mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201514 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. D A et Mme C A, représentés par Me Ohana, demandent au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018 et des majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le redressement effectué au titre des traitements et salaires n'est pas justifié dès lors que les écarts de montants s'expliquent d'une part, par le décalage entre la date de clôture de l'exercice social de la société Brechbuhl au cours duquel sont comptabilisées les rémunérations et l'année civile, et d'autre part, par une prime allouée à M. A en 2015 dont le versement a été comptabilisé en 2016 ;
- les sommes perçues par M. A par chèques ou par virements de la société Brechbuhl correspondent à des rémunérations régulièrement allouées par la société à son fils B, dont celui-ci a disposé pour effectuer des avances à son père ;
- le chèque de 550 euros perçu par Mme A correspond au remboursement d'une somme qu'elle a avancée à la société.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Diebold, première conseillère, pour présider la première chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la société Brechbuhl, dont M. et Mme A sont associés, ceux-ci ont été destinataires d'un avis d'imposition supplémentaire sur le revenu au titre des années 2016, 2017 et 2018. Ils ont présenté une réclamation le 15 décembre 2021, sollicitant un dégrèvement total de cette imposition supplémentaire. Cette réclamation a été expressément rejetée par l'administration le 29 août 2022. M. et Mme A ont saisi le tribunal et demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018, ainsi que des majorations pour manquement délibéré et manœuvres frauduleuses qui leur ont été appliquées.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge () ". Aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu () ".
3. Pour procéder aux rehaussements litigieux, l'administration a relevé que les sommes figurant au crédit du compte courant d'associé de M. A dans la société Brechbuhl, à savoir 40 134 euros au titre de l'année 2016 et 10 900 euros au titre de l'année 2017, révélaient, par rapport aux montants déclarés, un écart à hauteur de, respectivement, 10 223 euros et 3 427 euros. Pour contester la réintégration de ces sommes dans leur revenu imposable, les requérants font valoir que ces écarts s'expliquent d'une part, par le décalage entre la date de clôture de l'exercice social de la société Brechbuhl au cours duquel sont comptabilisées les rémunérations et l'année civile et d'autre part, par l'octroi d'une prime à M. A en 2015, déjà imposée au titre de cette année, et comptabilisée en 2016. Toutefois, les requérants n'apportent aucun élément, notamment comptable, à l'appui de leurs allégations, à l'exception d'un procès-verbal d'une délibération du conseil d'administration de la société Brechbuhl du 31 mars 2016 faisant état d'une prime versée à M. A d'un montant de 12 379,57 euros brut, non assorti d'éléments permettant d'établir la réalité et la date de ce versement dont le montant ne correspond pas, en tout état de cause, aux écarts constatés. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé les sommes litigieuses entre les mains de M. et Mme A au titre des traitements et salaires.
4. En second lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts, relatif aux revenus de capitaux mobiliers imposables au titre de l'impôt sur le revenu : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Est qualifié d'avantage occulte au sens de ces dispositions la mise à disposition d'un tiers par une société de sommes sans contrepartie ni comptabilisation explicite de l'avantage ainsi octroyé. L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être qualifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précitées, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet apparent et l'identité du co-contractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause. L'administration, à qui la charge de la preuve incombe, peut établir l'existence d'un tel avantage soit qu'il n'a fait l'objet d'aucune inscription régulière dans la comptabilité de l'entreprise, permettant d'identifier son objet ou sa nature et sa valeur, soit qu'il serait constitutif d'une libéralité. Il lui appartient dans ce cas d'établir soit l'absence de toute contrepartie, soit l'existence d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien ou du service octroyé en contrepartie d'une part, et une intention libérale des parties compte tenu des conditions de l'opération ou de l'acte à l'origine de celle-ci d'autre part.
5. Pour procéder aux rehaussements litigieux, l'administration a relevé que M. et Mme A ont perçu des chèques et virements sans contrepartie pour la société, dont les montants ont été inscrits dans la comptabilité au titre du paiement de diverses charges ou au titre de la rémunération de M. B A, dirigeant de la société et fils des requérants. Ceux-ci font valoir que certains de ces montants correspondent en réalité à une avance que M. B A aurait consentie à son père par prélèvement sur des sommes lui revenant au titre de ses propres salaires. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces avantages, que les requérants ne contestent pas avoir appréhendés, n'ont pas fait l'objet d'une inscription régulière dans la comptabilité de l'entreprise permettant d'en identifier l'objet, et ont été octroyés sans aucune contrepartie pour la société. Dès lors, la circonstance, à la supposer établie, que ces montants correspondraient à une avance consentie par leur fils prélevée sur ses propres revenus n'est pas de nature à écarter la qualification de rémunérations et avantages occultes applicable aux versements litigieux. De même, si les requérants font valoir que le chèque de 550 euros perçu par Mme A correspond au remboursement d'une somme qu'elle avait avancée à la société, ils n'assortissent cette allégation d'aucun élément de nature à l'établir. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré que ces sommes devaient être imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts.
Sur les pénalités :
6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : () / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ".
7. En premier lieu, pour justifier l'existence d'un manquement délibéré justifiant l'application de la majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration a relevé, d'une part, que s'agissant des encaissements qui correspondraient à des avances effectuées par M. B A, la comptabilité de la société Brechbuhl n'indiquait pas que le bénéficiaire était M. D A, et que, ce n'est qu'en obtenant la copie des chèques et virements inscrits en comptabilité que le service vérificateur a pu mettre en évidence l'identité du véritable bénéficiaire. D'autre part, s'agissant des cotisations d'assurance, l'administration a relevé que celles-ci ont été prises en charge par la société Brechbuhl au bénéfice de M. et Mme A pour assurer leurs véhicules utilisés à des fins exclusivement personnelles et qu'elles n'ont fait l'objet d'aucun remboursement par ceux-ci malgré l'erreur comptable qu'ils allèguent. Au vu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de M. et Mme A d'éluder l'impôt et, par suite, du bien-fondé de la pénalité qui leur a été appliquée.
8. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a motivé la majoration de 80 % prévue par les dispositions citées ci-dessus du c. de l'article 1729 du code général des impôts qu'elle a appliquée aux rehaussements correspondants aux revenus provenant de charges fictives et d'une facture fictive au nom de la société Delectro Integration SA, en relevant que ces charges étaient dépourvues de toute réalité et n'ont été portées en comptabilité que pour dissimuler les libéralités accordées par la société à M. A et les présenter comme une opération régulière, et que M. A a bénéficié de revenus provenant d'une facture fictive émise par une société dont il est par ailleurs membre du conseil d'administration. A cet égard, M. et Mme A ne contestent pas utilement, ni la matérialité des faits sur lesquels l'administration fiscale s'est fondée pour prononcer la majoration en litige, ni leur intention délibérée, qui en résulte, de percevoir des revenus issus de charges et d'une facture fictives et d'égarer, par une manipulation des écritures comptables, l'administration fiscale dans son pouvoir de contrôle. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a fait application des dispositions citées ci-dessus du c. de l'article 1729 du code général des impôts.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018, ainsi que des majorations pour manquement délibéré et manœuvres frauduleuses qui leur ont été appliquées.
Sur les frais liés au litige :
10. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, partie perdante, les conclusions présentées par les requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A,Mme C A et à l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre Est.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Diebold, première conseillère faisant fonction de présidente ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La première conseillère faisant fonction de présidente,
N. DieboldLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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