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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201436

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201436

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201436
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2022, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le président du département de la Haute-Saône a rejeté son recours concernant la notification d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période de septembre 2020 à mai 2021 mis à sa charge par la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Saône.

M. A soutient que le département de la Haute-Saône a commis une erreur d'appréciation, a méconnu le principe d'" égalité républicaine " et qu'il est victime d'une discrimination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le département de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête et à ce que soit ordonné le recouvrement de sa créance.

Le département de la Haute-Saône soutient que le moyen invoqué par le requérant n'est pas fondé.

Par un courrier du 27 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles du département de la Haute-Saône dès lors que l'administration ne peut demander au tribunal de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 avril 2022, la CAF de la Haute-Saône a décidé de récupérer auprès de M. A le paiement d'un indu de RSA d'un montant de 1 830 euros pour la période allant du 1er septembre 2020 au 31 mai 2021. Par une décision du 1er juillet 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Saône a rejeté la contestation du bien-fondé de l'indu formulée par le requérant le 12 mai 2022. Par le présent recours, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur le cadre juridique applicable :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur le litige :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

4. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ". L'article R. 262-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. Il résulte de l'instruction qu'entre le 30 juillet 2019 et le 17 décembre 2020, M. A a bénéficié de la part de ses parents du versement à dix reprises de sommes comprises entre 300 et 600 euros et qu'il a également bénéficié du versement d'une somme de 18 000 euros de la part de son père. Compte-tenu du caractère régulier et du montant de ces versements, les sommes perçues ne peuvent être regardées comme des aides et secours financiers énumérés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles. Elles devaient donc être prises en compte pour déterminer les droits au RSA du requérant. Si M. A fait valoir sa bonne foi en indiquant n'avoir pas été informé du caractère déclaratoire de ces sommes sur ses déclarations trimestrielles de ressources, cette circonstance, à la supposer établie, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de l'indu mis à la charge de l'intéressé. Par ailleurs, si M. A se prévaut du principe " d'égalité républicaine " et de l'existence d'une discrimination, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, c'est à bon droit que les aides perçues par M. A, pour un montant total de 21 700 euros, ont été prises en compte dans le calcul de ses ressources pour la détermination du montant de ses droits au RSA.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les conclusions reconventionnelles du département de la Haute-Saône :

7. Le département de la Haute-Saône, qui dispose du pouvoir de recouvrer ses créances, n'est pas recevable à demander au juge administratif d'ordonner le recouvrement d'office de sa créance. Les conclusions présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par le département de la Haute-Saône sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de la Haute-Saône.

Une copie du jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Saône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

A. PernotLa greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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