vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300102 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. B A et Mme D C soumettent au tribunal un litige concernant la décision du 18 novembre 2022 par laquelle l'agence de services et de paiement (ASP) leur a refusé le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022.
Les requérants soutiennent remplir les critères pour être éligibles au chèque énergie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, l'ASP conclut au rejet de la requête.
L'ASP soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, le moyen invoqué par les requérants n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie et instituant un plafond aux frais de gestion pouvant être déduits de l'aide spécifique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 21 avril 2022, M. A et Mme C ont adressé à l'ASP une réclamation dans le cadre du dispositif chèque énergie. Par un courrier du 22 juin 2022, l'ASP a demandé aux requérants pour l'instruction de leur demande une copie recto-verso de l'avis d'impôt 2021, pour les revenus de l'année 2020, de toutes les personnes rattachées à leur foyer au 1er janvier 2021. Le 28 septembre 2022, l'ASP a rejeté la demande de chèque énergie des requérants puis le 18 novembre 2022, le recours gracieux formé par les intéressés contre cette décision. M. A et Mme C doivent être regardés comme demandant au juge d'annuler la décision du 18 novembre 2022.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
4. D'une part, si l'ASP soutient que M. A et Mme C disposaient d'un délai de deux mois à compter de la notification de la décision du 28 septembre 2022 pour exercer un recours contentieux, il résulte de l'instruction que les requérants ont exercé un recours gracieux contre ladite décision avant l'expiration de ce délai auquel l'ASP a répondu par une décision de rejet du 18 novembre 2022 qui est la décision attaquée dans la présente instance. D'autre part, si l'ASP fait valoir que le délai de recours contentieux contre la décision du 18 novembre 2022 expirait au 18 janvier 2023, elle ne produit pas l'accusé de réception permettant de justifier de la date de notification de cette décision aux requérants et, par suite, du point de départ du délai de recours. L'ASP n'est donc pas fondée à soutenir que la requête introduite le 20 janvier 2023 serait tardive et la fin de non-recevoir qu'elle soulève sur ce point ne peut être accueillie.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
5. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'énergie dans sa version applicable au présent litige : " Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l'article 200 quater du code général des impôts. Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'Agence de services et de paiement mentionnée à l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 124-1 du même code : " Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à un seuil fixé par arrêté des ministres chargés de l'économie, du budget et de l'énergie, au titre de leur résidence principale, y compris à ceux d'entre eux dont le contrat de fourniture d'électricité ou de gaz naturel couvre simultanément des usages professionnels et non professionnels. Au sens du présent chapitre, le ménage désigne une ou plusieurs personnes physiques remplissant l'une des conditions suivantes : 1° Avoir, au 1er janvier de l'année d'imposition, la disposition ou la jouissance d'un local imposable à la taxe d'habitation prévue à l'article 1407 du code général des impôts ; () Le revenu fiscal de référence du ménage est la somme des revenus fiscaux de référence des contribuables ayant la disposition ou la jouissance du local. La première ou seule personne du ménage constitue une unité de consommation. La deuxième personne est prise en compte pour 0,5 unité de consommation. Chaque personne supplémentaire est prise en compte pour 0,3 unité de consommation () ".
6. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie et instituant un plafond aux frais de gestion pouvant être déduits de l'aide spécifique : " A compter du 1er janvier 2021, le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 10 800 € ". En outre, l'article 2 du même arrêté prévoit qu'à compter du 1er janvier 2021, la valeur faciale TTC du chèque énergie est fixée à 63 euros pour des unités de consommation comprises entre 1 et 2 et un revenu fiscal de référence par unité de consommation compris entre 7 700 euros et 10 800 euros.
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'attribution du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
En ce qui concerne le droit des requérants à bénéficier du chèque énergie :
8. Il n'est pas contesté, que le ménage au titre duquel les requérants ont sollicité, en 2022, le bénéfice du chèque énergie est composé de deux personnes et qu'il comprend ainsi 1,5 unité de consommation. Il résulte de l'instruction, et en particulier des avis d'imposition 2021 du ménage, que le revenu fiscal de référence de ce dernier s'élevait à 5 547 euros pour M. A et à 9 905 euros pour Mme C, soit un total de 15 452 euros en 2020, année de référence pour toute réclamation formée en 2022, si bien que le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation était de 10 301 euros pour l'année 2020. Dès lors, le revenu fiscal du ménage ne dépassait pas le seuil de 10 800 euros applicable à compter du 1er janvier 2021 et les requérants remplissaient ainsi les conditions pour bénéficier du chèque énergie en 2022. L'ASP qui se borne à faire valoir que la situation des requérants n'a pas été modifiée après l'établissement par l'administration fiscale du fichier établissant la liste des personnes remplissant les conditions pour bénéficier du chèque énergie dans lequel ne figurent pas les requérants, ne contredit pas ces éléments de fait. Dans ces conditions, c'est à tort que l'ASP a refusé d'attribuer à M. A et Mme C le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2022.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A et Mme C sont fondés à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2022. Compte tenu des dispositions citées au point 6, et eu égard à leur situation, M. A et Mme C ont droit au chèque énergie au titre de l'année 2022 pour un montant de 63 euros.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 18 novembre 2022 de l'ASP est annulée.
Article 2 : L'ASP versera à M. A et Mme C la somme de 63 (soixante-trois) euros au titre du chèque énergie pour l'année 2022 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme D C et à l'agence de services et de paiement.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026