mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201929 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FIDAL / BESANCON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) L'Aurore, représentée par Me Bos, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021, ainsi que des intérêts de retard correspondants ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle avait l'intention de fournir une prestation de location meublée para-hôtelière dès l'engagement de la construction et de l'aménagement de la maison située 991 chemin de Briargues à Saint-Siffret ;
- elle est en droit de déduire la taxe sur la valeur ajoutée sur les dépenses liées à la construction et à l'aménagement de cette maison dès lors que les conditions prévues par les dispositions du b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts sont remplies ;
- elle méconnaît la doctrine fiscale référencée BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-20 n° 40.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un courrier du 16 septembre 2024, les parties ont été informées que le jugement à intervenir était susceptible de se fonder, pour statuer sur les conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée présentées par la SASU L'Aurore, sur l'interprétation des dispositions de l'article 261 D du code général des impôts issue de l'avis contentieux n° 471877 du 5 juillet 2023 du Conseil d'Etat et selon laquelle il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'impôt, d'apprécier au cas par cas si un établissement proposant une location de logements meublés, eu égard aux conditions dans lesquelles cette prestation est offerte, notamment la durée minimale du séjour et les prestations fournies en sus de l'hébergement, se trouve en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, et communiqué à la SASU l'Aurore, la directrice départementale des finances publiques du Doubs a présenté des observations sur ce moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'avis contentieux du Conseil d'Etat du 5 juillet 2023, n° 471877 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) L'Aurore, dont l'objet social est notamment la construction, l'acquisition et la gestion d'immeubles ou de terrains, a acquis un terrain situé sur le territoire de la commune de Saint Siffret, et a obtenu un permis de construire une maison individuelle à usage d'habitation sur ce terrain le 29 novembre 2019. En 2021, elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2018 au 30 juin 2020, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée au 30 juin 2021, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 24 janvier 2022, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déduite au titre de la période courant du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021 sur les dépenses liées à la construction et à l'aménagement de cette maison. Les rappels ont été mis en recouvrement le 29 juillet 2022 à hauteur de 47 002 euros en droits et 149 euros au titre des pénalités. La réclamation de la société, datée du 30 août 2022, a fait l'objet d'une décision de rejet le 27 novembre 2022. Par la présente requête, la SASU L'Aurore demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / Toutefois, les personnes qui effectuent des opérations occasionnelles soumises à la taxe sur la valeur ajoutée n'exercent le droit à déduction qu'au moment de la livraison. / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. / II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / () c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services ; / () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent n'est pas déductible si ces biens et services ne sont pas utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables. Il incombe à celui qui demande la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée d'établir que les conditions pour en bénéficier sont remplies, l'administration fiscale pouvant exiger que l'intention déclarée de commencer des activités économiques donnant lieu à des opérations imposables soit confirmée par des éléments objectifs.
4. D'autre part, aux termes de l'article 261 D du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : / () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle. / () ".
5. Cet article, qui fixe les critères de la taxation des prestations de location de logements meublés, doit être interprété, pour le respect des objectifs énoncés par les dispositions de l'article 135 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée (sixième directive), telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, de manière à garantir que ne soient exonérés du paiement de la taxe que des assujettis dont l'activité ne remplit pas la ou les fonctions essentielles d'une entreprise hôtelière et qui ne sont donc pas en concurrence potentielle avec ces dernières entreprises. La circonstance que le loueur d'un logement meublé délègue à un tiers la fourniture des prestations mentionnées au b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts, que sont le petit-déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception de la clientèle, ne fait pas obstacle à ce qu'il soit soumis à la taxe sur la valeur ajoutée en application de ces dispositions lorsque la prestation est proposée dans des conditions similaires à celles proposées dans le secteur hôtelier et que l'exploitant demeure seul responsable de cette prestation vis-à-vis de ses clients.
6. Par ailleurs, le b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts a pour effet d'inclure dans le champ de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée qu'il prévoit toute mise à disposition d'un local meublé qui n'est pas assortie de l'offre, par l'exploitant, d'au moins trois des quatre services que constituent la fourniture du petit-déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture du linge de maison et la réception de la clientèle. Ces dispositions sont ainsi susceptibles d'entraîner l'exonération de locations de logements meublés au seul motif que deux de ces prestations accessoires ne sont pas offertes à la clientèle dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements hôteliers, alors que le cumul de trois de ces quatre prestations n'apparaît pas systématiquement indispensable pour que de telles locations puissent, selon le contexte dans lequel elles sont proposées, être regardées comme se trouvant en concurrence avec le secteur hôtelier. Par suite, ce b est incompatible avec les objectifs de l'article 135 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 en tant qu'il subordonne la soumission à la taxe sur la valeur ajoutée des activités de mise à disposition d'un local meublé ou garni à la condition que soient proposées au moins trois des quatre prestations accessoires qu'il énumère, dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements hôteliers. En revanche, ces dispositions demeurent compatibles avec les objectifs dudit article en tant qu'elles excluent de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient les activités se trouvant dans une situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
7. Il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'impôt, d'apprécier au cas par cas si un établissement proposant une location de logements meublés, eu égard aux conditions dans lesquelles cette prestation est offerte, notamment la durée minimale du séjour et les prestations fournies en sus de l'hébergement, se trouve en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
8. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que la demande de permis de construire déposée le 5 septembre 2019 concernait la construction d'une maison individuelle à usage d'habitation à titre de résidence principale. Par ailleurs, selon les termes du compte-rendu d'entretien du 8 novembre 2021, qui a été communiqué à M. A, dirigeant de la société requérante, le 15 décembre 2021 par courriel, ce dernier a déclaré que cette maison était destinée à la location à la semaine, au mois ou à l'année, qu'il ne s'agissait pas d'une résidence hôtelière mais d'une location meublée, que les draps et le linge de toilette seraient fournis mais qu'il n'y aurait aucune personne sur place, et qu'une agence interviendrait pour remettre les clés et établir l'état des lieux d'entrée et de sortie. Ce compte-rendu, ainsi que les devis versés au dossier par la société requérante, démontrent qu'elle n'a commencé à effectuer des démarches pour rechercher l'agence qui réaliserait ces prestations qu'à compter de l'année 2022, soit postérieurement au contrôle. Enfin, l'administration fait valoir sans être contestée que l'adresse de la maison est depuis le 1er juillet 2022 l'adresse du siège social de la SASU L'Aurore et depuis le 16 juin 2022 l'adresse personnelle de M. A. Dans ces conditions, la SASU L'Aurore n'établit pas qu'elle avait l'intention d'exercer une activité de location meublée para-hôtelière de la maison située au 991 chemin de Briargues à Saint-Siffret à la date des déductions de taxe sur la valeur ajoutée en litige.
9. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de l'instruction, en particulier du seul devis détaillé versé au dossier, que la SASU L'Aurore prévoit un prix de location à la semaine de 6 000 euros, auquel s'ajoute un forfait de ménage et de blanchisserie à hauteur de 465 euros, qui comprend un ménage en début et en fin de séjour et un nettoyage du linge de maison une fois par semaine. Le forfait ménage à mi-séjour serait proposé au client sur option et au prix de 210 euros supplémentaires. Si ce devis indique que le ménage et la blanchisserie pourraient être également réalisés à la demande du client, il ne précise pas selon quelles modalités. En outre, la réception de la clientèle semble seulement consister en un état de lieux d'entrée et de sortie et " des échanges avec les locataires ", sans qu'aucun document versé au dossier ne précise le degré de disponibilité de la gestionnaire responsable de ces prestations. La société requérante n'apporte par ailleurs aucun élément sur la durée minimale de séjour proposée aux clients ou sur les modalités de location de son bien, notamment sur les possibilités de location par chambre, alors que la maison est composée de onze pièces, dont cinq chambres. Enfin, il est constant que la société requérante ne compte pas proposer de petit déjeuner, ni aucun autre service de restauration. Dans ces conditions, la SASU L'Aurore ne peut être regardée comme se trouvant en situation de concurrence potentielle future avec les entreprises hôtelières. Dès lors, le moyen tiré de ce que les opérations de location auraient dû être assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions précitées de l'article 261 D du code général des impôts doit être écarté. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé, en application de l'article 271 du code général des impôts, que la taxe sur la valeur ajoutée liée aux dépenses de construction et d'aménagement de la maison appartenant à la SASU L'Aurore n'était pas déductible.
10. En second lieu, à supposer ce moyen soulevé, la SASU L'Aurore n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous les références BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-20 n°40, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SASU L'Aurore aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021, ainsi que des intérêts de retard correspondants, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge une somme à verser à la SASU L'Aurore au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU L'Aurore est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée unipersonnelle L'Aurore et à la directrice départementale des finances publiques du Doubs.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026