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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300991

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300991

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300991
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre

Résumé IA

Voici le résumé de la décision : Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. C contestant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 19 888,48 euros pour la période de décembre 2019 à octobre 2022. Le juge a écarté le moyen d'incompétence, la signataire de la décision attaquée disposant d'une délégation de signature régulière. Il a également rejeté le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, estimant que le recours administratif préalable obligatoire permettait au requérant de faire valoir ses observations. La solution s'appuie sur les articles L. 262-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2023, M. A C, représenté par Me El Moudni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision du 12 décembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Territoire de Belfort lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) ;

2°) de mettre à la charge du département et de la CAF du Territoire de Belfort une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise selon une procédure irrégulière faute de respect de la procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- en l'absence de fraude, la prescription biennale lui est opposable pour la période antérieure à décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le département du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 août 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 décembre 2022, la CAF du Territoire de Belfort a notifié à M. C un indu de RSA pour un montant initial de 19 888,48 euros, pour la période de décembre 2019 à octobre 2022. Par un courrier du 28 décembre 2022, le requérant a formé un recours contestant le bien-fondé de cet indu. Par une décision du 12 avril 2023, le département du Territoire de Belfort a minoré l'indu en litige d'une somme de 1 480,80 euros et confirmé le reste. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L.262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'indu de RSA en litige :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 12 avril 2023 a été signée par Mme D B, responsable du service accès aux droits du département du Territoire de Belfort. Mme B était titulaire d'une délégation de signature, lui permettant de signer cette décision, délivrée par arrêté du président du conseil départemental du Territoire de Belfort en date du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département le 4 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, le recours administratif préalable obligatoire institué par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles est destiné à remédier à l'absence de procédure contradictoire en permettant à l'administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée. À cet égard, il résulte de l'instruction que le requérant, qui au demeurant a pu formuler toutes les observations voulues sur les constatations faites par l'agent de la CAF lors du contrôle de sa situation le 13 septembre 2022, a saisi le président du conseil départemental par une lettre du 28 décembre 2022 aux fins de contestation de l'indu de RSA mis à sa charge par la décision initiale de la CAF en date du 12 décembre 2022 et a ainsi été en mesure d'exposer tous ses arguments en ce qui concerne les éléments retenus pour déterminer le montant de l'indu en litige et de présenter tous les documents utiles. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : / () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

7. Il résulte de l'instruction que l'indu de RSA mis à la charge de M. C a pour motif des dépôts de chèques, d'espèces et des virements, effectués sur ses comptes bancaires entre janvier 2019 et septembre 2022, qui n'ont pas été mentionnés sur ses déclarations trimestrielles de ressources durant ladite période. Compte-tenu de leur périodicité quasi mensuelle et de leur montant total, supérieur à 24 000 euros, ces versements ne peuvent être regardés comme des aides et secours financiers énumérés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles. Si le requérant soutient qu'il justifie de crédits à la consommation, il résulte de la décision attaquée, d'une part, que les prêts contractés auprès de l'agence pour le droit à l'initiative économique (ADIE) et le prêt accordé par l'un des établissements bancaires de l'intéressé n'ont pas été pris en compte pour le calcul du montant de l'indu de RSA. D'autre part, suite au recours préalable de M. C en date du 28 décembre 2022, le montant de l'indu de RSA mis à sa charge a été réduit d'un montant de 1 480,80 euros en tenant compte des crédits contractés auprès d'une banque ainsi que d'une somme de 1 190 euros versée par l'assureur du requérant. Enfin, si le requérant soutient que les autres sommes prises en compte pour déterminer l'indu mis à sa charge constituent des prêts, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations ni ne justifie du remboursement de ces prêts. Dans ces conditions, c'est à bon droit que les sommes perçues par M. C, pour la période comprise entre janvier 2019 et septembre 2022, ont été prises en compte dans le calcul de ses ressources pour la détermination du montant de ses droits au RSA. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 553-1 du code de sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans ".

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, eu égard au caractère réitéré sur une longue période des manquements à ses obligations déclaratives, M. C doit être regardé comme étant responsable de fausses déclarations faisant obstacle à l'application de la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de la prescription de l'indu de RSA, pour la période antérieure à décembre 2020, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 12 avril 2023. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département et de la CAF du Territoire de Belfort, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : la requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département du Territoire de Belfort.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. PernotLa greffière,

N. Viennet

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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