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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300122

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300122

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300122
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantBOCHER-ALLANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier 2023 et 23 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Bocher-Allanet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2022 par laquelle la commission de médiation du logement du Doubs a rejeté son recours amiable en vue de l'attribution d'un logement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir de lui faire des propositions de logement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros contre renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Me A soutient que :

- le logement proposé n'était pas adapté à son handicap en l'absence de transports et de commerce de proximité ;

- sa fille n'a pas de chambre dans son logement actuel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- le logement actuel de la requérante est adapté à ses besoins et son handicap ;

- le logement proposé qu'elle a refusé correspondait à ses besoins et son handicap, son refus montre qu'elle ne se trouve pas dans une situation d'urgence.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grossrieder, présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossrieder,

- et les observations de Me Bocher-Allanet, pour Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a, le 12 octobre 2022, saisi la commission départementale de médiation du Doubs d'un recours amiable en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation du Doubs a, par une décision du 12 décembre 2022, rejeté cette demande au motif que l'intéressée a refusé une proposition de logement le 14 novembre 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 778-2 du code de justice administrative : " () A peine d'irrecevabilité, les requêtes doivent être accompagnées, sauf impossibilité justifiée, soit de la décision de la commission de médiation dont se prévaut le requérant, soit, en l'absence de commission, d'une copie de la demande adressée par le requérant au préfet ".

3. Si le préfet soulève en défense une fin de non-recevoir de ce qu'une copie de la décision relative au recours gracieux devait être jointe à la requête de Mme A, il résulte des pièces produites par la requérante que cette dernière a versé au soutien de ses conclusions à la fois la décision de la commission de médiation et la décision de rejet de son recours gracieux. La fin de non-recevoir ainsi soulevée doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap ().) Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires () ".

5. Il ressort des termes mêmes de la décision de la commission de médiation que cette dernière, en admettant la recevabilité de la demande de Mme A, a toutefois considéré cette demande comme ne présentant pas un caractère prioritaire et urgent. La commission de médiation peut, alors même que l'intéressée remplirait les critères d'éligibilité énoncés par l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, refuser de reconnaître sa demande comme prioritaire et urgente en tenant compte des circonstances de l'espèce qui sont de nature à mettre en doute ce caractère prioritaire et urgent. En l'espèce, le 14 novembre 2022, Mme A a refusé un logement T4 situé sur la commune de Franois correspondant pourtant à ses vœux de localisation géographique et prévu pour quatre personnes. Toutefois, il n'est pas contesté que Mme A présente un handicap à la marche et sa fille cadette nécessite également un accès facilité aux établissements médicaux et scolaires. Ainsi, le logement proposé, situé à l'extérieur de la ville de Besançon dans un quartier isolé, dont les stations de transports en commun sont éloignées et rendent difficile d'accès les établissements médicaux et les commerces, était pour le moins inadapté à la situation de la requérante, qui conteste par ailleurs la localisation qui lui a ainsi été imposée. La commission de médiation du Doubs a, en conséquence, fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que la demande de Mme A ne pouvait être regardée comme prioritaire et urgente du fait du refus de cette dernière d'une proposition de logement social adapté à ses besoins.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision de la commission de médiation en date du 12 décembre 2022 ainsi que la décision de rejet du recours gracieux présenté par Mme A doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, l'exécution du présent jugement implique que la commission de médiation du Doubs propose de nouvelles offres de logement à Mme A compatibles avec son handicap. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Doubs de saisir la commission de médiation du Doubs pour que celle-ci propose de nouveaux logements à Mme A, dans le délai maximum d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bocher-Allanet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de médiation du Doubs du 12 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Doubs de saisir la commission de médiation du Doubs pour que celle-ci propose en urgence de nouveaux logements à Mme A correspondant à ses contraintes de santé, par une décision prise dans un délai maximum d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Bocher-Allanet en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, au préfet du Doubs et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La magistrate désignée,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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