mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200638 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BPS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Favre, demandent au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 et des pénalités et majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que l'application de l'abattement renforcé de 85 % prévu par l'article 150-0 D 1 quater B-1°-a du code général des impôts à la plus-value de cession des titres que M. A détenait dans le capital de la société Jubelo est justifiée dès lors que cette société n'est pas issue d'une extension d'activités préexistantes, au sens de cette disposition.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal centre Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Diebold, première conseillère, pour présider la première chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte du 29 septembre 2016, M. A a cédé 189 actions qu'il détenait dans le capital de la société Jubelo, pour un prix de 1 048 194 euros, cette société exerçant une activité d'exploitation d'un restaurant dans le cadre d'un contrat de location-gérance conclu avec la société McDonald's France. Dans leur déclaration de revenus de l'année 2016, M. et Mme A ont appliqué à la plus-value constatée lors de cette cession l'abattement dit " renforcé " de 85 %, prévu au 3° du 1 quater A de l'article 150-0 D du code général des impôts. A la suite d'une proposition de rectification qui leur a été adressée le 8 janvier 2019, M. et Mme A ont été destinataires d'un avis d'impôt supplémentaire sur le revenu établi le 13 décembre 2019 au titre de l'année 2016, pour un montant de 98 574 euros. Ils ont présenté une réclamation le 25 mai 2020, sollicitant un dégrèvement total de cette cotisation d'imposition supplémentaire sur le revenu. L'administration ayant rejeté cette réclamation le 15 février 2022, M. et Mme A ont saisi le tribunal et demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ainsi que les pénalités et majorations correspondantes, à hauteur de 98 574 euros.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " I.-1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, () de valeurs mobilières, de droits sociaux, () sont soumis à l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 150-0 D 1 quater du même code, dans sa rédaction application aux impositions en litige : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci (). / 1 quater. A.- Par dérogation au 1 ter, lorsque les conditions prévues au B sont remplies, les gains nets sont réduits d'un abattement égal à : / () 3° 85 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins huit ans à la date de la cession. / B.-L'abattement mentionné au A s'applique : / 1° Lorsque la société émettrice des droits cédés respecte l'ensemble des conditions suivantes : / a) Elle est créée depuis moins de dix ans et n'est pas issue d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension ou d'une reprise d'activités préexistantes. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en excluant du champ d'application du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts les sociétés issues d'une extension, d'une restructuration ou d'une reprise d'activités préexistantes, le législateur n'a entendu refuser le bénéfice de l'abattement renforcé qu'aux entreprises qui, eu égard à la similarité ou à la complémentarité de leur objet par rapport à celui d'entreprises antérieurement créées et aux liens de dépendance qui les unissent à ces dernières, sont privées de toute autonomie réelle et constituent de simples émanations de ces entreprises préexistantes.
3. Pour remettre en cause l'abattement de 85 % appliqué par M. A sur la plus-value de cession de ses titres de la société Jubelo, l'administration a considéré que l'activité de celle-ci répond à la qualification d'extension d'activité préexistante dès lors qu'elle se trouve en situation de dépendance par rapport à la société McDonald's France. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du contrat de location-gérance conclu entre la société Jubelo, antérieurement dénommée Pont'Arches EURL, ainsi que du contrat de licence liant la société McDonald's France à la société McDonald's Corporation, auquel renvoie le contrat de location-gérance, que le locataire-gérant s'engage à respecter scrupuleusement la licence et le système McDonald's qui prévoit notamment l'obligation de respecter des menus comprenant des boissons et aliments désignés, l'uniformité des spécifications des produits alimentaires, des méthodes de préparation, de la qualité et de la présentation et l'uniformité de la propreté des installations et du service, le respect de règles de conception du restaurant, de disposition de l'appareillage de cuisine, de disposition des sièges, de décor et d'enseignes qui doivent être approuvés, l'obligation de formation au système McDonald's pour les gérants de restaurants, ou encore le respect de durées et de périodes minimales d'ouverture des restaurants. Il résulte également du contrat de location-gérance que l'exploitant doit s'acquitter auprès de McDonald's France de diverses redevances assises sur le chiffre d'affaires du restaurant et qu'il a l'obligation de respecter scrupuleusement les normes, politiques et procédures définies dans la licence, ce qui implique notamment d'utiliser uniquement les matériels et programmes de publicité et de promotion fournis ou approuvés à l'avance. S'il n'est pas contesté que le contrat de licence n'impose pas à la société Jubelo de s'approvisionner auprès de distributeurs exclusifs et qu'elle reste libre de fixer ses prix, à l'exception des " petits prix " garantis sur tout le territoire national, celle-ci est néanmoins soumise à des contraintes très strictes en matière d'achats, s'agissant notamment des divers ingrédients composant les produits vendus ainsi que leur qualité, ce qui la contraint de facto, pour y satisfaire, à s'adresser aux fournisseurs dont les produits répondent à la norme McDonald's. Dans ces conditions, l'ensemble des contraintes imposées par la société McDonald's France à la société Jubelo caractérise l'absence de toute autonomie réelle de la société Jubelo, qui doit être regardée comme constituant une simple émanation de la société McDonald's France, et donc comme procédant de l'extension de l'activité de celle-ci, au sens du texte précité. Par suite, les requérants ne peuvent se prévaloir de l'application de l'abattement de 85 % sur les gains nets retirés de la cession des participations que M. A détenait dans la société Jubelo, prévu au 3° du 1 quater A de l'article 150-0 D du code général des impôts.
Sur l'interprétation de la loi fiscale :
4. Les documentations référencées BOI-RPPM-PVBMI-20-30-10 et BOI-BIC-CHAMP-80-10-10-20, citées par les requérants, ne comportent aucune interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application en l'espèce et dont M. et Mme A pourraient se prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ainsi que les pénalités et majorations correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
6. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, partie perdante, les conclusions présentées par les requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, Mme B A, et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal centre Est.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Diebold, première conseillère faisant fonction de présidente ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La première conseillère faisant fonction de présidente,
N. DieboldLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026