mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200736 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOULAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 mai, 20 juillet et 27 octobre 2022, la société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité (CDT Sécurité), représentée par Me Chichet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de recette contestés émis par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Territoire de Belfort n°25 du 10 février 2022, n° 27 du 11 février 2022 et n°145 du 10 décembre 2021 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes réclamées ;
3°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les trois titres en litige sont irréguliers faute d'être signés par une autorité compétente ;
- les interventions litigieuses font partie des missions de service public dévolues au service départemental d'incendie et de secours en application des articles L. 1424-2 et L. 1424-42 du code général des collectivités territoriales, de sorte que le SDIS ne pouvait lui demander une participation aux frais pour ces interventions ;
- l'intervention du SDIS ne peut pas être mise à sa charge alors qu'elle n'en est pas la bénéficiaire directe au sens des dispositions de l'article L. 1424-42 du code général des collectivités territoriales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 juillet et 20 octobre 2022, le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort, représenté par Me Boulais, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu à statuer sur la requête, les trois titres exécutoires ayant été intégralement réglés par la requérante les 7 et 29 mars 2022 ;
- la requête, en tant qu'elle est présentée par la requérante, est irrecevable dès lors que cette société aurait refacturé l'intervention effectuée par le SDIS au bénéficiaire du contrat de téléassistance, la société requérante ne dispose donc plus d'un intérêt à agir pour contester le montant dont il est demandé le recouvrement par le SDIS du Territoire de Belfort ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Une note en délibéré, présentée par le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort, a été enregistrée le 5 décembre 2023.
Une note en délibéré, présentée par la société centre départemental de télésurveillance sécurité, a été enregistrée le 5 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité a fait l'objet de trois titres exécutoires n° 145 émis le 10 décembre 2021 et n° 25 et 27 émis le 10 février 2022 par le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort en vue du recouvrement de la somme totale de 982 euros au titre de trois interventions aux domiciles de personnes âgées ayant conclu un contrat de téléassistance avec elle, qui avaient déclenché leur alarme de téléassistance. Par le présent recours, la société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité demande l'annulation des titres exécutoires ainsi que la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite ".
3. Contrairement à ce que soutient le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort, si ces dispositions prévoient la suspension de la force exécutoire du titre, de sorte que le débiteur ne peut plus faire l'objet d'une exécution forcée, le règlement des titres en litige n'exclut pas pour autant la possibilité pour son débiteur d'en contester la légalité. Par suite, il n'y a pas lieu de constater un non-lieu à statuer.
Sur l'intérêt à agir :
4. Le SDIS du Territoire de Belfort fait valoir que la société requérante aurait refacturé à ses cocontractants bénéficiaires du service de téléassistance le coût des interventions effectuées à leurs domiciles respectifs. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante est intervenue dans le cadre d'un contrat de sous-traitance la liant à un installateur local pour lequel elle assure des prestations de téléassistance de sorte qu'elle n'a pas été amenée à facturer directement ses interventions aux bénéficiaires des interventions. En tout état de cause, elle justifie d'un intérêt à agir pour contester les titres de recette émis à son encontre. Chacun d'eux constitue, en effet, un acte juridique ayant force exécutoire, qui rend redevable son destinataire de la somme qui y est mentionnée à l'égard de la personne publique émettrice, sans que n'ait d'incidence la circonstance que la somme en cause soit ensuite facturée à un tiers par ce redevable. La fin de non-recevoir opposée à la requête, en tant qu'elle est présentée par la société requérante, ne saurait donc être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / Ils concourent, avec les autres services et professionnels concernés, à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l'évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu'aux secours et aux soins d'urgence. / Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : / 1° La prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile ; / 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours ; / 3° La protection des personnes, des animaux, des biens et de l'environnement ; / 4° Les secours et les soins d'urgence aux personnes ainsi que leur évacuation, lorsqu'elles : /a) Sont victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes / b) Présentent des signes de détresse vitale / c) Présentent des signes de détresse fonctionnelle justifiant l'urgence à agir ". Aux termes de l'article L. 1424-42 du même code : " I. - Les services d'incendie et de secours ne sont tenus de procéder qu'aux seules opérations de secours qui se rattachent directement à leurs missions de service public définies à l'article L. 1424-2. S'ils ont été sollicités pour des interventions ne se rattachant pas directement à l'exercice de leurs missions, ils peuvent différer ou refuser leur engagement afin de préserver une disponibilité opérationnelle pour les missions relevant du même article L. 1424-2. S'ils ont procédé à des interventions ne se rattachant pas directement à l'exercice de leurs missions, ils peuvent demander aux personnes physiques ou morales bénéficiaires ou demandeuses une participation aux frais, dans les conditions déterminées par délibération du conseil d'administration ". Aux termes de l'article L. 742-1 du code de la sécurité intérieure : " () Les opérations de secours sont constituées par un ensemble d'actions caractérisées par l'urgence qui visent à soustraire les personnes, les animaux, les biens et l'environnement aux effets dommageables d'accidents, de sinistres, de catastrophes, de détresses ou de menaces. Elles comprennent les opérations réalisées dans le cadre des missions définies à l'article L. 1424-2 du même code ".
6. Il résulte de ces dispositions combinées que les services d'incendie et de secours ne doivent supporter la charge que des interventions qui se rattachent directement aux missions de service public définies à l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales, au nombre desquelles figurent les secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, qui ne sauraient être facturées à ces dernières. Les interventions ne relevant pas directement de l'exercice de leurs missions de service public peuvent en revanche donner lieu à une participation aux frais des personnes qui en sont bénéficiaires, dans les conditions déterminées par le conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours.
7. La société requérante soutient, sans être contredite en défense, que le dispositif personnel d'alarme de ses clientes a émis un signal d'alerte le 24 octobre 2021 et les 1er et 14 janvier 2022, qu'en exécution du contrat produit au dossier, après avoir tenté, sans succès, de contacter ses clientes ainsi que les proches qu'elles avaient désignés, elle a alerté la régulation médicale d'urgence. Cette dernière a décidé de faire intervenir le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort au domicile de ces personnes. Ces interventions ont conduit à constater que celles-ci avaient déclenché leur alarme par inadvertance et ne nécessitaient aucun secours.
8. Au moment de lancer ces interventions, le SDIS du Territoire de Belfort a agi au titre de la mission de service public de secours aux personnes, au sens de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales. La circonstance que ces interventions se soient finalement révélées inutiles ne permet pas de les regarder, a posteriori, comme ne relevant pas de cette mission et par suite facturables à la personne secourue. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante n'aurait pas accompli les diligences qui lui incombent pour éviter des interventions inutiles et que ces interventions devaient être regardées comme ayant été sollicitées par cette société à son profit.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les titres exécutoires n° 25 et n° 27 du 10 février 2022 et n°145 du 10 décembre 2021 par le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort doivent être annulés. Par voie de conséquence, il y lieu de prononcer la décharge de la somme de 982 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Les titres exécutoires émis à l'encontre de la société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité n°25 et n° 27 du 10 février 2022 et n°145 du 10 décembre 2021 sont annulés.
Article 2 : La société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité est déchargée de l'obligation de payer la somme de 982 euros.
Article 3 : Le service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort versera à la société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Centre Départemental de Télésurveillance Sécurité et au service départemental d'incendie et de secours du Territoire de Belfort.
Copie en sera transmise, pour information, au centre des finances publiques du Territoire de Belfort.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
N. DieboldLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026