vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300450 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAURIN-PILATI ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2023, la commune de Pont de Roide Vermondans, représentée par Me Surdey, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner solidairement, à défaut in solidum, la société Climent travaux publics (Climent TP), la société Duc et Preneuf et la société Espace de vie ingénierie (EVI) à lui verser la somme de 60 036 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, au titre des désordres constatés ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner " solidairement ", à défaut in solidum, les seules sociétés Climent TP et EVI à lui verser la somme de 60 036 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, au titre des désordres constatés ;
3°) de mettre les entiers dépens, incluant la somme de 2 650,46 euros de frais d'expertise, solidairement à la charge, à défaut in solidum, de ces sociétés ;
4°) de mette à la charge des sociétés défenderesses les sommes de 5 362,21 euros TTC et 4 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- les désordres affectant l'ouvrage en litige sont la conséquence de manquements de la société Duc et Preneuf ;
- la société Climent TP n'a pas remédié à tous les désordres signalés par le maître d'ouvrage ;
- la société Duc et Preneuf étant un cotraitant de la société Climent TP au sein d'un groupement solidaire, leur responsabilité solidaire doit être engagée ;
- les désordres affectant l'ouvrage en litige sont la conséquence de manquements du maître d'œuvre, la société EVI ;
- la société EVI a méconnu son devoir de conseil et de surveillance, ainsi que sa mission d'assistance aux opérations de réception ;
- les sociétés Duc et Preneuf, Climent TP et EVI doivent répondre des désordres constatés au titre de la garantie décennale, à défaut, les sociétés Climent TP et EVI doivent répondre de leurs manquements au titre de la responsabilité contractuelle ;
- elle est fondée à engager la responsabilité solidaire ou à défaut in solidum des sociétés mises en cause ;
- le préjudice qu'elle a subi doit être évalué et indemnisé à la somme totale de 60 036 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, la société Climent TP, représentée par Me Simplot, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la condamnation de la société EVI et la société Duc et Preneuf à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre.
La société Climent TP fait valoir que :
- elle n'est pas intervenue sur la partie de l'ouvrage sur laquelle ont été constatés les désordres et sa responsabilité sur le fondement de la garantie décennale ne saurait être engagée ;
- il ne lui appartient pas de réaliser les travaux de reprise en vue de lever les réserves puisque ces réserves concernent des travaux qui devaient être réalisés par la société Duc et Preneuf et, dès lors, sa responsabilité contractuelle ne saurait être engagée.
La procédure a été communiquée à la société Duc et Preneuf, à la société EVI et à la compagnie Axa, qui n'ont pas produit de mémoire.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu :
- le rapport d'expertise établi par M. B et déposé au greffe du tribunal le 21 novembre 2022 ;
- l'ordonnance n° 1900941 en date du 30 novembre 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 2 650,45 euros toute taxe comprise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. C,
- les observations de Me Suissa, substituant Me Surdey, pour la commune de Pont de Roide Vermondans.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Pont de Roide Vermondans (Doubs) a lancé une opération de travaux publics en vue de l'aménagement des rives du Doubs. La mission de maîtrise d'œuvre de cette opération a été confiée, par un acte d'engagement signé le 22 janvier 2016, à un groupement conjoint dont le mandataire était la société EVI. Le marché de travaux a été attribué, par un acte d'engagement signé le 13 avril 2017, au groupement conjoint constitué de la société Climent TP et ses cotraitants la société Technovert et la société Duc et Preneuf. Les travaux ont fait l'objet d'une réception avec réserves le 4 juin 2018. Des malfaçons et désordres affectant le revêtement au sol sont apparus au cours de l'année 2019 et ont fait l'objet d'un constat le 27 mai 2019. Par une ordonnance du 16 juin 2022, le tribunal administratif de Besançon a désigné un expert afin de décrire les malfaçons et désordres, de déterminer leurs causes et le cas échéant la nature des travaux de reprise à réaliser. Le rapport définitif de l'expert a été remis le 21 novembre 2022. La commune de Pont de Roide Vermondans doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner in solidum la société Climent TP, la société Duc et Preneuf et la société EVI à lui verser la somme de 60 036 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les demandes indemnitaires :
En ce qui concerne le fondement de responsabilité :
2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure. Le caractère apparent des désordres à la réception fait obstacle à ce que la responsabilité des constructeurs puisse être engagée sur le fondement de la garantie décennale.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que le chemin qui a été aménagé dans le cadre des travaux sur les rives du Doubs, rappelés au point 1, présente des décollements et délitements notamment le long des bordures métalliques qui marquent les limites de ce chemin. Ces désordres présentent un danger pour les usagers qui empruntent ce chemin et, de ce fait, constituent un vice de construction rendant impropre à sa destination l'ouvrage concerné. Enfin, ces désordres sont apparus dans le délai d'épreuve de 10 ans et il ressort du procès-verbal dressé le 4 juin 2018 que ces désordres n'étaient pas apparents lors de la réception des travaux.
4. Il résulte de ce qui précède que les désordres constatés doivent être regardés comme entrant dans le champ d'application de la garantie décennale des constructeurs.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que les désordres constatés sur l'ouvrage en litige sont imputables aux matériaux et quantités choisis pour réaliser l'ouvrage ainsi qu'aux conditions de mise en œuvre de ces matériaux par le groupement dont le mandataire solidaire est la société Climent TP et les cotraitants, la société Technovert et la société Duc et Preneuf.
6. D'une part, en l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent conjointement et solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction s'engagent conjointement et solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer les malfaçons susceptibles de rendre l'immeuble impropre à sa destination, malfaçons dont les constructeurs sont, pendant dix ans à compter de la réception des travaux, responsables à l'égard du maître de l'ouvrage sur le fondement des principes dont s'inspirent les articles 1792 et 2270 du code civil. Pour échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises cocontractantes, une entreprise n'est fondée à soutenir qu'elle n'a pas réellement participé à la construction des lots où ont été relevées certaines malfaçons, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux. En l'espèce, si la société Climent TP soutient que les désordres en litige ne lui sont pas imputables dès lors qu'ils ont été constatés sur la seule partie du chemin dont la réalisation était confiée à la société Duc et Preneuf, il ne résulte pas de l'instruction qu'une convention annexée au marché en litige et fixant les tâches de chaque membre du groupement lui permette d'échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire.
7. D'autre part, ces désordres sont également imputables à la société EVI, maître d'œuvre de l'opération, au titre de sa mission de contrôle des quantités, des matériaux sélectionnés et des conditions de mise en œuvre des travaux.
8. Il résulte de ce qui précède que la commune de Pont de Roide Vermondans est fondée à obtenir la condamnation solidaire des sociétés Climent TP et Duc et Preneuf, in solidum avec la société EVI, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, du fait des délitements et décollements constatés sur les bordures du chemin réalisé dans le cadre de l'aménagement des rives du Doubs.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
9. Saisi de demandes indemnitaires sur le fondement de la garantie décennale, il appartient au juge de déterminer l'étendue du préjudice subi par le maître d'ouvrage qui présente un caractère indemnisable.
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que les travaux de reprise permettant de remédier aux désordres précédemment exposés, consistent à enlever une couche de 5 centimètres de stabilisé et la remplacer par une couche de stabilisé renforcé de même épaisseur. Ces travaux ont été évalués à 60 036 euros TTC et ce montant n'est pas contesté par les parties en défense. Dès lors, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par la commune en le fixant à 60 036 euros TTC.
11. Il résulte de ce qui précède que la société Climent TP et la société Duc et Preneuf solidairement, doivent être condamnées, in solidum, avec la société EVI à verser la somme de 60 036 euros à la commune de Pont de Roide Vermondans.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
12. La commune de Pont de Roide Vermondans a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité rappelée au point 11 à compter du 14 mars 2023, date d'enregistrement de la requête au greffe du tribunal.
13. La capitalisation des intérêts a été demandée le 14 mars 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 14 mars 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur l'appel en garantie formé par la société Climent TP :
14. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1, la société EVI était maître d'œuvre de l'opération en litige et il n'est pas contesté que, parmi les membres du groupement dont la société Climent TP était le mandataire, seule la société Duc et Preneuf était en charge des travaux d'aménagement du chemin sur lequel les désordres exposés au point 3 ont été constatés. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert que, compte tenu de l'usage envisagé du chemin qui a été aménagé, seul un stabilisé renforcé permettait de prévenir toute détérioration et délitement. Dès lors, les conditions de contrôle des travaux, de suivi de chantier et le choix des matériaux par la société EVI, maitre d'œuvre de l'opération, ont eu une incidence prépondérante sur les désordres constatés alors que les travaux d'aménagement du chemin et de pose du stabilisé, par la société Duc et Preneuf, n'ont eu qu'une incidence subsidiaire. Par suite, il y a lieu de condamner la société EVI et la société Duc et Preneuf à garantir la société Climent TP de la somme mentionnée au point 11 à hauteur respectivement de 60 % et 40 % de cette somme.
Sur les dépens :
15. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre l'intégralité des frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 650,45 euros TTC à la charge définitive de la société Climent TP, la société Duc et Preneuf et la société EVI, parties perdantes à l'instance.
16. Par ailleurs, pour les raisons exposées au point 14, la société EVI et la société Duc et Preneuf devront garantir la société Climent TP à hauteur respectivement de 60 % et 40 % du montant de ces frais d'expertise.
Sur les frais non compris dans les dépens :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Climent TP, la société Duc et Preneuf et la société EVI le versement à la commune de Pont de Roide Vermondans de la somme globale de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
18. Par ailleurs, l'obligation résultant de la condamnation des sociétés défenderesses sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peut se rattacher à une faute des parties perdantes. Dès lors, la demande de la société Climent TP tendant à ce que la société EVI et la société Duc et Preneuf la garantissent d'une telle condamnation doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La société Climent TP et la société Duc et Preneuf, solidairement, sont condamnées in solidum avec la société EVI à verser à la commune de Pont de Roide Vermondans la somme de 60 036 euros TTC. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2023. Les intérêts échus à la date du 14 mars 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise, d'un montant de 2 650,45 euros TTC, sont mis à la charge définitive de la société Climent TP, la société Duc et Preneuf et la société EVI.
Article 3 : La société Climent TP, la société Duc et Preneuf et la société EVI verseront la somme globale de 1 500 euros à la commune de Pont de Roide Vermondans au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La société EVI et la société Duc et Preneuf devront garantir la société Climent TP à hauteur respectivement de 60 % et 40 % des sommes mentionnées aux articles 1 et 2.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Pont de Roide Vermondans, à la société Climent travaux publics, à la société Duc et Preneuf, à la société Espace de vie ingénierie et à la compagnie Axa.
Une copie en sera adressée, pour information, à (/A) M. D B(/A) , expert.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à dispose au greffe le 17 mai 2024.
Le rapporteur,
J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière(DEF)(/DEF)
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026