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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201147

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201147

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201147
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, M. D B, agissant en qualité de représentant légal de son fils A B, représenté par Me Erdem, demande au tribunal :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 juin 2022 par laquelle la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon a confirmé la décision du chef d'établissement du lycée Armand Peugeot de Valentigney refusant d'orienter son fils A en première générale ou à défaut en première STMG, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au chef d'établissement du lycée Armand Peugeot de Valentigney de réexaminer la situation d'Alhan B en lui proposant notamment un passage en première STMG ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'urgence est constituée et qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée dès lors :

- qu'elle est insuffisamment motivée au même titre que la décision initiale du chef d'établissement,

- qu'elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'une note de 18/20 en SVT pour le 3e trimestre aurait été omise,

- qu'elle révèle un défaut d'examen de la demande d'orientation en première STMG faite à titre subsidiaire lors du recours préalable obligatoire,

- que la sous-commission et le chef d'établissement n'ont pas tenu compte pour prendre leurs décisions de l'état de santé d'Alhan, du nombre insuffisant de ses notes sur l'année scolaire écoulée et de sa progression au cours de l'année.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas établie et qu'en tout état de cause, les moyens soulevés par le requérant ne suffisent pas à faire naître un doute sérieux sur la légalité de sa décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête enregistrée le 13 juillet 2022 sous le n° 2201149 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation nationale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Chiappinelli, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Erdem, représentant M. B ;

- les observations de Mme E, représentant la rectrice de l'académie de Besançon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 17 juin 2022, la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon a confirmé la décision du chef d'établissement du lycée Armand Peugeot de Valentigney d'orienter A B en première sciences et technologies de l'agronomie et du vivant (STAV) pour l'année scolaire 2022/2023 et non pas en classe de première générale comme le souhaitait son père. Par la présente requête, M. B sollicite la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La décision contestée doit prendre effet à la rentrée scolaire et, compte tenu de sa portée et de l'ensemble de la situation du jeune A B, est de nature à avoir des conséquences graves sur le déroulement de sa scolarité, auxquelles une annulation dans le cours de l'année scolaire ne pourrait remédier que partiellement. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le requérant est fondé à se prévaloir d'une situation d'urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

4. Aux termes de l'article L. 331-8 du code de l'éducation : " La décision d'orientation est préparée par une observation continue de l'élève. Le choix de l'orientation est de la responsabilité de la famille ou de l'élève quand celui-ci est majeur. Tout désaccord avec la proposition du conseil de classe fait l'objet d'un entretien préalable à la décision du chef d'établissement. Si cette dernière n'est pas conforme à la demande de l'élève ou de sa famille, elle est motivée. La décision d'orientation peut faire l'objet d'une procédure d'appel ". Aux termes de l'article D. 331-32 du même code : " Les demandes d'orientation sont examinées par le conseil de classe qui prend en compte l'ensemble des informations réunies par ses membres sur chaque élève ainsi que les éléments fournis par l'équipe pédagogique dans les conditions précisées par l'article R. 421-51. Le conseil de classe émet des propositions d'orientation, dans le cadre des voies d'orientation définies par l'arrêté mentionné à l'article D. 331-36 () ". Aux termes de l'article D. 331-34 du même code : " Lorsque les propositions ne sont pas conformes aux demandes, le chef d'établissement, ou son représentant, reçoit l'élève et ses parents ou l'élève majeur, afin de les informer des propositions du conseil de classe et de recueillir leurs observations. Le chef d'établissement présente, à cette occasion, les recommandations émises par le conseil de classe dans les conditions définies à l'article D. 331-32. Le chef d'établissement prend ensuite les décisions d'orientation dont il informe l'équipe pédagogique, et les notifie aux parents de l'élève ou à l'élève majeur () Les décisions non conformes aux demandes font l'objet de motivations signées par le chef d'établissement. Les motivations comportent des éléments objectifs ayant fondé les décisions, en termes de connaissances, de capacités et d'intérêts. Elles sont adressées aux parents de l'élève ou à l'élève majeur qui font savoir au chef d'établissement s'ils acceptent les décisions ou s'ils en font appel, dans un délai de trois jours ouvrables à compter de la réception de la notification de ces décisions ainsi motivées ". Aux termes de l'article D. 331-35 du même code : " En cas d'appel, le chef d'établissement transmet à la commission d'appel les décisions motivées ainsi que tous éléments susceptibles d'éclairer cette instance. Les parents de l'élève ou l'élève majeur qui le demandent sont entendus par la commission. L'élève mineur peut être entendu à sa demande, avec l'accord de ses parents. Les décisions prises par la commission d'appel valent décisions d'orientation définitives. Pour les élèves des classes de troisième et de seconde, lorsque la décision d'orientation définitive n'obtient pas l'assentiment des représentants légaux de l'élève ou de l'élève majeur, ceux-ci peuvent demander le maintien dans le niveau de classe d'origine, conformément aux dispositions de l'article D. 331-37 () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision d'orientation prise par le chef d'établissement du lycée Armand Peugeot de Valentigney le 9 juin 2022 qu'à l'issue de son entretien avec le père d'Alhan le même jour, il a refusé l'orientation de ce dernier en première générale ou en première technologique mention STMG pour l'orienter en première technologique mention STAV. Le requérant ayant fait appel le même jour de cette décision, il a rédigé le 11 juin un courrier à l'appui de son appel dans lequel il a demandé, à titre principal, l'orientation de son fils en première générale et, à titre subsidiaire, son orientation en première STMG. La sous-commission d'appel de l'académie de Besançon était donc saisie d'un appel formé par M. B contre la décision orientant son fils en première STAV et lui refusant une orientation en première générale ou première STMG et ce nonobstant la circonstance que l'orientation d'Alhan B en première STMG n'ait jamais été demandée par ses représentants légaux dans la " fiche de dialogue pour l'orientation en classe de seconde ".

6. D'autre part, il ressort de la décision prise le 17 juin 2022 par la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon que le recours de M. B a été rejeté pour le motif suivant : " l'année de seconde n'a pas permis d'acquérir les connaissances et compétences nécessaires à l'entrée en première générale sereinement ".

7. La première STMG étant une classe de première technologique et non générale, M. B est fondé à soutenir qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée en tant qu'elle n'a pas examiné la possibilité d'orienter A B en première STMG. Par suite, le requérant est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.

8. En l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués par M. B contre la décision attaquée en tant qu'elle a confirmé le refus du chef d'établissement du lycée Armand Peugeot de Valentigney d'orienter A B en première générale n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à son motif, la suspension de la décision du 17 juin 2022 de la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon implique seulement mais nécessairement que cette commission se réunisse à nouveau et statue sur la possibilité d'orienter A B en classe de première technologique STMG. A cet effet, la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon devra s'être réunie, s'être prononcée et en avoir informé le requérant avant le 30 août 2022 de façon à pouvoir ensuite disposer du temps nécessaire pour inscrire A B dans un établissement scolaire pour la rentrée 2022.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative, le versement à M. B de la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 17 juin 2022 de la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon orientant A B en classe de première STAV est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie de provoquer une nouvelle délibération de la sous-commission d'appel de l'académie de Besançon afin de réexaminer la situation d'Alhan B et de se prononcer sur la possibilité d'orienter A B en classe de première technologique STMG et d'en informer ses parents avant le 30 août 2022.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à la rectrice de l'académie de Besançon.

Fait à Besançon le 20 juillet 2022.

Le juge des référés,

A. CLa greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne à la rectrice de l'académie de Besançon en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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