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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300406

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300406

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300406
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Amphenol FCI Besançon, représentée par Me Herbelot, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de lui accorder la restitution d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) dont elle s'estime créancière, à hauteur de 67 014 euros au titre de l'année 2013, 15 498 euros au titre de l'année 2014, 77 995 au titre de l'année 2015, 230 980 euros au titre de l'année 2016, et 423 421 euros au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en raison de ses résultats déficitaires au titre de plusieurs exercices, les crédits d'impôt en litige n'ont jamais pu être imputés sur son impôt sur les sociétés ;

- elle a subi des anomalies de télétransmission de ses demandes de restitution concernant les crédits d'impôt des années 2013 à 2015 ;

- ces anomalies constituent un évènement au sens du c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration fiscale aurait dû imputer sur son impôt sur les sociétés au titre des années 2016 et 2017 les crédits d'impôt des années 2013 à 2015, avant d'imputer ceux des années 2016 et 2017.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Amphenol FCI Besançon ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Amphenol FCI Besançon exerce une activité de fabrication de composants électroniques. Le 25 août 2022, elle a sollicité la restitution d'une créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013 à 2017, à hauteur de 67 014 euros, 15 498 euros, 77 995 euros, 382 605 euros et 494 982 euros. Par une décision du 10 janvier 2023, l'administration fiscale a rejeté sa demande en ce qui concerne les années 2013 à 2015 et lui a accordé une restitution partielle en ce qui concerne les années 2016 et 2017. Par la présente requête, la SAS Amphenol FCI Besançon doit être regardée comme demandant la restitution de son solde de crédit d'impôt CICE au titre des années 2013 à 2017, à hauteur de 67 014 euros, 15 498 euros, 77 995 euros, 230 980 euros et 423 421 euros.

2. Aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 decies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () II. - Le crédit d'impôt mentionné au I est assis sur les rémunérations que les entreprises versent à leurs salariés au cours de l'année civile. Sont prises en compte les rémunérations, telles qu'elles sont définies pour le calcul des cotisations de sécurité sociale à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, n'excédant pas deux fois et demie le salaire minimum de croissance calculé pour un an sur la base de la durée légale du travail augmentée, le cas échéant, du nombre d'heures complémentaires ou supplémentaires, sans prise en compte des majorations auxquelles elles donnent lieu. Pour les salariés qui ne sont pas employés à temps plein ou qui ne sont pas employés sur toute l'année, le salaire minimum de croissance pris en compte est celui qui correspond à la durée de travail prévue au contrat au titre de la période où ils sont présents dans l'entreprise. / Pour être éligibles au crédit d'impôt, les rémunérations versées aux salariés doivent être retenues pour la détermination du résultat imposable à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun et avoir été régulièrement déclarées aux organismes de sécurité sociale. / () ". Aux termes de l'article 199 ter du code général des impôts : " I. - Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période. / () ".

3. Aux termes du deuxième alinéa du 1 de l'article 223 du code général des impôts : " () la déclaration du bénéfice ou du déficit est faite dans les trois mois de la clôture de l'exercice. () ". Aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au même code : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu'elles sont tenues de souscrire en application des articles 53 A et 223 du code précité. / () ". Aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; / b) Du versement de l'impôt contesté lorsque cet impôt n'a pas donné lieu à l'établissement d'un rôle ou à la notification d'un avis de mise en recouvrement ; / c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. Ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190. / () ".

4. D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour une entreprise soumise à l'impôt sur les sociétés, le CICE doit être imputé sur l'impôt dû au titre de l'exercice correspondant à l'année au cours de laquelle ont été versées les rémunérations prises en compte pour sa détermination ou, si l'exercice ne coïncide pas avec l'année civile, sur l'impôt dû au titre de l'exercice clos au cours de l'année qui suit. En cas d'excédent, le solde de crédit d'impôt doit être imputé sur l'impôt dû au titre de chacun des trois exercices suivant avant, le cas échéant, d'être restitué. Un contribuable qui, en méconnaissance de ces règles, a omis d'imputer une fraction du crédit d'impôt sur l'impôt dû au titre de l'un des exercices qu'elles mentionnent n'est en droit ni de l'imputer sur l'impôt dû au titre d'un exercice postérieur, ni d'en obtenir la restitution.

5. Les dispositions qui prévoient que le bénéfice d'un avantage fiscal est demandé par voie déclarative n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, sauf si la loi a prévu que l'absence de demande dans le délai de déclaration entraîne la déchéance du droit à cet avantage, ou lorsqu'elle offre au contribuable une option entre différentes modalités d'imposition dont la mise en œuvre impose nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé.

6. Il ne résulte ni des termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, ni de ceux de l'article 220 C du même code, ni du I de l'article 199 ter C du même code, que l'obligation déclarative découlant de l'article 49 septies Q de l'annexe III au CGI serait prescrite à peine de perte du droit au bénéfice du CICE. L'omission de déclaration de ce crédit d'impôt dans les délais prescrits ne fait par suite pas obstacle à ce que le contribuable en sollicite, dans le délai de réclamation applicable à chacun des exercices concernés, l'imputation ou la restitution dans le respect des règles qui résultent des mêmes articles du CGI ainsi que de l'article 49 septies P de son annexe III.

7. D'autre part, les événements susceptibles de rouvrir le délai de réclamation en application du c de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales sont ceux qui sont de nature à exercer une influence sur le bien-fondé de l'imposition, soit dans son principe, soit dans son montant.

Sur les soldes de crédits d'impôt dont la SAS Amphenol FCI Besançon s'estime créancière au titre des années 2013 à 2015 :

8. Il résulte de l'instruction que la SAS Amphenol FCI Besançon a sollicité la restitution des soldes de crédit d'impôt en litige le 25 août 2022. L'administration fiscale a toutefois rejeté ses demandes formulées au titre des années 2013 à 2015 en estimant qu'elles étaient tardives, et qu'elles auraient dû être présentées par la société au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle de la réalisation de l'évènement qui motive la réclamation, soit en l'espèce l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées, au sens des dispositions précitées de l'article 199 ter du code général des impôts. La SAS Amphenol SCI Besançon soutient cependant qu'elle a dû faire face à des anomalies de télétransmission de ses déclarations et relevés de solde, révélées au cours de l'été 2022, et que ces anomalies constituent un évènement au sens du c de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales.

9. Toutefois, d'une part, par la seule production d'une capture d'écran de son logiciel comptable, la société requérante ne démontre pas la réalité des erreurs de télétransmission dont elle se prévaut.

10. D'autre part, et en tout état de cause, de telles anomalies ne sont pas de nature à exercer une influence sur le bien-fondé des crédits d'impôt en litige, dans leur principe ou leur montant. Par suite, elles ne constituent pas des évènements au sens du c de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, et c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que ses demandes de restitution étaient tardives.

Sur les soldes de crédits d'impôt dont la SAS Amphenol FCI Besançon s'estime créancière au titre des années 2016 et 2017 :

11. Ainsi qu'il a été dit aux points précédents, les demandes de restitution des soldes de crédit d'impôt CICE au titre des années 2013 à 2015 de la SAS Amphenol FCI Besançon étaient tardives. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que ces soldes auraient dû être imputés prioritairement sur son impôt sur les sociétés au titre des années 2016 et 2017.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de restitution présentées par la SAS Amphenol SCI Besançon doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Amphenol SCI Besançon est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Amphenol SCI Besançon et à la directrice départementale des finances publiques du Doubs.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

F. Michel La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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