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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300150

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300150

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300150
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSOPHIE NICOLIER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, M. C F et Mme E A, représentés par Me Chardonnens, demandent au juge des référés :

1°) à titre principal sur le fondement des articles L. 521-2, L. 521-3, R. 921-1-1 et R. 541-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la commune d'Abbans-Dessus, d'une part, de déplacer la canalisation en limite de leur propriété et, d'autre part, de procéder aux travaux de réfection du puisard situé à l'entrée de la rue Saint Martin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

2°) de condamner la commune d'Abbans-Dessus à leur verser la somme de 51 804,45 euros à titre de provision en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis ;

3°) à titre subsidiaire sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise pour déterminer l'origine et les conséquences des déversements d'eaux pluviales sur leur parcelle, les moyens pour remédier aux désordres et chiffrer leurs préjudices ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Abbans-Dessus la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur terrain est devenu non constructible en raison des écoulements d'eau pluviales résultant de la mise en place d'un puit et d'une canalisation enterrée sur leur parcelle ;

- l'urgence est caractérisée en égard au trouble continu qu'ils subissent ;

- il n'existe pas de contestation sérieuse de la part de la commune qui a reconnu sa responsabilité ;

- le retard de cinq mois dans la livraison de la maison génère un débours supplémentaire de 4 905,45 euros et un surcoût de travaux de 46 899 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, la commune d'Abbans-Dessus, représentée par Me Devevey, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation des sociétés Acesti et Bonnefoy à la garantir des condamnations qui pourraient être mises à sa charge ;

3°) à ce que la mission de l'expertise qui sera ordonnée soit complétée conformément à son mémoire en défense ;

4°) à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête n'est pas recevable dès lors qu'elle vise à demander au juge des référés des mesures qui ne sont pas provisoires et qu'elle est fondée simultanément sur les articles L. 521-2, L. 521-3 et R. 541-1 du code de justice administrative ;

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 n'est pas remplie dès lors que la construction n'est pas compromise et il n'y a aucune atteinte grave à une liberté fondamentale ;

- la demande de provision se fonde sur une obligation sérieusement contestable ;

- les requérants ont été nécessairement indemnisés par l'assurance du chantier, ils ne démontrent pas avoir fait l'avance des sommes réclamées et les devis qu'ils présentent ne sont pas utiles et sans lien avec les désordres subis ;

- les demandes fondées sur l'article R. 921-1-1 du code de justice administrative sont inopérantes ou prématurées ;

- elle est recevable et bien-fondée à appeler en garantie le maître d'œuvre et l'entreprise ayant réalisé les travaux de calibrage et d'aménagement de sécurité de la RD n° 107 ;

- elle n'est pas opposée à une expertise judiciaire au contradictoire des sociétés Acesti et Bonnefoy en limitant sa mission aux causes et origine des désordres et son avis sur les conséquences de ces désordres sur la construction des requérants.

Par un mémoire, enregistré le 22 avril 2023, la SASU Acesti conclut au rejet des conclusions de la commune d'Abbans-Dessus tendant à ce qu'elle soit appelée en garantie, à ce que la mission d'expertise soit complétée conformément aux termes de son mémoire et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'injonction de faire formuler à l'encontre de la commune n'est pas transposable au maître d'œuvre ;

- la demande de condamnation au versement d'une provision se heurte à une contestation sérieuse quant à la responsabilité du maître d'œuvre ;

- elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée à charge pour l'expert de donner son avis sur le point de savoir si les écoulement d'eau à partir de l'exutoire existant étaient prévisibles et si les travaux de terrassement étaient adaptés à la configuration du terrain et aux écoulements en provenance des exutoires existants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme A ont obtenu le 9 septembre 2021 un permis de construire une maison d'habitation sur une parcelle située sur le territoire de la commune d'Abbans-Dessus. Les travaux de construction ont débuté en février 2022, mais à la suite d'écoulements d'eaux pluviales sur le terrain, le chantier a été interrompu. Imputant ces désordres à la réalisation de travaux de calibrage et d'aménagement de sécurité de la RD n° 107 en amont de leur parcelle, M. F et Mme A, après plusieurs échanges avec la commune, demandent au juge des référés d'enjoindre à la commune d'Abbans-Dessus de déplacer la canalisation en limite de leur propriété, de procéder aux travaux de réfection du puisard situé à l'entrée de la rue Saint Martin, de condamner la commune à leur verser la somme de 51 804,45 euros à titre de provision en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis et d'ordonner une expertise.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et de versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste au vu de la demande que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, l'article R. 541-1 du code de justice administrative dispose que : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Il résulte des dispositions des titres II et IV du livre V du code de justice administrative, et notamment des articles L. 521-2, L. 521-3 et R. 541-1, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles différentes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement des articles L. 521-3 et R. 541-1. Dès lors, elles ne peuvent, sous peine d'irrecevabilité, être présentées simultanément dans une même requête.

4. En tout état de cause, M. F et Mme A ont constaté des écoulements d'eaux pluviales sur leur terrain dès le mois d'avril 2022. Depuis cette date, des échanges sont intervenus entre eux et la commune, dont une mise en demeure adressée le 28 juin 2022 au maire de la commune de faire réaliser des travaux de nature à remédier aux désordres dont ils se plaignent. Il résulte également de l'instruction que les travaux de construction de la maison des requérants ont repris à la suite de la modification des fondations initialement prévues. Dans ces conditions, M. F et Mme A ne justifient pas d'une situation d'urgence qui nécessiterait l'intervention du juge des référés, saisi au demeurant plusieurs mois après la mise en demeure du 28 juin 2022, dans le délai de quarante-huit heures.

5. De même, il ne résulte pas de l'instruction que la mise en demeure adressée le 28 juin 2022 au maire de la commune ait donné lieu à une décision ou à une réalisation de travaux. Ainsi, une décision implicite de rejet des demandes contenues dans cette mise en demeure est née à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la réception par la commune de cette mise en demeure. Par conséquent, les conclusions des requérants présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative font obstacle à l'exécution de cette décision implicite.

Sur les conclusions aux fins d'expertise :

6. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

7. La mesure d'expertise demandée par M. F et Mme A entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elle vise à établir les causes et l'imputabilité des désordres affectant la parcelle sur laquelle doit être édifiée leur maison d'habitation. Si la commune d'Abbans-Dessus conteste sa responsabilité dans les préjudices que les requérants estiment avoir subis, elle ne s'oppose pas à la désignation d'un expert. Il en est de même de la SASU Acesti, maître d'œuvre des travaux réalisés pour le compte de la commune. Il y a donc lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 3 de la présente ordonnance.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions aux fins de d'injonction et de versement d'une provision. En revanche, il y a lieu d'ordonner une expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 3 de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Ces dispositions font obstacle à ce que la commune d'Abbans-Dessus, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à payer à M. F et Mme A la somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des requérants la somme que la commune d'Abbans-Dessus et la SASU Acesti demandent sur le même fondement.

ORDONNE :

Article 1er : M. D B, expert judiciaire, domicilié 95 rue Ponsar, 39300 Champagnole, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) se rendre sur les lieux concernés, lieudit Prés Saint Martin, parcelle ZC n° 72, sur le territoire de la commune d'Abbans-Dessus ;

3°) décrire les désordres affectant cette parcelle ;

4°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres identifiés, en précisant s'ils sont imputables, soit à des défauts de conception ou d'exécution des travaux de calibrage et d'aménagement de sécurité de la RD n° 107, à des manquements aux règles de l'art ou à toutes autres causes et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si les écoulement d'eau à partir de l'exutoire existant en amont du terrain de M. F et Mme A étaient prévisibles et si les travaux de terrassement étaient adaptés à la configuration du terrain et aux écoulements en provenance des exutoires existants

6°) donner un avis motivé sur les conséquences de ces désordres sur la construction de la maison de M. F et Mme A, notamment si ces désordres sont de nature à porter atteinte à la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;

7°) dire si des travaux urgents sont nécessaires pour empêcher l'aggravation de la situation ou pour assurer la sécurité des personnes et des biens ;

8°) déterminer la nature des travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés et leur coût ;

9°) d'une façon générale, recueillir tous les éléments et faire toutes les autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues, des préjudices subis.

Article 2 : Les opérations d'expertise seront conduites contradictoirement en présence de l'ensemble des parties.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 4 : Au cas où il estimerait devoir faire appel à un sapiteur, l'expert en demandera l'autorisation au président du tribunal administratif.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties. L'expert appréciera l'utilité, pour lui, de soumettre au contradictoire des parties un pré-rapport qui, s'il est rédigé, ne pourra avoir pour effet de conduire à dépasser le délai fixé au présent article.

Article 6 : Les frais d'expertise seront fixés par le président, après remise du rapport, dans les conditions fixées au premier alinéa de l'article R. 621-13, sans préjudice de la possibilité pour l'expert d'obtenir, sur demande spéciale et motivée, et dans les conditions fixées par les dispositions du troisième alinéa du même article, le bénéfice d'une allocation provisionnelle.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Fait à Besançon, le 27 avril 2023.

Le juge des référés,

T. Trottier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

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