mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201757 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAZARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 octobre 2022 et 27 août 2024, la société Enedis, représentée par Me Maurice, demande au tribunal :
1°) de condamner la société Colas France à lui verser la somme de 14 834,31 euros en réparation des préjudices consécutifs aux travaux réalisés par cette société, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 novembre 2019 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la société Colas France une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de la société Colas France est engagée, dès lors qu'elle-même a la qualité de tiers par rapport aux travaux réalisés par cette société, qui sont directement à l'origine des désordres occasionnés ;
- elle a respecté ses obligations issues des dispositions de l'article R. 554-26 du code de l'environnement ;
- la société Colas France n'a pas respecté les règles de l'art, en ce qu'elle n'a pas pris toutes les précautions nécessaires afin d'éviter d'endommager l'ouvrage et n'a pas tenu compte de l'environnement et des indices visibles permettant d'envisager la présence de cet ouvrage ;
- elle a subi un préjudice résultant de l'indemnisation de la société BD Concept, victime de la surtension engendrée par la coupure du câble souterrain, à hauteur de 14 834,31 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, la société Colas France, représentée par Me Lazari, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à l'exonération partielle de sa responsabilité et à la limitation de l'indemnisation aux préjudices liés de façon directe et certaine au dommage en litige, ainsi qu'à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Enedis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le câble endommagé ne constitue pas un branchement au sens des dispositions règlementaires applicables ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors que la société Enedis a commis plusieurs fautes à l'origine du dommage : le câble en litige était enfoui à une profondeur insuffisante et il n'était pas indiqué sur le plan joint au récépissé de la DICT ;
- le préjudice allégué ne présente pas de lien de causalité direct et certain avec le dommage qu'elle a causé au câble.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. En 2017, la société Colas France est intervenue pour le compte de la communauté d'agglomération Grand Besançon Métropole afin de créer un réseau d'assainissement des eaux sur le territoire de la commune de Mamirolles. Le 23 novembre 2017, alors qu'elle procédait à des travaux de dégagement de la chaussée au moyen d'une trancheuse dans la rue du Noret, la société Colas France a endommagé un câble électrique appartenant au réseau public de distribution d'électricité concédé à la société Enedis. Par la présente requête, la société Enedis demande au tribunal de condamner la société Colas France à lui verser une somme de 14 834,31 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'ouvrage délégué, et les constructeurs chargés des travaux, sont responsables solidairement à l'égard des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du constat contradictoire de dommages réalisé le 24 novembre 2017, que dans le cadre de l'opération de travaux qui lui a été confiée par la communauté d'agglomération Grand Besançon Métropole, la société Colas France a endommagé un câble électrique appartenant au réseau de distribution d'électricité dont la société Enedis est concessionnaire, en le sectionnant avec une trancheuse. Le lien de causalité entre le dommage et l'exécution de ces travaux est ainsi établi. Par suite, la société Enedis est fondée, en sa qualité de tiers, à rechercher la responsabilité sans faute de la société Colas France.
4. Toutefois, aux termes de l'article R. 554-25 du code de l'environnement : " I. - L'exécutant des travaux adresse une déclaration d'intention de commencement de travaux à chacun des exploitants d'ouvrages en service mentionnés à l'article précédent et dont la zone d'implantation est touchée par l'emprise des travaux () ". Aux termes de l'article R. 554-26 du même code, dans sa version alors en vigueur : " I. ' Les exploitants sont tenus de répondre, sous leur responsabilité, dans le délai de sept jours, jours fériés non compris, après la date de réception de la déclaration d'intention de commencement de travaux dûment remplie. Ce délai est porté à neuf jours, jours fériés non compris, lorsque la déclaration est adressée sous forme non dématérialisée. Dans le cas où il est fait usage de la faculté prévue au IV de l'article R. 554-25, le délai de réponse est fixé conformément aux dispositions du I de l'article R. 554-22. La réponse, sous forme d'un récépissé, est adressée à l'exécutant des travaux qui a fait la déclaration. Elle lui apporte toutes informations utiles pour que les travaux soient exécutés dans les meilleures conditions de sécurité, notamment celles relatives à la localisation des ouvrages existants considérés, à une échelle et avec un niveau de précision appropriés, et celles relatives aux précautions spécifiques à prendre selon les techniques de travaux prévues et selon la nature, les caractéristiques et la configuration de ces ouvrages. Elle indique, le cas échéant, la référence des chapitres applicables du guide technique mentionné à l'article R. 554-29 relatifs aux travaux effectués à proximité d'ouvrages spécifiques et les moyens de les obtenir. Elle signale, le cas échéant, les dispositifs importants pour la sécurité qui sont situés dans l'emprise des travaux. / () II. ' L'exploitant peut, à son initiative ou en application de l'arrêté prévu au V du présent article, apporter tout ou partie des informations nécessaires, notamment celles relatives à la localisation de l'ouvrage, dans le cadre d'une réunion sur site. Dans ce cas, il prend contact avec le déclarant dans le délai maximal indiqué au I du présent article pour convenir d'un rendez-vous avec lui. Si le déclarant ne souhaite pas un rendez-vous à brève échéance, il prend l'initiative d'un nouveau contact avec l'exploitant pour la prise de rendez-vous. Pour les ouvrages présentant des enjeux importants en termes de sécurité justifiés par leurs caractéristiques propres ou par leurs conditions d'insertion dans l'environnement, ce mode opératoire est obligatoire, sauf s'il a été déjà appliqué en réponse à la déclaration de projet de travaux. / () ".
5. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 15 février 2012 pris en application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'environnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de distribution : " Les exploitants qui établissent les récépissés visés aux articles R. 554-22 et R. 554-26 du code de l'environnement indiquent la précision de la localisation géographique des différents tronçons en service de leur ouvrage concernés par le récépissé, selon les trois classes de précision définies à l'article 1er. Ils indiquent également, le cas échéant, les ouvrages ou tronçons d'ouvrages pour lesquels existait une profondeur minimale réglementaire d'enfouissement à la date à laquelle ils ont été implantés. Pour ces ouvrages ou tronçons d'ouvrages, ils signalent, le cas échéant, les tronçons qui ne respectent pas la profondeur réglementaire d'enfouissement ainsi que le risque de modification de la profondeur réelle lorsqu'ils ont connaissance d'informations à ce sujet liées aux travaux ou activités effectués au droit de l'ouvrage postérieurement à sa construction. () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " I. - Dans le cas où l'exploitant fournit des plans avec le récépissé de déclaration, il applique les dispositions suivantes : / 1° Il fournit un plan des ouvrages ou tronçons d'ouvrages qu'il exploite dans l'emprise des travaux indiquée par le déclarant. Ce plan est coté, à une échelle assurant la lisibilité nécessaire, cohérente avec la classe de précision, tronçon par tronçon, et avec l'échelle du plan fourni par le déclarant ; / () 3° Lorsque le récépissé mentionne l'existence d'une règle de profondeur minimale à la date de pose de l'ouvrage ou de certains tronçons de l'ouvrage, le plan mentionne cette profondeur réglementaire pour chacun des tronçons concernés et, le cas échéant, les tronçons qui ne respectent pas cette profondeur minimale / () / 5° Le plan comporte l'indication des classes de précision des différents tronçons en service représentés () ".
6. Enfin, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 27 décembre 2016 portant approbation des prescriptions techniques prévues à l'article R. 554-29 du code de l'environnement et modification de plusieurs arrêtés relatifs à l'exécution de travaux à proximité des réseaux : " Les fascicules 1 et 3 du guide d'application de la réglementation anti-endommagement intitulés respectivement dispositions générales et formulaires et autres documents pratiques, dans leur version 1 de décembre 2016, sont approuvés en application de l'article 24 de l'arrêté du 15 février 2012 susvisé, et publiés sur le téléservice www.reseaux-et-canalisations.gouv.fr. ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Le fascicule 2 du guide d'application de la réglementation anti-endommagement intitulé guide technique des travaux, dans sa version 2 de décembre 2016, est approuvé en application des dispositions de l'article R. 554-29 du code de l'environnement, et publié in extenso, et fiche technique par fiche technique, sur le téléservice www.reseaux-et-canalisations.gouv.fr ".
7. Pour s'exonérer de sa responsabilité, la société Colas France fait valoir que la société Enedis a commis une première faute en fournissant, en réponse à sa déclaration d'intention de commencement des travaux (DICT), un plan sur lequel le câble électrique en litige ne figurait pas, et une seconde faute en enfouissant ce câble à seulement 55 centimètres de profondeur, alors que la profondeur réglementaire minimale mentionnée sur le récépissé de la DICT est de 65 centimètres.
8. En premier lieu, il résulte effectivement de l'instruction que la société Enedis n'a pas représenté l'ouvrage endommagé sur le plan joint au récépissé de la DICT, et s'est bornée à indiquer sur ce récépissé que " des branchements sans affleurant ou (et) aéro-souterrain sont susceptibles d'être dans l'emprise travaux ". Cette carence, alors que les dispositions précitées prévoient l'obligation pour l'exploitant du réseau électrique d'apporter toutes informations utiles, notamment relatives à la localisation des ouvrages existants, avec un niveau de précision approprié, constitue une faute qui, en l'espèce, peut être regardée comme étant directement à l'origine du dommage causé à l'ouvrage.
9. Par ailleurs, en deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le récépissé et le plan qui y était annexé indiquaient une profondeur réglementaire minimale de 65 centimètres, et qu'" à titre indicatif et sauf mention expresse, les ouvrages souterrains ont été construits à une profondeur moyenne de 0,50 m sous le trottoir ou accotement et de 0,85 m sous chaussée ". Ces documents ne précisaient pas qu'un câble pouvait ne pas respecter cette profondeur sur le tronçon de la chaussée en litige. Ainsi, dès lors que le câble sectionné par la société Colas était enfoui sous la chaussée à une profondeur de 55 centimètres, cette erreur doit être regardée comme ayant été de nature à tromper l'entrepreneur chargé des travaux et son employé. Elle constitue donc également une faute qui peut être regardée comme étant directement à l'origine des dommages causés à l'ouvrage.
10. En troisième lieu, s'il résulte de l'instruction que le coffret lié au câble endommagé était visible sur les lieux, il n'était pas représenté sur le plan annexé au récépissé de la DICT. En outre, il ressort des plans joints à la DICT que son emplacement le long du réseau principal ne laissait pas supposer l'existence du branchement supplémentaire qui a été sectionné. Ainsi, la société Enedis n'est pas fondée à soutenir que la présence de ce coffret ainsi que le grillage avertisseur situé au-dessus du câble endommagé présentaient des indices suffisants pour alerter la société Colas France de la nécessité d'observer une prudence particulière dans les distances d'approche du réseau, quand bien même le récépissé de la DICT mentionnait que " des branchements sans affleurant ou (et) aéro-souterrain sont susceptibles d'être dans l'emprise travaux ", ainsi qu'il a été dit au point précédent.
11. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et notamment aux fautes commises par la société Enedis, il n'y a pas lieu de retenir la responsabilité de la société Colas France. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société Enedis doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Colas, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Enedis demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Enedis une somme au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Enedis est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Colas France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Enedis et à la société Colas France.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer La présidente,
F. Michel
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026