapatrimonial temporaire :
19. En premier lieu, si Mme B soutient qu'elle a subi plusieurs périodes d'incapacité temporaire totale et partielle et qu'elle doit être indemnisée à ce titre, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la complication infectieuse en litige a seulement causé un déficit fonctionnel temporaire total du 18 mars 2010 au 24 mars 2010. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant une somme de 126 euros.
20. En deuxième lieu, les souffrances en lien avec l'infection nosocomiale endurées par Mme B ont été évaluées par les experts à 0,5/7. Compte tenu de la nature de ses souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant à ce titre une somme de 1 000 euros.
21. En troisième lieu, Mme B soutient qu'elle a souffert d'un préjudice esthétique temporaire qui doit être indemnisé à hauteur de 4 000 euros. Toutefois, si les experts ont relevé que son dommage esthétique temporaire pouvait être évalué à 2/7 pendant ses périodes de déficit fonctionnel temporaire total et partiel, et à 1/7 par la suite, ils ont également indiqué que la survenue de la complication infectieuse ne modifiait pas cette évaluation. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
22. En quatrième lieu, si Mme B soutient qu'elle a subi un préjudice sexuel, le rapport d'expertise indique qu'" aucune répercussion sur la vie sexuelle n'a été alléguée ". Par suite, en l'absence d'autres éléments, il n'y a pas lieu de l'indemniser au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant du préjudice extra-patrimonial permanent :
23. En premier lieu, Mme B soutient qu'elle subit un déficit fonctionnel permanent qui doit être indemnisé à hauteur de 65 540 euros. Toutefois, il résulte des constats des experts que son déficit fonctionnel permanent, évalué à 17 %, n'est pas en lien avec la complication infectieuse en litige. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
24. En deuxième lieu, si Mme B soutient qu'elle subit un préjudice d'agrément dès lors qu'elle n'a pas pu reprendre ses activités de loisirs après son accident, le rapport d'expertise indique que " la survenue de la complication infectieuse n'a pas influencé cet élément ". Par suite, en l'absence d'autres éléments, elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
25. En troisième lieu, si Mme B soutient que sa deuxième opération a nécessité un élargissement de sa cicatrice initiale, et qu'elle subit donc un préjudice esthétique permanent en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert, elle ne le démontre pas par les seules photographies produites. Par suite, et alors que les experts retiennent également pour ce poste de préjudice que " la survenue de la complication infectieuse n'a pas influencé cet élément ", elle ne peut prétendre à une indemnisation à ce titre.
26. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit, que le CHU de Besançon doit être condamné à verser à Mme B une somme de 4 001,10 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
27. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
28. La requérante a droit aux intérêts au taux légal de la somme de 4 001,10 euros à compter du 14 décembre 2021, date de la réception de sa demande préalable par le CHU de Besançon. La capitalisation des intérêts a été demandée par la requérante le 11 avril 2022, au moment de l'enregistrement de sa requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 14 décembre 2022, date à laquelle était due pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Besançon une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU de Besançon est condamné à verser à Mme B une somme de 4 001,10 euros. Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 14 décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 14 décembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : Le CHU de Besançon versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, au centre hospitalier universitaire de Besançon et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône, à la rectrice de l'académie de Besançon et à la ministre de l'éducation nationale.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026