mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200962 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 juin 2022, le 17 avril 2023 et le 12 septembre 2023, Mme C E, liquidateur au nom de la société civile de construction vente (SCCV) Pro D, représentée par Me Ohana, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le chiffrage du coût des travaux de pose des éléments de cuisine et de salle de bains et de pose des sous-couches, crépis et peinture pris en compte par l'administration fiscale au titre des avoirs qu'elle a consentis à deux acquéreurs est inférieur à celui qu'aurait supporté la société s'ils avaient été réalisés à sa charge ;
- la prise en charge par la société des frais de contrôle technique d'un véhicule après la cession à des tiers du véhicule concerné relève d'une obligation du vendeur et doit être admise en déduction de charges.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 décembre 2022 et le 31 août 2023, l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debat, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCCV Pro D, dans le cadre de l'opération de vente en l'état futur d'achèvement d'un ensemble immobilier composé d'un bâtiment à usage d'habitation, a confié à la SARL Excellimmo les travaux de réalisation de sous-couches, de crépis, de peinture, de pose de meubles de cuisine et d'éléments de salle de bains. M. et Mme E et M. et Mme B se sont portés acquéreurs chacun d'un lot de studios. En raison d'un retard dans l'avancement des travaux, et suite à leur accord pour les prendre à leur charge, la SCCV Pro D a émis le 21 juillet 2015 des avoirs en faveur de M. et Mme E pour un montant de 32 640 euros et en faveur de M. et Mme B pour un montant de 34 560 euros. La SCCV Pro D a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issue de cette vérification, l'administration fiscale a notifié à la société, par une proposition de rectification du 18 juillet 2018, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015. A la suite du recours hiérarchique du 17 décembre 2018 et de l'interlocution du 8 avril 2019, les conséquences financières pour la SCCV Pro D ont été modifiées. Le montant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 a ainsi été ramené à 7 777 euros, et le montant des cotisations supplémentaires au titre de l'impôt sur les sociétés pour les exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016 à 6 103 euros, ces impositions étant assorties d'intérêts de retard pour un montant de 548 euros. Un rehaussement pour un montant total, en droits et pénalités, de 14 428 euros a été mis en recouvrement le 30 juillet 2021 à l'encontre de la SCCV Pro D. Cette dernière a contesté l'intégralité de cette somme par une réclamation préalable du 12 octobre 2021 que l'administration fiscale a rejetée par décision du 4 avril 2022. Par la présente requête, la SCCV Pro D représentée par son liquidateur, Mme C E, demande la décharge de ces impositions supplémentaires pour un montant total de 14 428 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 272 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a été perçue à l'occasion de ventes ou de services est imputée ou remboursée dans les conditions prévues à l'article 271 lorsque ces ventes ou services sont par la suite résiliés ou annulés ou lorsque les créances correspondantes sont devenues définitivement irrecouvrables. / () / L'imputation ou la restitution est subordonnée à la justification, auprès de l'administration, de la rectification préalable de la facture initiale. () ". Aux termes de son article 38 : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable réalisant des opérations soumises à la taxe sur la valeur ajoutée et tenant une comptabilité hors taxes qui, avant la clôture d'un exercice, n'a ni enregistré certaines créances acquises sur ses clients pendant un exercice pour leur montant total correspondant au prix convenu et les encaissements correspondants éventuellement intervenus, ni déclaré et acquitté spontanément la taxe sur la valeur ajoutée afférente à ces opérations par versement au Trésor ou compensation avec son crédit de taxe déductible, a minoré son résultat imposable de cet exercice non seulement du montant hors taxe de ces opérations mais du montant de la taxe y afférente.
3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a assujetti la SCCV Pro D à des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015, fondés sur les avoirs qu'elle a consentis à M. et Mme E et à M. et Mme B dans le cadre de la vente de lots de studios. Le chiffrage de cette somme correspond selon la requérante au coût des travaux de pose d'éléments de cuisine, de salles de bains, de sous-couches, de crépis et de peinture que les acheteurs ont assumés et équivaut aux frais qu'elle aurait effectivement dû assumer si elle avait fait exécuter ces travaux à sa charge.
4. Toutefois, en premier lieu, pour contester l'évaluation de l'administration en ce qui concerne la pose des éléments de cuisine, fondée sur le prix unitaire de 297,12 euros facturé les 8 juillet et 26 août 2015 par la société INNOV CREATIVE ayant réalisé ces travaux dans vingt autres logements de l'immeuble, la requérante produit deux devis différents, datés l'un du 30 mai 2015, l'autre du 6 juin 2015. Elle se prévaut ensuite de la réalisation des travaux de pose par M. B et M. E et chiffre la pose d'une cuisine à un montant de 1 800 euros TTC. Elle soutient également que les prestations laissées à la charge des acheteurs étaient différentes de celles prises en référence par l'administration. Elle estime en conséquent que l'avoir est justifié pour la pose des cuisines concernées.
5. Ce faisant, d'une part, elle ne fournit aucune facture suffisamment détaillée venant à l'appui de ses affirmations et susceptible de remettre en cause le montant unitaire de 300 euros par cuisine, fixé par le service sur la base des factures établies pour les autres studios du même immeuble. D'autre part, elle ne conteste pas dans ses écritures que les avoirs émis en faveur de M.et Mme B et de M. et Mme E devaient être calculés en fonction de ce que les travaux lui auraient coûté, et non pas en fonction de ce qu'ils auraient coûté à ses clients s'ils les avaient fait faire eux-mêmes.
6. En second lieu, s'agissant des éléments de salle de bains, la requérante soutient que le coût de pose de ces éléments s'établit à 1 200 euros TTC, en se basant sur un devis établi par la société BHM et sur une estimation de travaux fournie par M. A, architecte, en date du 13 janvier 2022 établie pour le même montant. Elle produit à ce titre un devis faisant apparaître le coût de pose des éléments qui inclut aussi le coût de pose des douches, alors que l'avenant aux contrats de réservation signés par M. et Mme B et M. et Mme E le 20 juin 2015 n'en font pas état et se limitent au montage et à l'installation des meubles de salles de bains incluant miroir, luminaire, meuble sous vasque, vasque, robinetterie, WC et divers petits accessoires. Enfin, aucune facture correspondant à la pose des éléments de salles de bains dans les autres logements de l'immeuble n'est produite au dossier afin de remettre en cause le montant unitaire de 300 euros par salle de bains retenu par l'administration fiscale par référence au coût de pose des cuisines.
7. En tout état de cause, s'agissant des coûts de pose tant des équipements de cuisine que des équipements de salle de bains, l'évaluation réalisée en janvier 2022 par M. A, architecte mandaté par la requérante, alors que les travaux ont été réalisés à l'été 2015, laquelle ne précise pas la composition et l'actualisation des coûts qu'elle chiffre, ne permet pas, quand bien même ce professionnel serait expert près la cour d'appel de Nancy, de revenir sur l'évaluation proposée par l'administration fiscale.
8. Enfin, en ce qui concerne le coût de pose des sous-couches, des crépis et de la peinture, s'agissant des surfaces, leur chiffrage dans les studios acquis par M. et Mme B n'est pas contesté par les parties et s'établit à un total de 378 m2 dont pour les murs 262,07 m2 et les plafonds 115,75 m2. S'agissant des studios acquis par M. et Mme E, pour calculer les surfaces concernées, alors que la requérante fait valoir une surface totale de 337,82 m², l'administration fiscale retient une surface de 146,75 m², dont 94,2 m² pour les murs et 52,55 m² pour les plafonds. Elle détermine ce chiffrage après avoir a retiré des surfaces à peindre celle des murs de deux studios et des plafonds de deux autres studios, en se fondant sur les factures établies par la société Peinture Sonntag qui a procédé à des travaux de peinture dans les deux premiers studios et posé des plafonds tendus dans les deux autres studios. Dès lors que les factures produites ne permettent pas d'établir que les travaux de peinture et de pose des plafonds n'auraient pas concerné les salles de bains et les cuisines mais uniquement les " pièces à vivre ", comme le soutient la requérante, le calcul des surfaces auquel a procédé l'administration apparaît ainsi justifié.
9. Pour ce qui concerne le prix appliqué, l'administration fiscale l'a évalué à 25 euros HT/m2 pour les murs et à 35 euros/m2 pour les plafonds, à partir des tarifs en vigueur sur des sites internet professionnels dont elle a retiré une part de 30 % correspondant à la peinture déjà fournie par la SCCV Pro D aux propriétaires. Par ailleurs, il est constant que les avenants aux contrats de réservation, signés le 20 juin 2015 par M. et Mme B et M. et Mme E, par lesquels ils acceptent de prendre à leur charge ces travaux, n'indiquent pas qu'ils auraient également accepté de prendre en charge l'achat de la peinture. En conséquence de ces éléments, le service a chiffré à 13 518 euros TTC le coût de ce poste de travaux.
10. Pour remettre en cause ce chiffrage, la requérante se fonde à nouveau sur l'estimation effectuée par M. A en 2022, soit plus de 6 ans après la réalisation des travaux, qui retient un prix de 50 euros/m2 et sur la base des prix de l'entreprise Peinture Sonntag qui comporte la mention " prix actualisés 2018 ". En outre, la facturation de cette dernière entreprise englobe des prestations de fourniture et de pose alors que la SCCV Pro D a fourni la peinture. Il s'ensuit qu'en l'état de ses écritures, la SCCV Pro D n'apporte pas d'éléments permettant de contredire l'estimation proposée par le service.
11. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que le chiffrage du coût des travaux de pose des éléments de cuisine, de salles de bains, de sous-couches, de crépis et de peinture est inférieur à celui retenu par la SCCV Pro D pour établir les avoirs consentis à M. et Mme E et à M. et Mme B, et qu'elle était donc fondée à prononcer les rehaussements en litige.
12. En second lieu, il résulte de l'instruction que la SCCV Pro D a pris à sa charge les frais du contrôle technique, réalisé le 16 mars 2016, du véhicule qu'elle a cédé le 15 février 2016 à M. et Mme E. Il s'ensuit que dès lors que la requérante n'était plus propriétaire du véhicule à la date du paiement de ces frais, l'administration fiscale a pu à bon droit considérer que les charges correspondantes ne pouvaient être déduites du résultat imposable de la société.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SCCV Pr D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCCV Pro D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, liquidateur de la SCCV Pro D, et à l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre Est.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Goyer Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. Debat
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026