mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2202089 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2022, la société à responsabilité limitée Danh Services, représentée par Me Herbelot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er septembre 2017 au 31 août 2020 ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge au titre de la période du 1er septembre 2016 au 31 août 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
- son activité n'a pas cessé, elle avait l'intention de reprendre son activité taxable de transport ;
- la taxe sur la valeur ajoutée grevant les charges supportées postérieurement à l'activité taxée est déductible car il existe un lien direct et immédiat entre ces charges et l'activité de transport antérieurement exercée, au sens de l'instruction administrative figurant au BOI-TVA-DED-50-20-20, n° 130 ;
S'agissant des rappels de taxe sur les véhicules de société :
- elle peut bénéficier de l'exonération prévue par l'article 1010 du code général des impôts relative aux véhicules destinés à l'exercice d'un service de transport à disposition du public ;
- l'impossibilité d'exercer cette activité de transport en raison de la pandémie de Covid 19 ne remet pas en cause cette exonération.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Danh Services ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Danh Services a fait l'objet en 2021 d'une vérification de comptabilité sur la période allant du 1er septembre 2016 au 31 août 2020 à l'issue de laquelle des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée et de taxe sur les véhicules de société lui ont été notifiées. A la suite d'une réclamation datée du 29 avril 2022, les rectifications ont été partiellement maintenues par l'administration fiscale à travers une décision de rejet datée du 24 octobre 2022, notamment pour ce qui concerne les exercices 2018 à 2020. Par le présent recours, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de taxe sur les véhicules de société qui ont été maintenus à sa charge.
Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes du 1 du I de l'article 271 du code général des impôts dans sa rédaction applicable à la période d'imposition en litige : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () ". Aux termes du I de l'article 256 de ce même code dans sa rédaction applicable à la période d'imposition en litige : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ".
3. Il résulte de ces dispositions, qui doivent être interprétées à la lumière de celles de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006, que toute personne qui a l'intention de commencer de façon indépendante une activité économique doit être considérée comme un assujetti à la condition que la déclaration de l'intention de commencer les activités économiques envisagées ait été faite de bonne foi et se trouve confirmée par des éléments objectifs.
4. Il résulte de l'instruction que la société Danh Services a cédé la branche de son fonds de commerce portant sur le transport de voyageurs le 29 mars 2013, et que l'acte de cession contenait une clause de non-rétablissement pour une durée de cinq ans. Pour refuser à la société requérante le droit de déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les achats et immobilisations qu'elle a réalisés au titre de la période litigieuse, l'administration fait valoir qu'aucune activité soumise à la taxe sur la valeur ajoutée n'a été effectuée au cours de cette période et que la société requérante ne démontre pas son intention de reprendre une activité taxable. Si la société Danh Services fait valoir qu'elle a eu l'intention de reprendre cette activité à l'issue de la période couverte par la clause de non-rétablissement, elle ne joint à sa requête aucun élément objectif susceptible de confirmer son intention de commencer cette activité, en dehors d'une facture du 20 mars 2022, portant sur la location d'un mini-bus dont la date est postérieure à la période d'imposition en litige. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférentes aux dépenses engagées par la société Danh Services au titre de la période du 1er septembre 2017 au 31 août 2020.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ".
6. La société requérante se prévaut de la documentation référencée BOI-TVA-DED-50-20-20, laquelle prévoit au point 130 que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les charges liées à une activité taxée supportées postérieurement à la cessation de celle-ci peut être déduite à condition qu'il existe un lien direct et immédiat entre ces charges et cette activité. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas davantage démontré par la société requérante, que les charges ayant fait l'objet des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige seraient en lien avec l'activité taxable exercée antérieurement à la cession de fonds de commerce réalisée en 2013.
Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur les véhicules de société :
7. Aux termes du I de l'article 1010 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable du 1er janvier 2016 au 1er janvier 2018 : " Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. ()/ La taxe n'est toutefois pas applicable aux véhicules destinés exclusivement soit à la vente, soit à la location de courte durée, soit à l'exécution d'un service de transport à la disposition du public, lorsque ces opérations correspondent à l'activité normale de la société propriétaire.() ". Aux termes du I de l'article 1010 de ce même code, dans sa rédaction applicable du 1er janvier 2018 au 1er mars 2020 : " Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. () / La taxe n'est pas applicable aux véhicules destinés exclusivement soit à la vente, soit à la location de courte durée, soit à l'exécution d'un service de transport à la disposition du public, lorsque ces opérations correspondent à l'activité normale de la société propriétaire, soit à un usage agricole. () ".
8. La société requérante fait valoir que les véhicules qu'elle possède sont affectés exclusivement au transport à la disposition du public, ce qui correspond à son objet social, et produit à cet égard ses licences de transport valables pour les années 2021 à 2024. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de son objet social, alors qu'elle a cédé ses activités de transport en 2013 et que les licences de transport produites correspondent à une période postérieure à celle en litige, sans au demeurant produire aucun élément de nature à établir que son activité normale comprenait un service de transport à destination du public pendant la période d'imposition en litige, la société requérante n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'applicabilité à sa situation de l'exonération de taxe sur les véhicules de société prévue pour les véhicules exclusivement affectés aux services de transport à la disposition du public, au sens des dispositions précitées. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a ordonné des rappels de taxe sur les véhicules de société au titre de la période du 1er septembre 2016 au 31 août 2020.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Danh Services à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er septembre 2017 au 31 août 2020 et des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge au titre de la période du 1er septembre 2016 au 31 août 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Danh Services est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Danh Services et à la directrice départementale des finances publiques du Doubs.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente ;
- M. Debat, premier conseiller ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026