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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201389

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201389

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201389
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL ANNE LAGARRIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Ailloncourt à lui verser une indemnité totale d'un montant de 23 039,02 euros en raison des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts de retard au taux légal à compter du 14 avril 2022 et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ailloncourt une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la commune d'Ailloncourt a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui délivrant un permis de construire irrégulier ;

- elle a également commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité, l'arrêté du 6 janvier 2022 étant entaché de détournement de pouvoir ;

- la responsabilité sans faute de la commune doit être engagée sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques eu égard au préjudice spécial et anormal qu'il subit ;

- il a subi un préjudice financier qui justifie une indemnisation à hauteur de 18 039,02 euros ;

- il a subi un préjudice au titre des troubles dans ses conditions d'existence qui justifie une indemnisation à hauteur de 5 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet et 3 août 2023, la commune d'Ailloncourt, représentée par Me Lagarrigue, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. A lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- elle n'a commis aucune faute ;

- le préjudice subi par l'intéressé n'est pas anormal et spécial.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. C,

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 juin 2021, la maire de la commune d'Ailloncourt a délivré à M. A un permis de construire en vue de la construction d'un bâtiment agricole de stockage et de stationnement de matériel forestier de 303,59 mètres carrés sur les parcelles cadastrées . Par un arrêté en date du 6 janvier 2022, la maire de la commune d'Ailloncourt a interdit aux véhicules de plus de 3,5 tonnes d'emprunter ou de circuler sur la rue de la Corne et sur l'accès prenant sa source rue de la Corne. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune d'Ailloncourt à lui verser une indemnité totale d'un montant de 23 039,02 euros en raison des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions aux fins de condamnation :

2. Les mesures légalement prises, dans l'intérêt général, par les autorités de police peuvent ouvrir droit à réparation sur le fondement du principe de l'égalité devant les charges publiques au profit des personnes qui, du fait de leur application, subissent un préjudice anormal, grave et spécial.

En ce qui concerne le préjudice financier :

3. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 6 janvier 2022, la maire de la commune d'Ailloncourt a interdit aux véhicules de plus de 3,5 tonnes d'emprunter ou de circuler sur la rue de la Corne laquelle constitue l'unique voie d'accès au terrain desservant le bâtiment autorisé par le permis de construire délivré le 3 juin 2021 à M. A. Ce bâtiment n'ayant pour objet que d'accueillir le matériel forestier de M. A, dont il n'est pas contesté qu'il ne comporte que des engins de plus de 3,5 tonnes ou des dispositifs roulants nécessitant d'être tractés par ce type d'engins, ce dernier a mis fin à la poursuite de sa construction. Il en résulte que cet arrêté, qui est la cause directe de l'arrêt des travaux entamés, a causé un préjudice au requérant qui avait commencé ces travaux alors que la rue de la Corne qui dessert sa parcelle ne faisait pas l'objet d'une interdiction de circulation aux véhicules de plus de 3,5 tonnes. Ce préjudice, constitué des frais qu'il a exposés pour débuter les travaux de sa construction, revêt un caractère grave et spécial et ne saurait, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement à M. A. Il doit être évalué, compte tenu notamment des justifications produites par l'intéressé, lesquelles ne sont pas utilement contestées par la commune d'Ailloncourt, à la somme totale de 18 039,02 euros.

En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence :

4. M. A soutient que son hangar était destiné à stocker les engins qu'il utilise dans le cadre de son activité d'entrepreneur de travaux forestiers et que, faute de pouvoir terminer les travaux, son matériel est actuellement stocké en plein air et ainsi exposé aux intempéries. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que son matériel soit actuellement stocké dans ces conditions. Ainsi, le préjudice invoqué ne saurait être regardé comme certain. Par suite, la réalité de son préjudice n'est pas établie.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la condamnation de la commune d'Ailloncourt à lui verser une somme de 18 039,02 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

6. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".

7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

8. Le requérant a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 18 039,02 euros à compter du 14 avril 2022, date de la réception de sa demande préalable par la commune d'Ailloncourt. La capitalisation des intérêts a été demandée par M. A le 9 août 2022, au moment de l'enregistrement de sa requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 14 avril 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Ailloncourt demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Ailloncourt une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Ailloncourt est condamnée à payer à M. A une somme de 18 039,02 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 14 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 : La commune d'Ailloncourt versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune d'Ailloncourt présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Ailloncourt.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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