vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 13 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, en application de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A D et M. C B enregistrée le 7 décembre 2022.
Par une ordonnance du 19 janvier 2023, enregistrée au greffe le 23 janvier 2023 sous le n° 2300129, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis ladite requête au tribunal administratif de Besançon.
Par cette requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 6 janvier et 9 avril 2023, Mme D et M. B, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Côte-d'Or a rejeté leur recours contre des indus d'allocation logement sociale (ALS) notifiés le 25 mai 2022 ;
2°) d'annuler les deux indus d'ALS mis à leur charge par les CAF de l'Essonne et de la Côte-d'Or ;
3°) d'annuler la décision implicite de la médiatrice de la CAF de la Côte-d'Or rejetant leurs recours contre les deux indus d'ALS précités.
Les requérants soutiennent que :
- la CAF a manqué à son devoir d'information en ce qui concerne leur changement de situation suite à la conclusion d'un pacte civil de solidarité ;
- ils sont de bonne foi ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle est intervenue avant la réponse de la médiatrice de la CAF de la Côte-d'Or ;
- la CAF n'a pas suspendu immédiatement la procédure de récupération des indus en litige en dépit de leur recours du 9 juin 2022 ;
- les décisions de notification d'indus mis à leur charge sont entachées d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense du 21 décembre 2023, la CAF de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est irrecevable et que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de la médiatrice de la CAF de la Côte-d'Or.
Par un mémoire, enregistré le 8 mai 2024, Mme D et M. B doivent être regardés comme s'étant désistés de leurs conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite par laquelle la médiatrice de la CAF de la Côte-d'Or a rejeté leur recours contre les deux indus d'ALS en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 août 2020, Mme D et de M. B ont conclu un pacte civil de solidarité (PACS). Le 29 avril 2022, la CAF de l'Essonne a notifié à M. B un indu d'ALS d'un montant de 1 235 euros, pour la période de septembre à décembre 2020, période durant laquelle il dépendait de cet organisme en raison de sa résidence dans ce département pour raison professionnelle. Le 23 mai 2022, la CAF de la Côte-d'Or a notifié à Mme D un indu d'ALS d'un montant de 1 282 euros, pour la période de mai 2020 à novembre 2021. Le 9 juin 2022, les requérants ont contesté le bien-fondé des indus précités auprès de la CAF de la Côte-d'Or et le 9 août suivant, ils ont saisi le délégué territorial de la Côte-d'Or du défenseur des droits qui a pris l'attache de la médiatrice de la CAF du même département. Mme D et M. B demandent au juge, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la décision implicite par laquelle la CAF de la Côte-d'Or a rejeté leur recours et les indus d'ALS mis à leur charge.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, il résulte de l'instruction que les indus d'ALS ont pour origine l'absence de déclaration par les intéressés à la CAF du PACS qu'ils avaient conclu le 4 août 2020 et dont la caisse n'a eu connaissance que le 17 décembre 2021 à la suite d'un contrôle diligenté au vu d'une incohérence entre les informations fournies par les intéressés concernant leur situation familiale à la CAF et celles données aux services des impôts. Cependant, le montant initial de l'indu d'ALS de Mme D qui était de 2 202 euros a été réexaminé par la CAF de la Côte-d'Or en mai 2022, en prenant en compte le PACS pour la période de janvier à août 2021, en juillet 2022, en appliquant aux ressources du couple l'abattement spécifique pour double résidence pour la période de septembre à décembre 2020 et en juillet 2023, en annulant l'indu d'ALS pour la période de mai à août 2020, antérieure à la conclusion du PACS, générant ainsi trois rappels d'ALS en faveur de l'intéressée pour des montants respectifs de 920 euros, 1 155 euros et 692 euros. A la suite de ces régularisations, la CAF de la Côte-d'Or a ainsi reversé à la requérante une somme de 565 euros. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre l'indu d'ALS mis à la charge de Mme D ont donc perdu leur objet en cours d'instance et il n'y a plus lieu d'y statuer.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable (). Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration () ". Aux termes de l'article R. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.
4. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 29 avril 2022 par laquelle le directeur de la CAF de l'Essonne a notifié à M. B un indu d'ALS et la décision de rejet implicite du recours administratif préalable obligatoire, doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur de la CAF de Côte-d'Or sur le recours administratif préalable obligatoire formé le 9 juin 2022.
Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :
5. En premier lieu, les requérants soutiennent que la CAF de la Côte-d'Or a manqué à son devoir d'information par rapport à leur situation de couple ayant deux résidences séparées en raison de leurs professions respectives. Ils ajoutent que la gestion de la contestation des indus mis à leur charge par la CAF n'était pas satisfaisante et qu'ils sont de bonne foi. Toutefois, ces éléments sont sans incidence sur le bien-fondé de l'indu d'ALS restant à leur charge. Par suite, les moyens développés en ce sens sont inopérants et doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une décision rejetant un recours contestant un indu de prestations sociales ne puisse intervenir avant que le médiateur de la CAF ne se soit prononcé suite à sa saisine par l'allocataire. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la CAF de la Côte-d'Or aurait procédé à la récupération de l'indu d'ALS restant dû en dépit du recours formulé par les requérants. En tout état de cause, une telle circonstance reste sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen développé en ce sens doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
9. Comme il a été dit au point 4, la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur de la CAF de Côte-d'Or sur le recours administratif préalable obligatoire formé le 9 juin 2022 par les requérants en ce qui concerne l'indu d'ALS restant à leur charge est venue se substituer à la décision initiale du 29 avril 2022. Or, compte tenu des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision implicite de rejet n'est pas illégale du seul fait de son absence de motivation. Il ne résulte pas de l'instruction que les requérants aient demandé à la CAF de la Côte-d'Or de leur communiquer les motifs de cette décision en application des dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme D et M. B doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'indu d'allocation logement sociale mis à la charge de Mme D par la CAF de la Côte d'Or.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et M. C B et à la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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