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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201186

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201186

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDGK AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 juillet 2022, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par l'EURL Lomberget.

Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Dijon le 8 juin 2022, l'EURL Lomberget, représentée par Me Kovac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2022 par laquelle le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, d'une part, a annulé l'enregistrement de sa déclaration d'activité en date du 25 octobre 2012 et, d'autre part, lui a ordonné de verser au Trésor public la somme de 3 834,69 euros au titre des dépenses non rattachables à l'activité de formation professionnelle ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer l'enregistrement d'une déclaration de son activité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans ce même délai à compter de cette même notification et sous cette même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EURL Lomberget soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 6361-5 et L. 8112-1 du code du travail dès lors qu'il n'est pas justifié de ce que les agents ayant effectué le contrôle étaient membres soit du corps des inspecteurs du travail, soit du corps des contrôleurs du travail, ni qu'ils étaient régulièrement assermentés et commissionnés à cet effet ;

- l'annulation de l'enregistrement de la décision d'activité est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le versement au Trésor public d'un montant de 3 834,69 euros au titre des dépenses non rattachables à l'activité de formation professionnelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par l'EURL Lomberget ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Lomberget, créée en 2012, dispense des formations professionnelles notamment dans le domaine de la naturopathie humaine et animale. Les 11, 12 et 19 octobre 2021, elle a fait l'objet d'un contrôle administratif et financier de son activité pour la période allant du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. Le rapport de contrôle, daté du 1er décembre 2021, a été notifié le 9 décembre 2021 à l'EURL qui a présenté ses observations. Par une décision du 10 février 2022, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, d'une part, a annulé l'enregistrement de sa déclaration d'activité en date du 25 octobre 2012 et, d'autre part, lui a ordonné de verser au Trésor public la somme de 3 834,69 euros au titre des dépenses non rattachables à l'activité de formation professionnelle. Le 6 avril 2022, l'intéressée a formé contre cette décision un recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, l'EURL Lomberget demande l'annulation du rejet de ce recours pris le 19 avril 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure de contrôle :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 11 février 2022, publié au recueil des actes administratifs du 18 février 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté a subdélégué sa signature à M. B, responsable du pôle " Economie Emploi Compétences Solidarités ", et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. Comte, chef du service régional de contrôle de la formation professionnelle, pour l'exercice des missions de la direction, dans la limite de ses attributions. La décision attaquée ne fait pas partie des décisions visées à l'article 3 dudit arrêté, qui demeurent soumises à la signature du préfet de région. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B était en congés du 19 au 22 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 6361-5 du code du travail : " Sans préjudice des attributions propres des corps d'inspection compétents à l'égard des établissements concernés, les contrôles prévus au présent titre sont réalisés par les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les inspecteurs de la formation professionnelle et les agents de la fonction publique de l'Etat de catégorie A placés sous l'autorité du ministre chargé de la formation professionnelle, formés préalablement pour assurer les contrôles prévus au présent titre, assermentés et commissionnés à cet effet () ". Aux termes de l'article L. 8112-1 du même code : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail sont membres soit du corps des inspecteurs du travail, soit du corps des contrôleurs du travail jusqu'à l'extinction de leur corps () ".

4. Les agents ayant procédé au contrôle de l'EURL Lomberget sont Mmes D et Million et M. A, respectivement agent de la fonction publique de l'Etat de catégorie A, inspectrice et inspecteur du travail, tous régulièrement assermentés conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 6361-5 et L. 8112-1 du code du travail doit être écarté.

En ce qui concerne l'annulation de l'enregistrement de la déclaration d'activité :

5. Aux termes de l'article L. 6353-5 du code du travail : " Dans le délai de dix jours à compter de la signature du contrat, le stagiaire peut se rétracter par lettre recommandée avec avis de réception ". Aux termes de l'article L. 6353-6 du même code : " Aucune somme ne peut être exigée du stagiaire avant l'expiration du délai de rétractation prévu à l'article L. 6353-5. / Il ne peut être payé à l'expiration de ce délai une somme supérieure à 30 % du prix convenu. / Le solde donne lieu à échelonnement des paiements au fur et à mesure du déroulement de l'action de formation ".

6. En se bornant à soutenir que le délai de rétractation prévu par le code du travail figure dans le modèle de son contrat type, l'EURL Lomberget ne conteste pas sérieusement le manquement qui lui est reproché consistant à avoir exigé une somme antérieurement au délai de rétractation, en violation des dispositions de l'article L. 6353-6 du code du travail. En outre, si elle soutient respecter les dispositions précitées, la société requérante ne remet pas utilement en cause les constatations de l'administration selon lesquelles à de nombreuses reprises le paiement intégral était effectué avant la fin de la formation. Dans ces conditions, le préfet, en annulant l'enregistrement de la déclaration d'activité de l'EURL Lomberget, n'a commis aucune erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la mise à la charge de l'EURL Lomberget d'une somme de 3 834,69 euros :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 6362-5 du code du travail : " Les organismes mentionnés à l'article L. 6361-2 sont tenus, à l'égard des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 6361-5 : / 1° De présenter les documents et pièces établissant l'origine des produits et des fonds reçus ainsi que la nature et la réalité des dépenses exposées pour l'exercice des activités conduites en matière de formation professionnelle ; / 2° De justifier le bien-fondé de ces dépenses et leur rattachement à leurs activités ainsi que la conformité de l'utilisation des fonds aux dispositions légales et réglementaires régissant ces activités. / A défaut de remplir ces conditions, les organismes font, pour les dépenses ou les emplois de fonds considérés, l'objet de la décision de rejet prévue à l'article L. 6362-10 ".

8. Il résulte des dispositions précitées du code du travail qu'il appartient à l'administration d'apprécier, au regard des pièces produites par la société sur laquelle pèse la charge de la preuve et sous le contrôle du juge, la réalité des activités conduites en matière de formation professionnelle continue.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 6313-1 du code du travail : " Les actions concourant au développement des compétences qui entrent dans le champ d'application des dispositions relatives à la formation professionnelle sont : / 1° Les actions de formation ; / 2° Les bilans de compétences ; / 3° Les actions permettant de faire valider les acquis de l'expérience, dans les conditions prévues au livre IV de la présente partie ; / 4° Les actions de formation par apprentissage, au sens de l'article L. 6211-2 ". Aux termes de l'article L. 6353-1 du même code : " Pour la réalisation des actions mentionnées à l'article L. 6313-1, une convention est conclue entre l'acheteur et l'organisme qui les dispense, selon des modalités déterminées par décret ". Aux termes de l'article R. 6351-2 de ce code : " L'organisme prestataire se déclare auprès du préfet de région compétent à raison soit du lieu de son principal établissement, soit du lieu où est assurée sa direction effective, soit du lieu de son siège social ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le libellé figurant en comptabilité n'étant pas suffisamment explicite pour vérifier le bien-fondé des dépenses et leur rattachement à l'activité de formation professionnelle, les agents de contrôle ont procédé à un examen aléatoire des factures relatives à ces postes de dépenses qui a révélé qu'aucune d'elles ne comportait de justification. La société requérante, en se bornant à indiquer à quoi correspondent ces factures, sans en apporter aucun commencement de preuve, tant lors du contrôle que dans le cadre de la présente instance, ne justifie pas du bien-fondé de ces dépenses et de leur rattachement à ses activités. Par ailleurs, l'intéressée n'établit ni même n'allègue que les 29 formateurs sous-traitants intervenant pour son compte disposent d'un numéro de déclaration d'activité en tant que prestataires de formation professionnelle alors que, conformément aux articles L. 6353-1 et R. 6351-2 du code du travail, toute personne qui réalise des prestations prévues à l'article L. 6313-1 du code du travail dépose auprès de l'autorité administrative une déclaration d'activité. Dans ces conditions, le préfet, en mettant à la charge de l'EURL Lomberget la somme de 3 834,69 euros, n'a commis aucune erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que l'EURL Lomberget n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 avril 2022. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par l'EURL Lomberget, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EURL Lomberget demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Lomberget est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Lomberget et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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