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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200829

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200829

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200829
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLAIRANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 12 mai et 16 novembre 2022, l'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage, représentées par Me Rigoreau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la commune de Besançon à leur verser respectivement les sommes de 37 950 euros et 9 512,50 euros au titre du manque à gagner ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Besançon une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à leur verser à chacune.

Les requérantes soutiennent que la notation du critère technique de leur offre est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et que cette erreur les a empêchées de remporter le marché en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la commune de Besançon, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que l'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage lui versent une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Besançon fait valoir qu'elle n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation dans le cadre de l'analyse du critère technique de leur offre.

Une note en délibéré a été enregistrée le 25 octobre 2023 pour l'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. C,

- les observations de M. B pour l'EURL B urbanisme et de Me Bouchoudjian pour la commune de Besançon.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Besançon a lancé une procédure d'appel d'offre ouvert en vue de l'attribution d'un accord cadre relatif à des prestations de services en architecture, urbanisme, paysage et en programmation urbaine, prestations d'ingénierie, d'expertises et de montage d'opération dans le cadre d'une étude urbaine des sites de Grette-Brulard et des Polygones. Les sociétés B urbanisme, Vidberg architecture et urbanisme, Digitale paysage et Artelia ville et transport, réunies en groupement avec pour mandataire B urbanisme, ont déposé une offre. Par un courrier en date du 17 décembre 2021, la commune de Besançon a informé le mandataire du groupement du classement de son offre en deuxième position et de l'attribution du marché au groupement Michel Gutmann et associés. Par un courrier en date du 21 mars 2022, l'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage ont exercé un recours indemnitaire auprès de la commune de Besançon, laquelle l'a rejeté par une décision du 11 avril 2022. Par la présente requête, l'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage demandent au tribunal de condamner la commune de Besançon à leur verser respectivement les sommes de 37 950 euros et 9 512,50 euros au titre du manque à gagner.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

2. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'irrégularité ayant, selon lui, affecté la procédure ayant conduit à son éviction, il appartient au juge, si cette irrégularité est établie, de vérifier qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute en résultant et les préjudices dont le candidat demande l'indemnisation.

Sur la régularité de la procédure de passation :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 2152-7 du code de la commande publique : " Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde () 2°) Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Il peut s'agir des critères suivants : / a) La qualité, y compris la valeur technique et les caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles, l'accessibilité, l'apprentissage, la diversité, les conditions de production et de commercialisation, la garantie de la rémunération équitable des producteurs, le caractère innovant, les performances en matière de protection de l'environnement, de développement des approvisionnements directs de produits de l'agriculture, d'insertion professionnelle des publics en difficulté, la biodiversité, le bien-être animal ; / b) Les délais d'exécution, les conditions de livraison, le service après-vente et l'assistance technique, la sécurité des approvisionnements, l'interopérabilité et les caractéristiques opérationnelles ; / c) L'organisation, les qualifications et l'expérience du personnel assigné à l'exécution du marché lorsque la qualité du personnel assigné peut avoir une influence significative sur le niveau d'exécution du marché () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 7.2 du règlement de la consultation du marché en litige : " La note technique variant de 0 à 60 points sera attribuée à chacune des offres. Pour chaque sous-critère évoqué [moyens humains et organisation interne ainsi que note méthodologique illustrée permettant d'apprécier les capacités de synthèse, de mobilisation des intervenants, et mettant en évidence des processus porteurs d'innovation dans l'aménagement, et des expertises dans les domaines de l'énergie, de la maîtrise des coûts des logements, et des infrastructures], une note sera attribuée à la note méthodologique () / 1-4 : Note incohérente et/ou imprécise, méthodologie non-compréhensible, un sous-calibrage notoire des moyens et du temps dédié, calendrier non respecté ; 5-7 : Note claire mais présentant quelques incohérences et des imprécisions, moyens humains insuffisants ; 8-9 : Offre détaillée et précise présentant une bonne compréhension des enjeux et exigences du cahier des charges ; 10 : Parfaite compréhension des enjeux, note synthétique très claire et complète, équipe et moyens suffisants mis à disposition, optimisation des plannings ".

S'agissant de l'évaluation du sous-critère intitulé " moyens humains et organisation du groupement " :

5. En l'espèce, l'offre du groupement Michel Guttman et associés a obtenu la note de 10 sur 10 tandis que l'offre du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes a obtenu la note de 7 sur 10. L'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage soutiennent que l'offre de leur groupement aurait dû se voir attribuer une note de 10 sur 10 compte tenu de leurs onze intervenants expérimentés et de leur expertise en matière de programmation dont elles ont déjà pu faire état dans le cadre de l'élaboration du programme d'aménagement de la route nationale 57.

6. Il est vrai qu'il résulte de l'instruction et notamment du document relatif à la présentation de l'équipe pédagogique du groupement B urbanisme que celui-ci dispose de nombreuses qualités en matière de programmation, ainsi que l'a d'ailleurs relevé la commune de Besançon dans les points positifs qu'elle lui a attribués. Toutefois, l'offre du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes n'a que très vaguement justifié de ses compétences en matière de montage d'opération se contentant d'indiquer que M. B " intervient également plus ponctuellement auprès des collectivités pour du Conseil sur du montage et de la conduite d'opération " et que M. A " a également acquis une expérience en montage des projets clefs en main ". Ainsi, aucun des onze intervenants précités n'apparaissait comme étant spécialisé, ce qui est corroboré par la circonstance, non contestée, que la phase 4 dédiée au montage opérationnel semble sous-évaluée. Dans ces conditions, l'offre du groupement présentait des imprécisions qui ne permettaient pas de regarder les moyens humains qu'il proposait comme suffisants. Par suite, la commune de Besançon a pu, sans erreur manifeste d'appréciation, attribuer à l'offre du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes une note de 7 sur 10 conformément à la méthode d'analyse des critères mentionnés dans le règlement de consultation. Au surplus, il résulte de l'instruction que l'appréciation de la valeur technique ne portait pas qu'exclusivement sur les moyens humains mais également sur l'organisation pour laquelle l'offre du groupement a présenté des phases considérées comme sous-évaluées, ce que les sociétés requérantes ne contestent pas. Elles peuvent ainsi être assimilées à des incohérences qui justifieraient à elles seules l'attribution de la note de 7 sur 10 conformément à la méthode d'analyse des critères mentionnée dans le règlement de consultation.

S'agissant de l'évaluation du sous-critère intitulé " note méthodologique illustrée permettant d'apprécier les capacités de synthèse, de mobilisation des intervenants, " :

7. En l'espèce, l'offre du groupement Michel Guttman et associés a obtenu la note de 10 sur 10 alors que l'offre du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes a obtenu la note de 6 sur 10. L'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage soutiennent que leur offre aurait dû se voir attribuer une note supérieure dès lors que, d'une part, le dispositif d'ateliers qu'elles ont proposé est régulièrement mis en œuvre par le groupement et ce avec succès et, d'autre part, que le nombre de scenarii n'avait pas à être précisé.

8. Tout d'abord, il est constant que la méthodologie d'ateliers itératifs avait été choisie dans le cadre de deux marchés antérieurs conclus avec la ville de Besançon ayant pour objet le tronçon routier urbain de la route nationale 57. Toutefois, cette seule référence à un projet différent et datant de près de neuf années ne peut suffire à établir que ce dispositif d'ateliers est régulièrement mis en œuvre avec succès alors que sa déclinaison concrète n'est pas détaillée dans l'offre du groupement ce qui démontre, une nouvelle fois, l'existence d'imprécisions. Ensuite, il résulte de l'instruction et notamment du cahier des charges qu'étaient souhaitées " plusieurs solutions d'ensemble traduisant les éléments majeurs du pré-programme revisité. Ces scénarii permettront notamment d'apprécier sous forme de schémas de principe : / - la localisation et la typologie des espaces, des équipements et leur vocation, / - l'infrastructure verte préalable à aménager et l'organisation viaire générale et ses liens avec les artères principales et le voisinage, / - les divers impacts du projet en termes de formes urbaines, de dessertes tous modes et de stationnement mais aussi en termes de nouveaux besoins induits (services, équipements publics, locaux d'activités etc.) / - une estimation du niveau de réponse apporté à l'ambition politique par le renseignement du référentiel comme pour chaque scénario ". Il était ainsi attendu que l'offre proposée présente plusieurs scénarii ce qui n'apparait pas clairement dans le cas de l'offre du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes, qui fait seulement mention " d'une hypothèse disruptive : habiter sans voiture individuelle " et " d'une nouvelle réalité à construire : la ville-nature ". Dans ces conditions, l'offre du groupement présente des imprécisions notamment dans la structure de son offre. Ces éléments justifient à eux seuls que la commune de Besançon ait pu, sans erreur manifeste d'appréciation, lui attribuer une note de 6 sur 10 conformément à la méthode d'analyse des critères mentionnée dans le règlement de consultation.

S'agissant de l'évaluation du sous-critère intitulé " , et mettant en évidence des processus porteurs d'innovation dans l'aménagement, " :

9. En l'espèce, l'offre du groupement Michel Guttman et associés a obtenu la note de 9 sur 10 alors que le groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes a obtenu la note de 6 sur 10. L'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage soutiennent que leur offre aurait dû se voir attribuer une note supérieure dès lors, d'une part, qu'elles ont entièrement répondu à la demande de la commune de Besançon quant à son objectif écologique de développement urbain bas carbone et, d'autre part, qu'elles ont proposé un référentiel en pré-programme avec des indicateurs de satisfaction de ses objectifs tout à fait adapté et déjà utilisé par la commune dans le cadre de l'élaboration du programme d'aménagement de la route nationale 57.

10. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du cahier des charges que les candidats étaient invités à proposer des solutions tendant vers un objectif de développement durable, en lien avec le bâti et non le transport, qui n'est qu'en lien avec " la présente étude " précisant que " dans tous les cas, malgré quelques ralentissements aux heures de pointe, l'automobile reste le moyen de transport performant privilégié des bisontins et grands bisontins ". Or les sociétés requérantes font mention d'une " rupture radicale " avec une " hypothèse forte posée comme postulat de départ de concevoir les futurs logements et aménagements sans voiture individuelle " ce qui apparait en incohérence avec le règlement de consultation. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment du cahier des charges que " la maitrise d'ouvrage réfléchit actuellement à la mise en place d'un référentiel de développement durable et d'adaptation au changement climatique à destination des aménageurs et des constructeurs traduisant l'ambition politique du mandat ". " Il s'agira d'un outil simple de cotation qui définira clairement les objectifs et pourra être utilisé dans toutes les négociations à venir pour rappeler les objectifs du projet urbain ". Les requérantes, en soutenant qu'elles ont proposé comme référentiel un pré-programme avec des indicateurs de satisfaction de ses objectifs, ne contestent pas utilement la critique selon laquelle l'offre du groupement n'a pas tenu compte du référentiel proposé par le maitre d'ouvrage. Par suite, l'ensemble de ces éléments justifie que la commune de Besançon ait pu, sans erreur manifeste d'appréciation, attribuer à l'offre du groupement une note de 6 sur 10 conformément à la méthode d'analyse des critères mentionnée dans le règlement de consultation.

S'agissant de l'évaluation du sous-critère intitulé " , des expertises dans les domaines de l'énergie, de la maîtrise des coûts des logements, et des infrastructures " :

11. En l'espèce, l'offre du groupement Michel Guttman et associés a obtenu la note de 10 sur 10 alors que l'offre du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes a obtenu la note de 5 sur 10. L'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage soutiennent que leur offre aurait dû se voir attribuer une note supérieure dès lors que la ville se contredit en constatant positivement que " tous les experts sont identifiés avec des tandems imaginés qui semblent dynamiques " tout en constatant qu'il n'y a " pas de développement particulier sur [les compétences dans les domaines de l'énergie, de la maîtrise des coûts des logements et des infrastructures] dans la note ".

12. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du document tenant à la présentation de l'équipe pédagogique du groupement auquel appartiennent les sociétés requérantes, que cette équipe ait particulièrement fait apparaitre une expertise dans les domaines de l'énergie, de la maitrise des coûts des logements et des infrastructures. Dans ces conditions, la commune de Besançon a pu, sans erreur manifeste d'appréciation, attribuer à l'offre du groupement une note de 5 sur 10 conformément à la méthode d'analyse des critères mentionnée dans le règlement de consultation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, la procédure de passation du contrat en litige n'étant affectée d'aucune irrégularité, les conclusions aux fins d'indemnisation de l'EURL B urbanisme et de la SARL Digitale paysage doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Besançon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que les sociétés requérantes demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

15. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de chacune des sociétés B urbanisme et Digitale paysage une somme de 750 euros au titre des frais exposés par la commune de Besançon.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL B urbanisme et de la SARL Digitale paysage est rejetée.

Article 2 : L'EURL B urbanisme et la SARL Digitale paysage verseront chacune à la commune de Besançon une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Besançon est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL B urbanisme et à la commune de Besançon.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

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