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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300571

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300571

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300571
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Territoire de Belfort lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période de novembre 2019 à octobre 2022, pour un montant de 25 652,19 euros.

2°) d'enjoindre à la CAF du Territoire de Belfort de rétablir son droit au RSA.

M. A soutient que :

- le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il est en arrêt de travail ;

- il se retrouve sans ressources.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le département du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la CAF du Territoire de Belfort qui n'a pas présenté de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 novembre 2022, la CAF du Territoire de Belfort a décidé de récupérer auprès de M. A des paiements indus de prestations sociales pour un montant total de 35 115,99, dont un paiement indu de RSA (INK 004) d'un montant de 25 652,19 euros pour la période de novembre 2019 à octobre 2022. Par une décision du 23 janvier 2023, le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a rejeté le recours formé par le requérant en ce qui concerne l'indu de RSA. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision du 23 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de RSA :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

6. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport du contrôle établi le 28 octobre 2022, dont les mentions ne sont pas sérieusement contestées, que M. A a effectué plusieurs de ses déclarations trimestrielles pour pouvoir prétendre au RSA par internet depuis le Maroc entre mai 2019 et mai 2022 et que plusieurs opérations sur ses comptes bancaires ont été effectuées depuis ce même pays durant la même période. Ensuite, il résulte du rapport précité que M. A n'a pas justifié résider de manière stable et effective en France durant la période précitée en refusant de produire l'original de son passeport, que celui de son épouse délivrée en août 2021 mentionne une adresse au Maroc, que sa première fille n'est plus scolarisée depuis le 1er septembre 2020 et que le suivi médical de sa seconde fille a été dispensé en grande partie depuis le Maroc à compter d'août 2020. Enfin, entre juillet 2019 et juin 2022, le requérant a perçu de manière régulière des aides financières, par virements ou dépôts d'espèces de la part de sa mère et de son frère. Ainsi, M. A, au cours de la période de mai 2019 à juin 2022, n'a pas justifié d'une résidence habituelle en France et n'a pas informé la CAF du Territoire de Belfort de son séjour au Maroc, ni des sommes perçues provenant de membres de sa famille en méconnaissance de ses obligations déclaratives prévues par l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, le président du conseil départemental du Territoire de Belfort n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le requérant avait bénéficié d'un montant indu de RSA au titre des mois de novembre 2019 à octobre 2022 d'un montant, non contesté, de 25 652,19 euros.

7. En second lieu, si M. A soutient qu'il est endetté dès lors qu'il doit emprunter de l'argent pour subvenir à ses besoins, ce moyen est inopérant pour contester le bien-fondé de la décision attaquée.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département du Territoire de Belfort, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivant du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département du Territoire de Belfort.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. PernotLa greffière,

N. Viennet

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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