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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2202095

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2202095

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2202095
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantVÉRONIQUE GRAMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2022, la commune d'Etupes, représentée par Me Kern, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à la SCI " Gendarmerie d'Etupes " de lui communiquer dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir l'ensemble des documents nécessaires au calcul de l'indemnité de résiliation et plus particulièrement, l'ensemble des documents relatifs à l'emprunt souscrit pour la construction des locaux de la gendarmerie et l'ensemble des documents comptables et fiscaux permettant de déterminer si une plus-value existe et si elle est susceptible de donner lieu à une imposition de l'administration fiscale ;

2°) de mettre à la charge de la SCI " Gendarmerie d'Etupes " une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* Sur l'urgence,

- le refus de communication des documents l'empêche de remédier à une situation qui affecte de manière substantielle ses finances et empêche les conseillers municipaux de contrôler l'équilibre budgétaire et au maire de rendre compte de sa gestion ;

- l'opération réalisée avec la SCI " Gendarmerie d'Etupes " et le montage contractuel avec l'Etat affectent considérablement ses finances ;

- le refus de communiquer fait obstacle au fonctionnement budgétaire de la commune justifiant de l'urgence de la mesure ;

* Sur l'utilité de la mesure,

- elle est dans l'incapacité de prendre une décision de résiliation ou trouver une solution pour cesser de mettre ses finances en difficulté ; la communication des documents n'est pas possible par la voie contractuelle ;

- le refus de communication met en échec sa possibilité de recourir à ses prérogatives prévues par la loi, le bail emphytéotique et l'empêche de mener librement la gestion de son patrimoine immobilier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, la SCI " Gendarmerie d'Etupes ", représentée par Me Gramond, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Etupes une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la demande ne présente pas d'utilité dès lors qu'elle a donné tous les éléments d'information nécessaires à la commune.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Etupes a conclu le 6 juillet 2006 un bail emphytéotique administratif d'une durée de 25 années, avec la SCI " Gendarmerie d'Etupes " pour la construction d'un ensemble immobilier destiné à accueillir les services de la gendarmerie nationale. Le bail est complété par une convention non détachable entre les mêmes parties qui a pour objet la mise à disposition de la commune d'Etupes de l'ensemble immobilier en contrepartie d'un loyer trimestriel de 104 100 euros TTC actualisable selon l'index général tous corps d'état BT01. La commune d'Etupes a sous-loué l'ensemble immobilier à l'Etat pour les besoins de la gendarmerie nationale pour un loyer annuel de 408 000 euros révisable sur la base d'un indice des loyers des activités tertiaires. Compte tenu de l'évolution des loyers respectifs, la commune d'Etupes doit désormais assumer une différence annuelle déficitaire de 167 000 euros. Elle envisage dès lors de résilier le bail emphytéotique et la convention non détachable pour mettre un terme à cette situation financière impactant de plus en plus son équilibre budgétaire. Pour en connaître les conditions financières, la commune a demandé à la SCI " Gendarmerie d'Etupes " de lui communiquer l'ensemble des documents nécessaires au calcul de l'indemnité de résiliation et plus particulièrement, l'ensemble des documents relatifs à l'emprunt souscrit pour la construction des locaux de la gendarmerie et l'ensemble des documents comptables et fiscaux permettant de déterminer si une plus-value existe et si elle est susceptible de donner lieu à une imposition de l'administration fiscale.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune mesure administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi sur le fondement de cet article d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Il est ainsi possible, en application de ces dispositions, au juge des référés de prononcer des injonctions à l'égard de l'administration tendant à la communication des pièces ou informations mettant à même le demandeur de former un recours si les conditions précédemment mentionnées sont réunies.

4. Il résulte de l'instruction qu'en 2018, la commune d'Etupes avait déjà envisagé la résiliation des contrats la liant à la SCI " Gendarmerie d'Etupes ", laquelle lui avait donc fourni calculés à la date du 30 septembre 2018, le montant du capital restant dû, le montant de l'indemnité de résiliation, de la pénalité ainsi que le montant de l'impôt sur la plus-value généré par la résiliation. Par un courrier du 23 février 2022, le maire de la commune d'Etupes sollicitait de la SCI les mêmes informations ainsi que la communication de l'échéancier du remboursement de la dette des intérêts afférents jusqu'au terme du contrat, l'échéancier des loyers à payer par la commune jusqu'au terme du contrat, les conditions financières dans lesquelles le financement a été souscrit à la signature des contrats. Par un courrier du 7 juillet la SCI " Gendarmerie d'Etupes " a donné à la commune les informations chiffrées à la date du 31 décembre 2022 relatives au capital emprunté restant dû, à l'impôt sur la plus-value générée par une résiliation et à la pénalité de résiliation, la SCI y mentionnait également la nature fiscale des sommes en cause. La SCI " Gendarmerie d'Etupes " y a joint en cours d'instance une attestation de son expert-comptable validant ces données, une attestation de sa banque chef de file des prêteurs indiquant le montant total des crédits à la date de signature des contrats de prêts, la durée d'amortissement, la périodicité de remboursement, le taux d'intérêt et le type de remboursement, ainsi que les échéanciers de chaque prêteur.

5. Par ailleurs, compte tenu de la révision annuelle des loyers et de leur indexation sur des indices dont l'évolution actuelle sur les prochaines années est imprévisible, les échéanciers demandés par la commune d'Etupes ne sont pas matériellement réalisables, à tout le moins la commune en sa qualité de partie aux contrats dispose des éléments de calcul figurant dans les documents contractuels.

6. En conséquence, la commune d'Etupes ne justifie pas du caractère utile de sa demande, ni même de son urgence dès lors qu'elle dispose des éléments chiffrés nécessaires à sa prise de décision d'une éventuelle résiliation comme de l'information du conseil municipal depuis juillet 2022.

7. Par suite, les conclusions présentées par la commune d'Etupes sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI " Gendarmerie d'Etupes ", qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la requérante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Etupes la somme demandée au même titre par la SCI " Gendarmerie d'Etupes ".

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la commune d'Etupes est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SCI " Gendarmerie d'Etupes " au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Etupes et à la SCI " Gendarmerie d'Etupes ".

Fait à Besançon, le 14 mars 2023.

La juge des référés,

S. A

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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