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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200672

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200672

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200672
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. A C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a rejeté son recours préalable à l'encontre de la décision du 22 octobre 2021 en tant qu'elle lui réclame un trop perçu d'un montant de 7 399,69 euros au titre du revenu de solidarité active (RSA) ;

2°) de le décharger du paiement de cet indu ;

3°) d'enjoindre au département du Territoire de Belfort de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales (CAF) et du département du Territoire de Belfort la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il plaide sa bonne foi et conteste toute intention frauduleuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le département du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Le département du Territoire de Belfort soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales (CAF) du Territoire de Belfort qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une décision du 4 mars 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grossrieder, présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Grossrieder a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 22 octobre 2021, la CAF du Territoire de Belfort a notifié à M. C un indu de RSA d'un montant de 7 399,69 euros pour la période de mars 2019 à septembre 2021. Le recours préalable exercé par le requérant le 14 décembre 2021 concernant le bien-fondé de cet indu a été rejeté par une décision du président du conseil départemental du Territoire de Belfort en date du 22 mars 2022. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

4. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la décision du 22 mars 2022 aurait été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de la violation des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2021-1471 du 16 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs du département du Territoire de Belfort du même mois, le président du conseil départemental a délégué sa signature à Mme B, directrice de l'insertion, à l'effet de signer notamment les décisions individuelles prises en matière de RSA. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

6. En troisième lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que la CAF du Territoire de Belfort aurait procédé à la récupération des indus de RSA en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles reste en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En dernier lieu, M. C invoque une violation du principe du contradictoire et des droits de la défense en raison du défaut de communication des conclusions du rapport d'enquête de l'agent de la CAF ayant procédé au contrôle de sa situation et des pièces sur lesquelles le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a fondé sa décision. Toutefois, si le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, le recours administratif préalable obligatoire institué par l'article L. 262-47 précité du code de l'action sociale et des familles est destiné à remédier à l'absence de procédure contradictoire en permettant à l'administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée. À cet égard, il résulte de l'instruction que le requérant, qui au demeurant a pu formuler toutes les observations voulues sur les constatations faites par l'agent de la CAF lors du contrôle de sa situation ainsi qu'il ressort du rapport d'enquête en date du 27 septembre 2021, a saisi le président du conseil départemental par une lettre du 14 décembre 2021 aux fins de contestation de l'indu de RSA mis à sa charge par la décision initiale de la CAF en date du 22 octobre 2021 et a ainsi été en mesure d'exposer tous ses arguments en ce qui concerne ses séjours à l'étranger et de présenter tous les documents utiles. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la CAF ni au conseil départemental de communiquer à l'allocataire les conclusions de l'enquête établie par l'agent assermenté à l'issue d'un contrôle de situation, lesquelles ont en tout état de cause été transmises au requérant dans le cadre de la présente instance. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision qui n'émane pas d'un tribunal au sens de ces stipulations. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

9. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources mentionnée et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

10. Il résulte tout d'abord de l'instruction, et en particulier du rapport de l'enquête effectuée le 21 septembre 2021, dont les mentions ne sont pas sérieusement contestées, que M. C a séjourné hors de France, d'une part, pendant plus de trois mois respectivement au cours des années 2019 et 2020, du 21 mars au 18 juin 2019 et du 17 décembre 2019 au 18 juin 2020 et, d'autre part, pendant sept mois au cours de l'année 2021, du 15 février au 16 septembre 2021 et que ces séjours n'ont pas été déclarés spontanément par l'allocataire mais à la suite du contrôle précité réalisé en raison de déclarations trimestrielles de ressources pour pouvoir prétendre au RSA et effectuées depuis l'étranger. Il résulte ensuite de l'instruction, au regard du montant du RSA pour une personne seule au cours de la période au titre de l'indu en litige, que seuls les mois au cours desquels le requérant n'a pas séjourné en France ont été pris en compte pour revoir son droit au RSA et calculer le montant de l'indu mis à sa charge et que la période de mars à juin 2020 n'a pas été prise en compte pour calculer le montant de cet indu compte tenu que le requérant justifiait de son impossibilité de revenir en France en raison de l'interruption du transport aérien liée à la pandémie de Covid-19. A l'inverse, le requérant ne justifie d'aucune impossibilité de retour sur le territoire national pour l'année 2021. En outre, il résulte de la décision attaquée que l'indu mis à la charge du requérant est motivé par le non-respect des obligations déclaratives prévues par l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, le département et la CAF du Territoire de Belfort n'ont donc pas considéré que M. C ne disposait pas en France d'une résidence stable et effective mais seulement qu'il n'avait droit au RSA que pour les mois civils complets de présence sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'appréciation doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".

12. En l'espèce, M. C fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions citées au point précédent. Toutefois, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CAF et du département du Territoire de Belfort, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : la requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département du Territoire de Belfort.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La magistrate désignée,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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