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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300020

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300020

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300020
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantGAULMIN PATRICK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 janvier et le 22 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Pinhel, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la délibération du 17 novembre 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Lavancia-Epercy a décidé d'acquérir par voie de préemption la parcelle cadastrée ZB 0030 sise Vers la Croix sur la commune en vue de la réalisation d'une aire de co-voiturage avec l'installation de bornes électriques, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lavancia-Epercy une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- La commune n'était pas compétente pour décider de cette préemption qui relevait de la communauté de communes Terre d'Emeraude ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de notification à l'acquéreur évincé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas établi que la commune a transmis sans délai la déclaration d'intention d'aliéner au directeur des services fiscaux ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme et des articles L. 2131-2 et L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales dès lors que la délibération n'a été ni affichée ni publiée ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'est pas démontré que la délibération a été transmise au service du contrôle de légalité de la préfecture ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il appartiendra à la commune de démontrer que les conseillers municipaux ont été destinataires d'une convocation mentionnant l'ordre du jour conformément à ces dispositions et que cette dernière a été mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales dès lors que la commune n'a pas établi qu'elle a adressé la convocation trois jours francs avant la réunion du conseil municipal ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-15 du code général des collectivités territoriales dès lors que le procès-verbal de la séance n'a pas été publié sur le site internet ;

- La délibération a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-23 du code général des collectivités territoriales pour défaut de signature de la décision par le secrétaire de séance ;

- La délibération méconnaît les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors que la commune ne justifie pas de la réalité et de l'antériorité de son projet d'aménagement ni que ce projet d'aménagement répondrait à un des objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- Le projet ne répond pas à un intérêt général suffisant ;

- Il entend soulever l'exception d'illégalité de la délibération du conseil communautaire Terre d'Emeraude du 4 septembre 2020 sur le fondement de la méconnaissance des articles L. 2131-1, L. 2131-2, L. 2121-10, L. 2121-11, L. 2121-15, L 2121-23 du code général des collectivités territoriales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Il entend soulever l'exception d'illégalité de la décision du président de la communauté de communes Terre d'Emeraude du 30 novembre 2022 qui est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- La délibération attaquée est entachée de détournement de pouvoir ;

* Sur l'urgence, en sa qualité d'acquéreur évincé, il bénéficie d'une présomption d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, la commune de Lavancia-Epercy, représentée par DSC Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- Le juge devra s'interroger sur la recevabilité de la requête dès lors que le maire a postérieurement préempté ;

- Le juge des référés aura à apprécier la condition d'urgence au regard de l'argumentation des vendeurs ;

- Les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés le 20 janvier 2023, M. et Mme C, représentés par Me Gaumin, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la partie perdante une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- L'urgence n'est pas établie dès lors que le requérant ne dispose pas d'un permis de construire ;

- Les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 décembre 2022 sous le numéro 2202103 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 janvier 2023 en présence de Mme Chiappinelli, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Pinhel, représentant M. B, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les conclusions et les autres moyens de la requête ;

- les observations de Me Suissa, représentant la commune de Lavancia-Epercy, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les conclusions et les autres moyens de son mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 17 novembre 2022, le conseil municipal de la commune de Lavancia-Epercy a exercé son droit de préemption sur la parcelle cadastrée ZB 0030 sise Vers la Croix, en vue de la réalisation d'une aire de co-voiturage avec l'installation de bornes électriques. M. B, en sa qualité d'acquéreur évincé, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Si la commune fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que la décision de préemption a été prise postérieurement par le maire de la commune, disposant seul de la compétence pour préempter, cette circonstance est sans incidence sur la recevabilité des conclusions tendant à la suspension de la délibération du 17 novembre 2022. La fin de non-recevoir ainsi soulevée en défense n'est dès lors pas fondée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement au cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

5. En l'espèce, la commune de Lavancia-Epercy ne justifie d'aucune circonstance particulière tenant à la réalisation rapide du projet. Dans ces conditions, et alors que la suspension de l'exécution de la délibération contestée du 17 novembre 2022 portant exercice du droit de préemption est demandée par M. B, acquéreur évincé, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

6. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 (). / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé (). ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs (), de lutter contre l'insalubrité (), de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

8. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de ce que la commune de Lavancia-Epercy ne justifie pas de la réalité d'un projet d'action ou d'aménagement sur la parcelle en litige sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier soumis au juge des référés, aucun des autres moyens soulevés n'est susceptible de fonder la suspension de l'exécution de la décision contestée.

10. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la délibération du 17 novembre 2022 du conseil municipal de la commune de Lavancia-Epercy.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante dans la présente instance, la somme que les consorts C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Lavancia-Epercy une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la délibération du 17 novembre 2022 du conseil municipal de la commune de Lavancia-Epercy est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La commune de Lavancia-Epercy versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par les consorts C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune de Lavancia-Epercy et aux consorts C.

Fait à Besançon, le 24 janvier 2023.

La juge des référés,

S. D

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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