mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201975 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 décembre 2022, Mme B, représentée par Me Rollet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une somme globale de 383 760,76 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de son accouchement intervenu le 2 avril 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers frais de l'instance.
Elle soutient que :
- lors de son accouchement réalisé par césarienne le 2 avril 2014, elle a été victime d'un accident médical non fautif, en raison de l'incarcération de rameaux nerveux sensitifs dans le tissu cicatriciel de la partie droite de la césarienne, lui ayant occasionné des douleurs persistantes et invalidantes ainsi qu'un syndrome de stress post-traumatique ;
- cet accident médical non fautif lui ouvre droit à l'indemnisation de ses préjudices au titre de la solidarité nationale par l'ONIAM ;
- elle est en droit d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices temporaires, à savoir : un déficit fonctionnel temporaire total à hauteur de 138 euros, des souffrances endurées à hauteur de 1 500 euros et un préjudice esthétique temporaire à hauteur de 1 500 euros ;
- elle est également en droit d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices permanents, à savoir : un déficit fonctionnel permanent à hauteur de 144 000 euros, un préjudice esthétique permanent à hauteur de 1 500 euros, un préjudice sexuel à hauteur de 50 000 euros, des préjudices permanents exceptionnels à hauteur de 100 000 euros, des frais d'assistance par tierce personne à hauteur de 16 074,76 euros pour les années 2018 et 2019 et 23 024 euros pour les années 2019 à 2022, des dépenses de santé et frais d'aménagement du cadre de vie à hauteur de 31 052,86 euros pour les années 2018 et 2019 et 14 971,14 pour les années 2020 à 2022 ;
Par un mémoire enregistré le 13 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône déclare qu'elle n'entend pas intervenir dans le cadre de la présente instance.
Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2023, l'Hôpital Nord Franche-Comté, représenté par Me Mayer-Blondeau, sollicite sa mise hors de cause.
Il fait valoir qu'aucune faute en lien avec les préjudices de Mme B n'a été commise.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2024, l'ONIAM, représenté par Me Saumon, conclut à ce que l'indemnisation des préjudices subis par madame B soit ramenée aux montants de 90 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 1 191 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 811 euros au titre du préjudice esthétique permanent, à l'exclusion de tout autre chef de préjudice, et au rejet de la demande formulée par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- Mme B a reçu une indemnisation provisionnelle de ses préjudices à hauteur de 43 184,72 euros, aux termes de deux protocoles d'indemnisation transactionnelle des 31 janvier et 23 octobre 2018 ;
- seule la fibrose cicatricielle survenue dans les suites de la césarienne du 2 avril 2014 est constitutive d'un accident médical non fautif indemnisable par la solidarité nationale ;
- les prétentions indemnitaires de Mme B doivent être réduites à de plus justes proportions strictement imputables à l'accident médical non fautif identifié.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Emmonin, substituant Me Mayer-Blondeau, pour l'Hôpital Nord Franche-Comté.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 avril 2014, Mme B a été prise en charge par l'Hôpital Nord Franche-Comté pour un accouchement par césarienne. Des suites de son accouchement, Mme B a présenté des douleurs persistantes et invalidantes au niveau de la cicatrice de la césarienne, ainsi qu'un syndrome de stress post-traumatique. Le 22 mars 2017, Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Franche-Comté d'une demande d'indemnisation. A la demande de la CCI, deux expertises médicales ont été menées contradictoirement par le docteur C, qui a rendu son rapport le 11 juillet 2017, puis par les docteurs Merger et Saad, qui ont rendu leur rapport le 13 octobre 2021. L'ONIAM a adressé à Mme B une proposition d'indemnisation le 29 novembre 2022 sur le fondement des deux avis favorables émis les 19 septembre 2017 et 8 décembre 2021 par la CCI de Franche-Comté, lesquels concluaient à un accident médical non fautif indemnisable au titre de la solidarité nationale. Mme B a ensuite saisi le tribunal aux fins d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices par l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale.
2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que selon le rapport d'expertise déposé le 11 juillet 2017 par le docteur C, désigné par la CCI de Franche-Comté, Mme B a été victime, lors de son accouchement le 2 avril 2014, d'une complication non fautive, rare mais connue, consistant à l'incarcération de rameaux nerveux sensitifs dans le tissu cicatriciel de la partie droite de la césarienne qu'elle a subie. Une seconde expertise, également diligentée par la CCI de Franche-Comté, a donné lieu à un rapport déposé le 13 octobre 2021 par les docteurs Merger et Saad. Elle conclut à ce même diagnostic et fixe la date de consolidation de l'état de Mme B au 20 mars 2018.
4. Toutefois, d'une part, les conclusions de ces deux expertises ne précisent pas la nature et l'ampleur du risque auquel Mme B était exposée en l'absence de césarienne, ni le pourcentage de probabilité de survenance de la complication qui se serait effectivement réalisée. D'autre part, ces expertises manquent de précision sur la consistance et l'évaluation des préjudices physiques et psychiques après consolidation, ainsi que sur le lien de causalité entre ces préjudices et la complication dont Mme B a été victime lors de son accouchement.
5. Par suite, l'état du dossier ne permet pas au tribunal de se prononcer de manière suffisamment éclairée sur la qualification d'accident médical non fautif, ni sur le caractère indemnisable et le montant des préjudices après consolidation. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme B, d'ordonner une expertise complémentaire sur ces points.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme B, procédé par deux experts, l'un en gynécologie obstétrique et l'autre en neuropsychiatrie, désignés par la présidente du tribunal administratif, à une expertise avec pour mission :
1°) de se faire communiquer et de prendre connaissance de tout dossier médical et de tout document concernant la prise en charge de Mme B par l'hôpital Nord Franche-Comté dans le cadre de son accouchement le 2 avril 2014 ;
2°) d'examiner Mme B et de décrire son état de santé postérieur à la date de consolidation fixée au 20 mars 2018 ;
3°) d'indiquer les risques auxquels Mme B aurait été exposée en l'absence de réalisation de la césarienne ;
4°) d'indiquer quel était le pourcentage de probabilité de survenance du risque de complication consistant dans l'incarcération de rameaux nerveux sensitifs dans le tissu cicatriciel de la césarienne, eu égard aux séries statistiques disponibles ;
5°) de préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle pour Mme B, dans l'affirmative, d'en fixer le taux, en distinguant la part imputable à la complication dont elle a été victime lors de son accouchement, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée.
6°) de dégager, en les spécifiant, les éléments propres à évaluer, le cas échéant, les préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux après consolidation subis par Mme B, en distinguant, s'il y a lieu, la part imputable à la complication dont elle a été victime lors de son accouchement de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie (pourcentage), ainsi qu'il suit :
a) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : dépenses de santé, frais liés au handicap, frais divers ;
b) Préjudices extrapatrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice esthétique (échelle de 1 à 7), préjudice d'agrément, préjudice esthétique permanent, préjudice sexuel, préjudice d'établissement ;
7°) d'apporter tout élément complémentaire qui serait selon lui susceptible d'éclairer le tribunal sur la nature et l'étendue des préjudices subis.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à l'hôpital Nord Franche-Comté et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente ;
- M. Debat, premier conseiller ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026