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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200887

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200887

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200887
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a été saisi par M. et Mme D d’une demande en décharge de cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de 2015. Ces impositions faisaient suite à la requalification en revenus distribués d’un avoir de 34 560 euros consenti par la SCCV Pro Immo Sevenans, correspondant à des travaux que les requérants avaient accepté de prendre en charge. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que les requérants ne produisaient pas de justificatifs suffisamment détaillés pour contester l’évaluation de l’administration fiscale, fondée sur des factures réelles pour des prestations similaires. La solution retenue s’appuie sur les articles 109 et 110 du code général des impôts relatifs aux revenus distribués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 mai 2022, le 17 avril 2023 et le 12 septembre 2023, M. C D et Mme A D, représentés par Me Ohana, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que le chiffrage du coût des travaux de pose des éléments de cuisine et de salle de bains et de pose des sous-couches, des crépis et de peinture pris en compte par l'administration fiscale au titre de l'avoir qui leur a été consenti par la société civile de construction vente (SCCV) Pro Immo Sevenans est inférieur à celui qu'aurait supporté la société si les travaux avaient été réalisés à la charge de celle-ci.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 décembre 2022 et le 31 août 2023, l'administrateur général des Finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, acquéreurs le 15 janvier 2015 auprès de la SCCV Pro Immo Sevenans d'un lot de studios dans le cadre de l'opération de vente en l'état futur d'achèvement d'un ensemble immobilier composé d'un bâtiment à usage d'habitation, ont donné leur accord pour prendre à leur charge les travaux de réalisation de sous-couches, de crépis, de peinture, de pose de meubles de cuisine et d'éléments de salle de bains, en raison du retard dans l'avancement de ces travaux initialement confiés à la SARL Excellimmo. La SCCV Pro Immo Sevenans a en conséquence émis le 21 juillet 2015 un avoir de 34 560 euros en leur faveur. A la suite de la vérification de comptabilité de la SCCV Pro Immo Sevenans, dans le cadre d'un contrôle sur pièces au titre des revenus et prélèvements sociaux de l'année 2015, M. et Mme D ont été assujettis à des cotisations supplémentaires au titre de l'impôt sur le revenu et au titre des prélèvements sociaux pour l'année 2015. Par la suite, toujours dans le cadre de la procédure de vérification de comptabilité de la SCCV Pro Immo, les conséquences financières pour cette société ont été modifiées et le montant des revenus distribués au bénéfice de M. et Mme D ont été ramenés de 34 560 euros à 27 494 euros après application d'un coefficient de 1,25 prévu par les dispositions du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts. Un rehaussement pour un montant total, en droits et pénalités, de 11 067 euros a été mis en recouvrement le 30 septembre 2021 à l'encontre de M. et Mme D. Ces derniers ont contesté l'intégralité de cette somme par une réclamation préalable du 4 novembre 2021 que l'administration fiscale a rejetée par décision du 31 mars 2022. Par la présente requête, M. et Mme D demandent la décharge de ces impositions supplémentaires, soit la somme de 11 067 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de son article 110 du code général des impôts : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe II du même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées. ".

3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a assujetti M. et Mme D à une cotisation supplémentaire fondée sur un avoir consenti par la SCCV Pro Immo Sevenans dans le cadre de la vente d'un lot de cinq studios. Le chiffrage de cette somme considérée comme des revenus distribués par le service en raison de son caractère surévalué, correspond selon les requérants au coût des travaux de pose d'éléments de cuisine, de salles de bains, de sous-couches, de crépis et de peinture qu'ils ont assumés et équivaut aux frais que la SCCV Pro Immo Sevenans aurait effectivement dû assumer si elle avait fait exécuter ces travaux à sa charge.

4. Toutefois, en premier lieu, pour contester l'évaluation de l'administration en ce qui concerne la pose des éléments de cuisine, fondée sur le prix unitaire de 297,12 euros facturé les 8 juillet et 26 août 2015 par la société INNOV CREATIVE ayant réalisé ces travaux dans vingt autres logements de l'immeuble, les requérants produisent deux devis différents, datés l'un du 30 mai 2015, l'autre du 6 juin 2015. Ils se prévalent ensuite de la réalisation des travaux de pose par M. D et chiffrent la pose d'une cuisine à un montant de 1 800 euros TTC. Ils soutiennent également que les prestations laissées à leur charge étaient différentes de celles prises en référence par l'administration. Ils estiment en conséquent que l'avoir est justifié pour la pose de cinq cuisines.

5. Ce faisant, d'une part, ils ne fournissent aucune facture suffisamment détaillée venant à l'appui de leurs affirmations et susceptible de remettre en cause le montant unitaire de 300 euros par cuisine, fixé par le service sur la base des factures établies pour les autres studios du même immeuble. D'autre part, ils ne contestent pas dans leurs écritures que l'avoir émis en leur faveur devait être calculé en fonction de ce que les travaux auraient coûté à la société SCCV Pro Immo Sevenans, et non pas en fonction de ce qu'ils auraient coûté à ses clients, s'ils les avaient fait faire eux-mêmes.

6. En second lieu, s'agissant des éléments de salle de bains, les requérants soutiennent que le coût de pose de ces éléments s'établit à 1 200 euros TTC, en se basant sur un devis établi par la société BHM et sur une estimation de travaux fournie par M. B, architecte, établie pour le même montant en date du 13 janvier 2022. Ils produisent à ce titre un devis faisant apparaître le coût de pose des éléments qui inclut aussi le coût de pose des douches, alors que l'avenant au contrat de réservation qu'ils ont signé le 20 juin 2015 n'en fait pas état, et se limite au montage et à l'installation des meubles de salles de bains incluant miroir, luminaire, meuble sous vasque, vasque, robinetterie, WC et divers petits accessoires. Enfin, aucune facture correspondant à la pose des éléments de salles de bains dans les autres logements de l'immeuble n'est produite au dossier afin de remettre en cause le montant unitaire de 300 euros par salle de bains retenu par l'administration fiscale par référence au coût de pose des cuisines.

7. En tout état de cause, s'agissant des coûts de pose tant des équipements de cuisine que des équipements de salle de bains, l'évaluation réalisée en janvier 2022 par M. B, architecte mandaté par la SCCV Pro Immo Sevenans, alors que les travaux ont été réalisés à l'été 2015, laquelle ne précise pas la composition et l'actualisation des coûts qu'elle chiffre, ne permet pas, quand bien même ce professionnel serait expert près la cour d'appel de Nancy, de revenir sur l'évaluation proposée par l'administration fiscale.

8. Enfin, s'agissant du coût de pose des sous-couches, des crépis et de la peinture, les surfaces concernées ne sont pas contestées par les parties et s'établissent à un total de 378 m2 dont pour les murs 262,07 m2 et les plafonds 115,75 m2. Pour ce qui concerne le prix appliqué, l'administration fiscale l'a évalué à 25 euros HT/m2 pour les murs et à 35 euros/m2 pour les plafonds, à partir des tarifs en vigueur sur des sites internet professionnels dont elle a retiré une part de 30 % correspondant à la peinture déjà fournie par la SCCV Pro Immo Sevenans aux propriétaires. Par ailleurs, il est constant que l'avenant au contrat de réservation, signé le 20 juin 2015 par M. et Mme D, par lequel ils acceptent de prendre à leur charge ces travaux, n'indique pas qu'ils auraient également accepté de prendre en charge l'achat de la peinture. En conséquence de ces éléments, le service a chiffré à 8 905 euros TTC le coût de ce poste de travaux.

9. Pour remettre en cause ce chiffrage, les requérants se fondent à nouveau sur l'estimation effectuée par M. B en 2022, soit plus de 6 ans après la réalisation des travaux, qui retient un prix de 50 euros/m2 et sur la base des prix de l'entreprise Peinture Sonntag qui comporte la mention " prix actualisés 2018 ". En outre, la facturation de cette dernière entreprise englobe des prestations de fourniture et de pose alors que la SCCV Pro Immo Sevenans a fourni la peinture. Il s'ensuit qu'en l'état de leurs écritures, M. et Mme D n'apportent pas d'éléments permettant de contredire l'estimation proposée par le service.

10. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que le chiffrage du coût des travaux de pose des éléments de cuisine, de salles de bains, de sous-couches, de crépis et de peinture est inférieur à celui retenu par la SCCV Pro Immo Sevenans pour établir les avoirs consentis à M. et Mme D, et qu'elle était donc fondée à prononcer les rehaussements en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D et à l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre Est.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Goyer Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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