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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300638

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300638

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300638
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés les 12 avril, 3 août 2023 et 15 janvier 2024, Monsieur B A, représenté par Me Woldanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles la commission de recours amiable et le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Territoire de Belfort ont rejeté son recours concernant un indu d'aide personnalisée au logment (APL) les 18 janvier et 7 février 2023 ;

2°) d'enjoindre au directeur de la CAF du Territoire de Belfort de lui reverser les sommes induement prélevées au titre de l'indu d'APL ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, ou à défaut de la CAF du Territoire de Belfort, la somme de 700 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée du 7 février 2023 est entachée d'une erreur de droit dès lors que le directeur de la CAF du Territoire de Belfort n'a pas substitué son appréciation à celle de la commission de recours amiable et s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que les calculs invoqués par la CAF du Territoire de Belfort sont inexacts ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 17 mai et 23 octobre 2023, la CAF du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

La CAF du Territoire de Belfort soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 9 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. La CAF du Territoire de Belfort a notifié par un courrier en date du 18 décembre 2022 à M. A un trop-perçu d'APL de 759,96 euros pour la période de janvier à octobre 2022. Par un courier en date du 29 décembre 2022, M. A a formé un recours préalable contre cet indu. Par un courrier daté du 7 février 2023, le directeur de la CAF du Territoire de Belfort, après avis de la commission de recours amiable en date du 18 janvier 2023, a rejeté le recours de M. A. Le requérant doit être regardé comme demandant l'anulation de la seule décision du directeur de la CAF du Territoire de Belfort prise le 7 février 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Il résulte de l'instruction que le recours formé le 29 décembre 2022 par M. A concernant l'indu d'APL en litige a fait l'objet d'un nouvel examen par la commission de recours amiable de la CAF du Territoire de Belfort lors de sa réunion en date du 20 septembre 2023 et qu'après avis rendu par cette instance, le directeur de cet organisme a rejeté le recours du requérant par une décision du même jour notifiée par un courrier du 5 octobre 2023. Dès lors, le directeur de la CAF du Territoire de Belfort doit être regardé comme ayant procédé au retrait de la décision attaquée du 7 février 2023. Ce retrait étant définitif, les conclusions dirigées contre cette décision ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. Il y a lieu en revanche de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 20 septembre 2023 qui concerne le même indu et qui a la même portée que la décision du 7 février 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

4. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-3, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement, au nombre desquelles figure l'aide personnalisée au logement, sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.

5. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point précédent décide de récupérer un paiement indu d'aides personnelles au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu d'APL :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable (). Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration () ". Aux termes de l'article R. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable () ". Aux termes de ces dispositions, le directeur de l'organisme payeur est donc seul compétent pour statuer sur les contestations concernant les décisions prises en matière d'APL, même s'il est tenu de saisir préalablement pour avis la commission de recours amiable.

7. En l'espèce, la décision du 20 septembre 2023 comporte l'avis de la commission de recours amiable de la CAF du Territoire de Belfort, qu'elle s'approprie ainsi qu'il résulte de la mention " le Directeur, vu l'avis de commission de recours amiable, rejette le recours présenté ". Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur de la CAF du Territoire de Belfort se serait cru à tort en situation de compétence liée par l'avis de la commission de recours amiable doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article R. 822-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : / 1° Pour les ressources mentionnées à l'article R. 822-4 prises en compte par la déclaration sociale nominative définie à l' article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale () sur une période de référence courant du treizième au deuxième mois précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement ; / 2° Pour les pensions alimentaires versées ou perçues, les frais de tutelle, les frais professionnels exposés, lorsque ceux-ci excèdent la déduction forfaitaire mentionnée au 3° de l'article 83 du code général des impôts, () sur une période de référence correspondant à l'année civile qui précède la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement. () ". Il résulte de ces dispositions que pour le calcul du montant de l'APL, les charges, tels que les frais professionnels exposés sur une période de référence correspondant à l'année civile qui précède la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'APL, viennent en déduction des ressources perçues par le demandeur ou l'allocataire et, le cas échéant, par son conjoint et toutes autres personnes vivant habituellement au foyer, sur une période de référence courant du treizième au deuxième mois précédant la période au titre de laquelle cette aide est versée, soit en l'espèce, les charges de l'année 2021 pour le versement de l'APL au titre de l'année 2022.

9. Il résulte de l'instruction, sans que cela soit sérieusement contesté par M. A, que le 27 janvier 2022, dans le cadre de sa déclaration de ressources annuelles au titre de l'année 2021, le requérant a déclaré à tort des frais réels de 10 000 euros pour lui et de 11 850 euros pour sa conjointe. En fonction de ces éléments, le calcul de l'APL perçu par M. A, pour la période de janvier à octobre 2022, a pris en compte le montant de ces frais réels venant en déduction des ressources du couple. Toutefois, à la suite d'un échange avec la direction générale des finances publiques, il s'est avéré que le couple n'avait déclaré aucun frais réel dans le cadre de leurs déclarations en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2021. Au demeurant, M. A reconnaît que ni lui ni sa conjointe n'ont engagé de frais réels au cours de l'année 2021. Ainsi, l'absence de frais réels a donné lieu à une régularisation du calcul du montant de l'APL perçu par M. A et engendré un trop-perçu de 759, 96 euros pour la période de janvier à octobre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'indu d'APL mis à la charge de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées par le présent jugement, les conclusions du requérant tendant à la restitution des sommes éventuellement prélevées au titre de l'indu en litige ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. La CAF du Territoire de Belfort n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être que rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 7 février 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. PernotLa greffière,

N. Viennet

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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